Prévention de la maltraitance

Suzanne Moutin, enseignante

 

Depuis quelques années, la sonnette d'alarme est tirée et les médias se relaient pour parler de cas de mauvais traitements dans telle ou telle maison de retraite, tel quartier ou immeuble, ou encore dans une famille. La maltraitance est réelle et bien concrète, mais très peu d'éléments permettent de se faire une idée précise de l'ampleur du phénomène. Ce sont les personnes les plus âgées, " les très vieux ", qui en sont les victimes. Les cas de maltraitances signalés ou découverts sont plus nombreux au domicile, là où vivent le plus grand nombre de personnes âgées.

 

Au-delà des cas les plus évidents (voir encadré), il y a des maltraitances plus subtiles qui sont pernicieuses parce que non visibles, non repérables selon les critères courants. C'est celle exercée par des aidants familiaux (conjoints, enfants, proches) ou par des professionnels (médecins, agents de service hospitaliers, aides soignants, infirmiers, kiné) qui, par manque de réflexion au niveau de leurs pratiques ou du point de vue du fonctionnement de leur équipe, n'ont pas les moyens de prendre conscience ou de modifier l'aspect violent de leur attitude.

C'est par exemple le cas du personnel d'une maison de retraite, qui ne pense pas que la grand-mère à qui l'on a fait une queue de cheval au moment de la toilette, ne pourra pas dormir à cause de la barrette qui lui taille le crâne. C'est la nouvelle " aide à domicile " qui découvre que sa collègue, pressée par le temps, installe la personne âgée pour son repas, devant sa table, en la laissant sur la chaise-pot pour aller plus vite. C'est l'infirmière, qui a l'habitude d'ajouter dans les bols du déjeuner quelques gouttes de calmant, parce qu'" un vieux " calmé par des médicaments est moins pénible à garder. Ce sont les aides-soignantes qui, excédées par les pleurs d'une grand-mère, lui scotchent la bouche pour ne plus l'entendre pleurerÉ.

Il existe également une maltraitance " structurelle ", imposée et provoquée par la responsable de service qui dit à son équipe : " vous avez 6 minutes par personne, aujourd'hui, pour faire la toilette ". Elle se manifeste aussi dans cette équipe d'aides-soignantes dont les tournées pour la toilette des personnes à domicile, les font arriver à l'heure des repasÉ

 

 

La prévention s'intéresse à tout ce qu'il est possible de faire pour que ces soignants, ces aidants familiaux, ces professionnels, aient les moyens de bien-traiter. Comment mettre en place dans les milieux professionnels des lieux de parole, de réflexion, de collaboration, pour leur permettre d'Ļuvrer au mieux de leurs capacités et de leur conscience professionnelle ?

Comment entendre la personne vieillissante exprimer ses souhaits, ses désirs, par rapport à un éventuel placement en institution ? Notre société a tendance a nié les droits et la dignité de certains de nos aînés. Sans une formation, sans une collaboration des acteurs autour de la personne âgée nous ne pourrons pas arrêter la maltraitance. Il est donc important de se donner les moyens d'une analyse collective des actes de soins qui peuvent être porteurs de violence et de multiplier pour le personnel - y compris pour les familles et les proches - les possibilités de formations multiples sur le thème de la maltraitanceÉ

 

La prévention de la maltraitance commence dans le regard que porte notre société sur le " vieillissement ", sur " les personnes âgées ", sur " nos aînés ", sur " ces vieux " qui sont, tour à tour, une mine de profit (jeunes seniors en voyage, assurance pour obsèques, etc.), une mine de ressources pour la société (mains et les bras actifs du bénévolat) et qui deviennent ceux qui " pèsent " sur la société, ceux qui sont " une charge " et qui " coûtent cher " dès qu'ils ont besoin de soins, d'accompagnement, de prise en charge.

Moi qui vais soigner, aider, accompagner, comment je " regarde ", comment je " vois " ce vieillissement, ce corps qui vieillit ? Comment j'appréhende mon propre vieillissement ? Je ne peux regarder en vérité le vieillissement de la personne âgée dont je dois m'occuper si je ne suis pas au clair moi-même avec cette possible étape de ma vie.

Le travail du personnel (infirmier, agent de service, auxiliaire de vieÉ) est défini non seulement par la compétence et le contrat de travail que lui confie l'établissement (pour le domicile ce peut être une association ou la personne âgée elle-même), mais aussi par les demandes, les besoins, les souhaits des personnes âgées. L'acte du " prendre soin " sera la jonction de ces deux exigences. La prévention de la maltraitance nécessite donc de permettre à ces professionnels, à travers l'organisation et la qualité technique de leur travail, " d'être en relation " avec la personne âgée et ceux et celles avec qui ils collaborent. Il est donc essentiel que la formation les aide à " ajuster leur savoir-faire " et les consignes de soins ou d'accompagnement aux souhaits et désirs de la personne âgée qui reste " première concernée " dans le temps d'activité professionnelle.

 

La prévention ce sera aussi donner au personnel la possibilité d'exprimer ce qu'il vit pour éviter de s'enfermer dans une relation difficile conflictuelle ou violente. Son rôle d'écoute, de proximité, d'attention est l'attitude qui soutient son travail. Savez-vous qu'il est prouvé que l'on adresse la parole à une personne grabataire, moins de 2 minutes par 24 heures!(3)

 

Finalement la prévention n'est-ce pas le refus de s'attribuer un pouvoir sur la personne âgée que l'on accompagne ou soigne, en croyant avoir " la vérité " sur la situation ? Parce que justement la maltraitance " est " dans tous mes gestes s'ils ne sont pas orientés pour le bien de la personne, avec son assentiment ou sa collaboration, dans un mouvement qui me permet d'être moi aussi en accord avec " mon bien-être ". En Maison de retraite, l'auxiliaire de vie qui ne peut plus faire la toilette d'une personne âgée sans que celle-ci soit agressive, peut faire le choix d'aller trouver ses collègues et de passer la main à l'un ou l'autre en échange de la prise en charge d'une chambre. Il arrive que le " courant " ne passe pas avec tel ou tel. Il n'y a pas toujours besoin de temps supplémentaires, de crédits additifs ou de décisions administratives, pour que des personnes soignantes, ayant le sens de la personne, soient capables de trouver des solutions humaines et vraies. Les personnes âgées, en institution ou à domicile, ont besoin d'hommes et de femmes, compétents, respectueux, qui les considèrent jusqu'au bout comme des personnes riches d'expériences et soient auprès d'eux des " passeurs ", dans le sens d'une présence d'accompagnement qui respecte leur dignité. Comme l'écrit Jérôme Pélissier : " Familles et soignants se confrontent régulièrement, toujours au nom du bien-être du vieux. Sa souffrance, contrairement à la douleur, échappe fréquemment aux traitements médicamenteux. Faut-il continuer à se battre pour désigner un responsable ? Sa souffrance provient la plupart du temps de n'être pas entendu, de rester seul dans l'expérience de la vieillesse et dans l'angoisse de la mort. Nous l'avons dit : on ne meurt pas d'être auprès d'un mourant, on ne vieillit pas prématurément d'être auprès d'un vieux. Faut-il continuer à se battre pour désigner un responsable ? Ou faut-il, tous, nous interroger sur cet apparent non-sens de la souffrance et de la mort qui s'atténue lorsqu'il est reconnu et partagé comme condition commune ? " (4).

 

Suzanne Moutin

Travaillant au sein de l'organisme " Formation Accueil et Promotion " (1) à Montargis dans le Loiret, Suzanne Moutin assure une formation pour les " auxiliaires de gériatrie " (2), ces hommes et femmes qui travaillent ou souhaitent travailler auprès des personnes âgées, à domicile ou en institution.

 

(1) FAP, 25 rue Jean Jaurès 45200 Montargis. Tél. 02 38 85 95 62.

(2) Formation en 5 modules de 36h. S'inscrire au secrétariat de FAP.

(3) Yves Gineste &endash; Communication à La Grande Motte &endash; octobre 1998.

(4) Jérôme Pélissier : " La nuit tous les vieux sont gris - La société contre la vieillesse ", Editions Bibliophane p 312/313.

(5) Classification ALMA (" La vieillesse maltraitée &endash; Robert Hugonot)

 

LES MALTRAITANCES (5)

 

Que ce soit à domicile ou en institution, la maltraitance prend de nombreuses formes, entre autres :

o La maltraitance physique, celle que l'on imagine en premier : coups blessures, bousculadesÉelle représente environ 15% de l'ensemble des maltraitances.

o La maltraitance psychologique, environ 35%, se situe au niveau du chantage, infantilisation, insultes, tutoiement, pression morale, humiliation, isolement, menacesÉ

o La maltraitance financière se manifeste par détournement de la pension, des biens, captation d'un héritage, signatures forcées, menaces pour soutirer de l'argentÉ cela représente aussi environ 35%

o La maltraitance au niveau des droits de la personne, concerne aussi bon nombre de personnes âgées mais pas seulement en institution, le domicile aussi est marqué par cette dérive.

ß La maltraitance sexuelle plus fréquente qu'on le pense et qui touche de très grand vieillards

ß Il y a aussi toutes les maltraitances par négligence active (placement, enfermement..) ou passive (omission, privation, oubli, non-respect de la vie privée

 

Sites web où trouver de la documentation au niveau de la réflexion et de la prévention de la maltraitance faite aux personnes âgée :

http://www.gerialist.com : Gériatrie, gérontologie et liste de discussion francophone de gérontologie.

 

http://www.cec-formation.net : CEC (Communication et études corporelles), gérontologie et soins infirmiers

 

http://www.ccfp-quebec.ca/ Centre de consultation et de formation en psychogériatrie. Institut Gineste Marescotti, Centre de formation en méthodologie des soins.

 

http://membres.lycos.fr/papidoc/ gérontologie en institution

 

http://www.mediom.com/~merette/ prendre soin dans un centre de soins de longue durée

 

LIVRES :

PELISSIER Jérôme " la nuit tous les vieux sont gris " La société contre la vieillesse " aux éditions Bibliophane. Paris 2003

HUGONOT Robert : La vieillesse maltraitée. Paris : Dunod 1998

 

LEPINE Nicolas : Abord prsychologique de la rétropulsion à début brutal chez les personnes âgées. Thèse de doctorat, Université Lumière &endash; Lyon II, 2002

 

MAISONDIEU Jean : Le crépuscule de la raison. Paris : Centurion 1989 (4ème édition Bayard 2001) de psycho-gérontologie, Université de Limoges. 1998

 

MERETTE Marguerite : Le chapitre " La Fabrique des Grabataires ".tiré du livre sous la direction d'Yves Gineste-Marescotti dont le titre est : " Silence on frappe... De la maltraitance à la bientraitance des personnes âgées "

 

Michael J. Maclean : "Mauvais traitements auprès des personnes âgées : stratégies de changement. Association canadienne de gérontologie. Editions Saint Martin &endash; Montréal

 

ALTERNATIVES NON VIOLENTES (revue trimestrielle) N°110 : " Violences contre les personnes âgées " de printemps 99

 

 

La Méthodologie des soins Gineste-Marescotti est protégée en France et à l'étranger. Marques déposées: "Toucher tendresse ","Gineste-Marescotti","Philosophie de l'humanitude", "Capture Sensorielle", "Manutention Relationnelle,"Mourir Debout".

Copyright © international 1999,2000,2001,2002,2003. La reproduction des articles est strictement interdite sans l'accord écrit de Yves Gineste et de Rosette Marescotti, et doit porter, quand elle est autorisée, la mention: Production Yves Gineste et Rosette Marescotti, CEC.87220 France, http://www.cec-formation.net.

Au Québec, IGM-C est chargé de l'enseignement de la La Méthodologie des Soins Gineste-Marescotti .

L'ASSTSAS developpe une formation issue de la "métho" dans un programme appelé "Soin Relationnel".

 

Bibliographie
Retour aux articles
Retour à la page d'accueil
Envoyer un mail