La Presse

Actuel Samedi 29 septembre 2001

L'amour à 60, 70, 80, 90 ans...

Allard, Marie

Pour un nombre toujours plus grand de personnes âgées, la vie ne se limite pas au tricot et au bingo. Leurs autres passe-temps ? Les rencontres, l'amour et les galipettes de toutes sortes. Encore considérés comme asexués par une grande partie de la population, les vieux revendiquent peu à peu le droit à la sexualité. Portrait d'un phénomène latent. Faut-il donc que vieillesse se vive ?

Jusqu'à quel âge peut-on faire l'amour? " Jusqu'à ce que les yeux se ferment pour toujours ", répond Denise Badeau, professeure de sexologie à l'Université du Québec à Montréal (UQAM) et auteure de Santé sexuelle et vieillissement (coécrit avec André Bergeron, éditions du Méridien, 1997).

Voilà qui devrait plaire aux personnes âgées, qui sont de plus en plus nombreuses. Selon l'Institut de la statistique du Québec, la province comptait, au 1er juillet 2000, 611 000 sexagénaires, 444 000 septuagénaires, 179 000 octogénaires, et quelque 31000 nonagénaires et centenaires...

De nombreuses tête grises, blanches ou coquettement colorées, qui revendiquent de plus en plus le droit à la bagatelle. En effet, selon une enquête qu'a publié l'Institut national d'études démographiques (l'INED) en 1998, la vie sexuelle " commence désormais tôt et se prolonge tard, c'est-à-dire bien au-delà de la ménopause des femmes. " Entre 1970 et 1992, souligne l'étude, la proportion de femmes âgées mariées, très satisfaites de leur vie sexuelle, a triplé, dépassant même celle des hommes... Cette étude s'est penchée sur le cas d'Européens, mais tout porte à croire que la situation est semblable de ce côté-ci de l'Atlantique.

Lors de la préparation de leur ouvrage, Denise Badeau et André Bergeron ont d'ailleurs rencontré, au Québec, 110 personnes âgées de 60 à 94 ans, qui leur ont fait diverses confidences sur la sexualité. Alors que l'une d'elles indique qu'elle a " eu de belles aventures et qu'elle aimerait encore faire l'amour ", même si elle sent " un petit ralenti depuis l'âge de 71 ans ", un autre s'émerveille des érections que les rêves provoquent encore à 90 ans.

Un troisième découvre, une fois octogénaire, les relations oro-génitales, alors qu'un dernier souligne comment " à 80 ans, les Gaspésiennes, c'est chaud! "

Tendresse ou passion ?

Mais à quoi ressemble la sexualité de ces vieillards plutôt joviaux? "La réalité change au fur et à mesure, elle n'est pas la même à 60, 70 ou 80 ans, ni d'une personne à l'autre ", indique Dolorès Pleau, psychologue spécialisée en géronto-psychiatrie.

" En général, au fil du temps, les valeurs changent. L'intimité sexuelle et l'honnêteté, qui pouvaient être privilégiées dans la jeunesse, cèdent la place à l'affection et à la loyauté. "

Vraiment? " En fait, il y a plutôt une très, très mauvaise connaissance de la sexualité des personnes âgées ", croit Yves Gineste, directeur du centre de formation en méthodologie de soins Gineste-Marescotti, présent en France et au Québec.

" Quand on parle de sexualité avec des gens ouverts, ils vous disent: " C'est sympa, la sexualité à partir d'un certain âge. C'est tendre. " Alors que ce n'est pas ça du tout. La sexualité, c'est de l'orgasme. Des personnes âgées prennent le train pour aller s'envoyer en l'air avec leur amant. Ils ont des difficultés physiologiques, leur érection dure moins longtemps, mais ils parlent du plaisir comme vous et moi pourrions parler du plaisir. "

" En fait, des études récentes montrent qu'il n'y a aucune réduction de l'excitation sexuelle pendant la ménopause, et chez les hommes en bonne santé, la sécrétion d'androgènes demeure relativement constante jusqu'à 70 et même 80 ans ", indique Santé sexuelle et vieillissement, en citant les travaux d'Allgeier et Allgeier (1989). Ainsi, les hommes ont 1,3 rapport sexuel par semaine à 60 ans, et 0,9 rapport à 70 ans (selon Kinsey, 1948).

Quant aux femmes, 84% d'entre elles ont une forme d'activité sexuelle à soixante ans (Kinsey 1954).L'âge peut même apporter des avantages. " Mon mari, jeune, il était prime ", témoigne Simone, 77 ans, dans Santé sexuelle et vieillissement. " En vieillissant, ça prend plus de temps et ça me permet d'entrer dans l'ambiance. " D'autres se sentent enfin libres d'en faire à leur tête, une fois l'âge d'or atteint. " Je suis assez âgé maintenant pour savoir par moi-même ce qui est bien et ce qui est mal pour moi ", affirme une personne de plus de 70 ans, citée dans le même ouvrage.

Ce qui ne veut pas dire que tous les papis et toutes les mamies rêvent de s'envoyer en l'air... " On vieillit comme on a vécu ", dit Francine Ducharme, professeure à l'Institut universitaire de gériatrie de Montréal, rattaché à l'Université de Montréal.

"Les idées sexuelles restent présentes, mais bien des femmes jugent qu'elles n'ont plus besoin de ça une fois qu'elles ont atteint un certain âge ou qu'elles se retrouvent veuves."

 

Imagination ou... mauvaises pensées?

"En fait, souligne Denise Badeau, il y a autant de modalités d'expression de la sexualité chez les personnes âgées que chez les jeunes. Quand je donne un cours sur la vie sexuelle et affective des personnes âgées, j'ai de 40 à 50 participants, qui vivent toutes sortes de choses, depuis l'amitié jusqu'à la vie sexuelle génitale active."

Mais est-il vraiment possible d'avoir des relations sexuelles jusqu'à la mort? "Une personne peut faire l'amour aussi longtemps qu'elle en a le goût, et qu'elle accepte de faire des aménagements, répond la sexologue. Il faut tenir compte de l'état de santé de chacun, de la médication qui doit être prise. Faire l'amour de façon coïtale, c'est une modalité, mais il en existe d'autres."

Pour une personne âgée, utiliser son imagination peut cependant être difficile, puisque idées érotiques et fantasmes ont longtemps été qualifiés de mauvaises pensées. "Ce que je reproche le plus aux personnes qui vieillissent, c'est d'ailleurs de ne pas avoir appris à utiliser leur créativité, indique Denise Badeau. Il y a moyen de faire l'amour autrement, de se caresser autrement, d'éprouver du plaisir autrement."

"Les gens de ma génération n'ont pas connu ce qu'est un véritable échange sexuel ou affectif", témoigne Rose (nom fictif), 79 ans, alors qu'elle est interrogée par La Presse. "Pour les hommes de mon âge, faire l'amour, c'est encore: bang! bang! couche-toi et dors. Ils ne se sont pas familiarisés avec les délicatesses. Si bien qu'au moment où ils deviennent impuissants, ils sont anéantis."

Un copain de Rose a fini par cesser de la fréquenter, tant il connaissait de nombreuses difficultés érectiles. "Je ne suis pas pour commencer une job que je ne suis pas capable de finir", lui a-t-il dit, avant de la quitter et de sombrer dans la dépression. "Pourquoi ne vient-on pas à bout de faire comprendre aux hommes que c'est le cours normal de la nature, qu'ils ne peuvent pas être virils jusqu'à six heures après leur mort, et que ce n'est pas si grave pour nous si ils n'ont plus d'érection?" demande la vigoureuse septuagénaire.

 

Le Viagra, un sauveur?

La venue des pilules miracle de type Viagra ne vient-elle pas changer la done? Pas selon Jean Carette. "C'est l'angoissé de 35-40 ans, qui pense devoir être performant à tout prix, qui prend du Viagra à tous les jours", souligne le professeur, qui est également administrateur du régime d'assurance collective de l'UQAM, et donc très au fait de la consommation de médicaments. "Ce ne sont pas les retraités, à quelques exceptions près, qui avalent ces pilules."

Il faut dire que malgré l'apparition de la petite pilule miracle, la vie sexuelle des vieux reste un tabou pour la plupart des gens. "Puisque la société a mis ces gens à la porte du monde du travail, leur a signifié qu'ils n'étaient plus bons à rien, il est difficile de justifier le fait qu'une fois rendus de l'autre bord, ces mêmes personnes retrouvent verdeur et jeunesse", analyse Jean Carette. "Selon la religion, dont on a hérité plusieurs principes, la sexualité sert à la reproduction, ajoute Yves Gineste. Or, à partir du moment où vous n'êtes plus capables de vous reproduire, la sexualité devient du plaisir. Et le plaisir, c'est suspect."

Encore plus suspect pour les enfants du vieillard qui reprend goût aux plaisirs de la chair... "Un enfant, même s'il est adulte, considère assez mal que son parent âgé soit encore sexué ou sexuel, indique Denise Badeau. À partir de là, il ne peut envisager une nouvelle relation ou un remariage. Voir un étranger entrer dans la famille et séparer les biens est aussi difficile." D'autres s'accommodent plutôt bien des décisions de leurs parents. "Mes cinq enfant savent que j'organise des soupers-rencontres pourles 50 ans et plus", confie Julie Gauthier, des Soupers Cupidons. "Il sont d'accord avec ma démarche, ils disent: Ma mère est dans le vent!" rigole la dame, interrogée par La Presse.

Reste à voir quelle sera la situation dans 20 ans, alors que ces enfants-des baby-boomers pour la plupart- formeront l'essentiel des personnes âgées. "Je pense que les exigences de cette génération, qui a toujours été informée et libre, seront très différentes des exigences des gens âgés d'aujourd'hui, pour le meilleur et pour le pire", prédit Denise Badeau.

Jean Carette évoque pour sa part l'imminence d'un mouvement social aussi fort que celui de mai 1968. "La démographie est telle que le système établi ne peut qu'être perturbé par la présence massive des vieillards", croit le professeur en travail social. "Déjà, en Allemagne, un groupe de femmes nommé les Panthères bleues s'enchaînent, à poil, devant les résidences de personnes âgées, afin de revendiquer le droit au libre exercice de sa libido. Et ce n'est qu'un début!"

 

ENTRER EN CENTRE D'ACCUEIL COMME ON ENTRE AU COUVENT

Les institutions considèrent les personnes âgées comme asexuées

"QUAND LES PERSONNES âgées sont en santé, à leur domicile, elles peuvent vivre leur sexualité sans problème. Mais en institution, le pouvoir soignant nie le besoin d'intimité des vieux. Les personnes âgées y sont infantilisées. Or, le sexe n'est pas du ressort des enfants." Yves Gineste, directeur de l'Institut Gineste-Marescotti, un centre de formation en méthodologie de soins, travaille dans l'univers des maisons de retraite depuis 22 ans.

"Au cours de ces années, je me suis souvent trouvé face à des équipes de soins qui refusent la sexualité des personnes âgées, témoigne-t-il. J'ai régulièrement entendu le personnel des foyers d'accueil dire: "Après 70 ans, la sexualité, c'est malsain, c'est sale, c'est vicieux."

"La société perçoit les personnes âgées comme des êtres asexués", indique Dolorès Pleau, psychologue au département de géronto-psychiatrie de l'hôpital Louis-Hippolyte-LaFontaine. "Les gens âgés qui manifestent un peu d'affection sont considérés comme mignons par une partie de la population. Mais, à l'opposé, d'autres les trouvent pervers, les traitent de "vieux cochons". Les institutions ont organisé leur aménagement selon cette dernière philosophie."

Le résultat? "En centre d'accueil, j'ai vu un homme qui avait un paquet de cartes illustrées par des photos de femmes nues, se le faire enlever par un préposé, qui lui a dit: Vous n'avez pas besoin de ça, vous", raconte Denise Badeau, professeur de sexologie à l'Université du Québec à Montréal (UQAM).

"Une stagiaire m'a déjà confié que quand elle voyait deux vieux se tenir par la main, elle allait les séparer", ajoute Yves Gineste.

"En fait, en foyer, on pense que les pensionnaires n'ont plus de sensations, s'indigne Rose (nom fictif), une dame de 79 ans. Erreur profonde! Le système peut revendiquer ses droits à 50 comme à 77 ans", affirme la dame, qui connaît les centres d'accueil sans pour autant y habiter.

Des galipettes au centre d'accueil?

Est-ce à dire que, malgré les tabous, malgré la désapprobation du personnel soignant, les personnes âgées poursuivent leurs activités sexuelles une fois institutionnalisées? "Bien sûr, répond Yves Gineste. Il n'y a pas un soignant qui n'ait jamais surpris un couple en ouvrant la porte d'une chambre. Ça existe partout, soit en cachette, soit avec des équipes tolérantes, mais alors là aux yeux de tous."

Il faut dire que frapper avant d'entrer, un geste élémentaire de politesse, ne fait pas partie des coutumes de tous les foyers de vieillards et autres centres hospitaliers de soins de longue durée (CHSLD). Et que sur 100 cas étudiés par M. Gineste en France, aucun n'exigeait de ses employés qu'ils attendent une réponse avant d'ouvrir...

"On entre chez les gens comme dans un moulin, constate Denise Badeau. C'est comme si les institutions étaient le lieu de vie des intervenants, avant d'être celui des bénéficiaires. Il faudrait peut-être changer l'attitude des gens qui travaillent dans ces milieux."Un dur défi...

"Il y a actuellement alourdissement de la charge de travail pour tous les soignants des pays occidentaux, du fait que les personnes qui sont institutionnalisées sont de moins en moins en santé, observe Yves Gineste. Comment exiger davantage d'intervenants déjà débordés?"

"Dans les centres d'hébergement du Québec, où la moyenne d'âge est autour de 80 ans, et où les patients sont en perte d'autonomie de plus en plus prononcée, il n'y a effectivement pas beaucoup de place pour le couple, dit Denise Badeau. Par contre, dans les résidences et les foyers, il peut y avoir des appartements convenant aux couples établis, leur permettant de vivre ainsi ce qu'ils ont le goût de vivre."

Avoir célébré ces noces d'or ou d'argent donne donc droit à certains arrangements? Pas sûr, selon Jean Carette, professeur au département de travail social de l'UQAM. "Le couple n'a pas sa place en maison de retraite. C'est un drame, mais je dirais que c'est quasi normal", indique le spécialiste de la gérontologie sociale. "C'est dur à avaler, mais moi j'appelle les centre d'accueil les centres d'écueil. L'ambiance, l'organisation de la vie, la répartition des hommes et des femmes dans des ailes différentes, les problèmes de validité, tout ça fait que le centre d'accueil, c'est la mort. Tandis que la sexualité, c'est la vie! Le centre d'accueil est un entrepôt où vous classez des objets, et non pas un endroitoù l'on donne accès au luxe qu'est la sexualité."

 

Que faire?

Les institutions font donc l'autruche, ce qui n'est pas toujours d'un grand secours... "Quand un petit vieux demande à être masturbé, personne ne sait que faire, ni quoi répondre, souligne Jean Carette. Le personnel des centres est en fait très, très perturbé par ces demandes, qui sont formulées régulièrement.

" Denise Badeau ajoute: "Pendant que la sexualité se vit par toutes sortes de comportements, convenables ou non, et qu'il y a un grand besoin pour des réponses, il n'y a nulle part de politique claire concernant la sexualité des personnes âgées en institution."

Nulle part? Pourtant, de passage à Granby en mars dernier, afin de présenter une conférence sur les centres d'hébergement, Raymond Minger, directeur de centre de Genève, en Suisse, a confié au journal La Voix de l'Est: "J'ai déjà visité une maison de retraite, au Danemark, où il y avait des cassettes pornos à la réception, avec des petites plaquettes "Ne pas déranger".

Là-bas, ce n'est pas un tabou du tout." De même, Bernard Fournelle, l'ancien directeur du CHSLD Horace-Boivin de Granby, a indiqué au même journal qu'il a déjà permis que des rencontres entre une prostituée et un patient soient organisées dans un hôtel...

D'autres exemples peuvent être cités. "Dans un milieu dont j'ai entendu parler, il y a un appartement dédié aux personnes qui veulent se rencontrer dans l'intimité, dit Denise Badeau. C'est une bonne idée, mais elle a ses limites, puisque les gens doivent réserver cette chambre, en demander la clé, indiquer sur la porte qu'elle est occupée... Ce qui fait que l'intimité de la personne, que l'on voulait sauvegarder, est plutôt bafouée."

Y a-t-il donc une solution? "La seule façon de faire en sorte que la personne puisse vivre ce dont elle a envie, c'est de considérer sa chambre comme son lieu de vie, insiste Mme Badeau. On doit aller dans sa chambre en visiteur, en s'annonçant, en avertissant qu'on a tel ou tel soin à faire. On ne se pointe pas n'importe quand chez les gens!"

 

JOYEUX PINSON CHERCHE SÉMILLANTE SEPTUAGÉNAIRE

Draguer quand on ne compte plus ses printemps

"JOYEUX PINSON cherche dame simple avec affinités pour relation stable". Une annonce comme tant d'autres? Oui, si ce n'est que le joyeux pinson en question a 76 ans, et que son message a paru dans le magazine Le Bel Âge...

Les personnes âgées auraient donc envie de rencontres?

"Oh, oui!" répond d'emblée Henriette (nom fictif), une "veuve de 72 ans, 5 pieds 7 pouces, 125 lb, propre, jeune de coeur et autonome", selon l'annonce qu'elle a récemment placée dans Le Bel Âge. "J'ai perdu mon mari il y a trois ans, explique-t-elle. Je crois qu'il est maintenant temps pour moi de tourner la page et d'avoir des petits bonheurs." Henriette a reçu, quelques jours après la publication de son message, cinq ou six réponses à son appel.

"Ça m'amuse beaucoup, cette histoire!" confie-t-elle en éclatant de rire.

Pareille exaltation est-elle perceptible chez toutes les célibataires de l'âge d'or? Pas sûr. "Une fois débarrassées de leur mari, les femmes sont généralement contentes d'être seules", affirme Jean Carette, professeur en travail social à l'Université du Québec à Montréal (UQAM). "Les dames aimeraient bien se remarier pour avoir du plaisir, mais comme les hommes ne cherchent souvent qu'une bonne, une infirmière ou une cuisinière, elles s'abstiennent." Un constat que fait également Francine Ducharme, professeur à l'Institut universitaire de gériatrie de Montréal. "Les veufs sont généralement démunis lorsqu'ils se retrouvent seuls, ce qui fait qu'ils se remarient rapidement. Les femmes seules, pour leur part, compensent l'absence de conjoint par un large réseau d'amis, de parents et de connaissances."

Rose (nom fictif), une dame de 79 ans qui a elle aussi fait paraître une petite annonce dans Le Bel Âge, avance une autre hypothèse. "Beaucoup de femmes n'osent pas avouer qu'elles s'ennuient de l'affection d'un homme, indique-elle. Avoir besoin de tendresse est pour elles un déshonneur. Elle veulent être fortes à tout prix!" Mais leur demande-t-on de jouer à la servante? "Honnêtement, après le départ de leur épouse, de nombreux hommes se débrouillent et deviennent de bons maîtres de maison, affirme Rose. Ils ne désirent pas tant une bonne qu'une dame svelte et blonde comme les blés. Leurs exigences sont donc tout de même très élevées."

 

Sugar Mommy?

"Il faut par ailleurs tenir compte du fait que les personnes âgées d'aujourd'hui, surtout celles du 4e âge, sont essentiellement des femmes", remarque Denise Badeau, professeur en sexologie à l'UQAM. Majoritaires, toutes ces dames ne peuvent donc pas trouver chaussure à leur pied... "Sans compter que les homme qui restent sont soit en couple depuis longtemps, soit avec une compagne moins âgée qu'eux", observe Mme Badeau.

La solution serait pour les femmes de se tourner, elles aussi, vers de plus jeunes cavaliers. Mais les modèles de ce genre se font encore rares et les réticences sont nombreuses. "Un homme de 60 ans m'a appelée, indique Henriette, 72 ans. Étant donné la différence d'âge, je me suis dit qu'il devait être un playboy qui cumule les aventures. Je ne me suis pas laissé prendre au piège!"

Au contraire, Rose, 79 ans, cherche ouvertement une tendre moitié qui compterait moins de printemps qu'elle. "Les hommes de mon âge ont peu d'instruction, en plus d'être pantouflards, explique la vive grand-mère. Pas question de les amener aux Grands Explorateurs ou de leur faire faire du bénévolat. J'en cherche donc un plus jeune." Rose, qui a reçu de 55 à 60 réponses, sans trop de succès, garde espoir de rencontrer l'homme qui voudra vivre un véritable échange avec elle. "Il faudrait inventer un système pour que les gens seuls se reconnaissent", propose-t-elle, lasse de procéder par petites annonces. "Ce pourrait être une épinglette portée à la boutonnière, ou quelque chose d'autre..."

 

Soupers-rencontres de l'âge d'or

Réalité nouvelle oblige, cet "autre chose" se vit notamment sous la forme de soupers-rencontres pour gens du 3e âge. "Des hommes et des femmes de 50 ans et plus viennent ici pour dialoguer et rencontrer de nouvelles personnes", indique Julie Gauthier, l'une des fondatrices des soupers Cupidon, qui ont lieu tous les vendredis soirs au restaurant La Gourmandise, à Laval. "Les dames ne viennent pas ici pour trouver un homme coûte que coûte", affirme l'organisatrice, elle-même à la recherche de l'âme soeur. "Si ça adonne, c'est tant mieux, sinon, elles passent tout de même une belle soirée."

Thérèse Tremblay, responsable de soupers-rencontres qui se déroulent les samedis soir, au restaurant Crêpe Lune, rue Fleury, à Montréal, se vante quant à elle d'avoir formé plusieurs couples durables. "Un monsieur et une dame viennent de se fiancer au Hélène de Champlain", souligne-t-elle fièrement. D'autres, par contre, fréquentent ses soupers pour avoir de la compagnie, tout simplement. "C'est terrible combien il y a de gens seuls au monde, vous savez", constate Mme Tremblay."Si on facilitait la rencontre entre les personnes âgées, on viderait les foyers de vieux et on remplirait les maisons, suggère par ailleurs Rose. À deux, même avec un petit handicap, on peut s'entraider. Et à deux, on a davantage le goût de faire des sorties, du sport ou du bénévolat. Les gens feraient des vies bien plus heureuses s'ils se réunissaient!"

 

 

La Méthodologie des soins Gineste-Marecotti est protégée en France et à l'étranger. La reproduction des articles est strictement interdite sans l'accord écrit de Yves Gineste et Rosette Marescotti, et doit porter, quand elle est autorisée, la mention: Production Yves Gineste et Rosette Marescotti, CEC.87220 Eyjeaux- France, http://www.cec-formation.net.

Au Québec, L'ASSTSASest chargée de l'enseignement de la la Méthodologie, dans un programme appelé "soin relationnel".

 

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