Texte de la communication de Yves Gineste au congrès d'ergothérapie et de médecine physique de la grande Motte, Mai 2000

La sexualité dans les institutions de soins

 

Témoignages:

"Le docteur P., gérontologue, se souvient de l'un de ses premiers clients : un monsieur de 89 ans qui arriva consterné dans son cabinet parce qu'il enregistrait ses premières pannes sexuelles..."

"Mon épouse a 83 ans, nous nous entendons très bien, mais il n'y a plus rien entre nous sur le plan physique depuis 25 ans. D'ailleurs nous ne nous embrassons jamais, pourtant j'adore embrasser ! Depuis 1979, j'ai une maîtresse de 40 ans de moins que moi. Jusqu'à la fin du mois dernier, nous nous faisions l'amour deux fois par semaine, sauf pendant les vacances ! Elle vient maintenant de mettre un terme à notre liaison pour se marier".

"Pierre, lui, a 87 ans. Veuf à 72 ans, il s'est rapidement engagé une nouvelle relation amoureuse "pas du tout platonique", avec une amie, célibataire, de 68 ans. Tout fonctionnait bien, dit-il, jusqu'à ce qu'il souffre d'arthrose et rentre, fin novembre, en maison de retraite. Depuis, son amie vient le voir une fois par semaine et leur relation n'est plus qu'amicale. Pourtant, Pierre n'a pas renoncé à l'amour physique : "Avec elle, c'est fini, mais pourquoi pas avec une autre ? Ici, il y en a qui m'ont fait des propositions; je les ai envoyées sur les roses. Mais un jour qui sait ? J'aime trop les femmes et l'amour, il n'y a que ça de beau !"

Un soignant est un professionnel qui prend soin d'une personne qui a des problèmes de santé. Cette définition toute simple en apparence recouvre en fait un immense champs d'intervention, puisque le soignant en relation de soin avec un patient doit répondre aux besoins de son client, à tous ses besoins fondamentaux. Depuis de nombreuses années, différents courants de philosophie des soins nous ont éclairés sur notre rôle, permettant de définir nos actes et nos attitudes professionnels. Mais autant les modèles sont précis, complets, comme celui de Virginia Anderson , décortiquant les 14 besoins fondamentaux des hommes, autant les formations sont innombrables concernant les mises en place des démarches de soins censées y répondre, autant nous pouvons affirmer que toutes les infirmières et les aides soignants de France connaissent leur rôle par rapport à ces besoins, autant il est surprenant de constater qu'il est un domaine laissé dans l'ombre, jamais ou rarement évoqué, celui de la sexualité.

Là, le soignant est sans réponse professionnelle, laissé face à ses angoisses, son ignorance. Rares sont les dossiers qui font référence à la sexualité du patient, où sont les professionnels à qui faire appel, où trouver les modèles philosophiques sur lesquels s'appuyer, les analyses pour guider nos réponses. Alors, dans ce désert, chacun ira de son attitude , tolérante où de refus, chaque équipe campera sur des positions stéréotypées, et le patient qui veut vivre sa sexualité la verra souvent niée, bafouée, soumise au rire, voire mise en scène.

 

Dans la philosophie des soins que j'essaie de défendre, je défini le soin comme la mise en relation du soignant et du soigné dans leur rapport d'humanitude, c'est à dire dans ce qui permet à l'homme de se reconnaître comme faisant partie de l'espèce humaine. Parmi les différences et particularités de l'homme d'avec les autres animaux, la verticalité, la parole, les communications non-verbales, le fait de porter des vêtements, l'embellissement, et bien d'autres sont les fondations sur lesquelles le soignant doit construire le soin, sa relation professionnelle à l'autre, ces choix thérapeutiques. Cette recherche constante dans la moindre de nos actions de soin de tirer le patient vers son humanitude, est réalisée dans les choix actuels des démarches soignantes, comme habiller les patients, leur permettre de se maquiller, offrir les soins d' hygiène debout, ne plus faire à la place, continuer une vie sociale en conduisant les patients grabataires dans des salles à manger communes, intégrer les familles.

Mais rien sur la sexualité. Pas un mot. Un vrai tabou.

Or l'homme est un aussi être sexuel. Son image de lui, son narcissisme indispensable à sa survie, se construit entre autre avec sa sexualité. Chez l'homme , par exemple, le mot virilité désigne son sexe , mais aussi l'image de ce qui le différencie de la femme, les valeurs et attitudes qui l'aide à se construire, le modèle qui permet au fils de rentrer dans l'univers de sont père.

Je vais vous raconter 2 histoires vécues, 2 histoires tristes, pour mesurer le malheur que notre incapacité à traiter le problème peut induire.

Dans ce petit centre de soin de longue durée de province, les soignants me paraissent disponibles, ouverts. Le soin est de bonne qualité, les dossiers bien tenus, les familles sont accueillies. J' y assure des formations depuis 3 ou 4 ans, et je sais que ma venue est attendue, ce qui est bien valorisant pour un formateur en méthodologie de soin. Nous sommes sur du concret, le terrain est solide.
Aujourd'hui, l'équipe à choisi de travailler avec une dame âgée de 85 ans. Opérée d'un col du fémur, cette dame est arrivée depuis une semaine dans le centre de long séjour. Elle ne marche plus, la rééducation en moyen séjour ayant échoué. Le directeur du long séjour à permis à son mari de 90 ans d'être accueilli en même temps que sa femme, la démarche est humaniste. Le couple est hébergé dans la même chambre.

Nous faisons d'abord la toilette à madame, en la sollicitant au maximum, en faisant intervenir son mari. L'ambiance est détendue, tout se passe bien, l'humour est au rendez vous. Au moment du lever, la dame se crispe, elle a peur de se mettre debout, elle se raidi. La seule solution est alors une technique de saisie que j'appelle la technique d'amour, ou j'enlace le patient avec toute ma tendresse. Rassurée, la dame se verticalise. Nous restons ainsi dans les bras l'un de l'autre environ 30 secondes. Je rassoie la dame sur le bord du lit, et lui propose de faire quelques pas. Ses premier pas depuis plus de 3 mois. Pour cela , une technique en prise "pompiers" s'impose. Immédiatement une aide soignante se précipite pour m'aider dans cette technique extrêmement collée, et ainsi béquillée par nos corps, la vieille dame fait ses premiers pas. Le groupe est heureux, le mari pleure, la dame ne veut plus s'arreter de marcher. C'est la fête. A un moment, je me retourne vers le mari, vieux colonel à la retraite, et lui lance" j'espère que cela ne vous rend pas jaloux, de nous voir ainsi collés à votre dame". Très vieille France, avec un amour infini dans le regard, il me répond: " Je suis avec elle depuis plus de 60 ans, et jamais je ne lui ai fait l'insulte d'être jaloux". Ils s'aiment, s'est tout simplement bouleversant.

Au moment de se quitter, le vieux colonel demande à me parler. Personnellement. Je reste donc avec lui et sa femme, et c'est alors qu'il me fait sa demande: "Pourriez vous insister auprès de l'équipe pour que l'on rapproche nos lits, nous avons l'habitude de nous endormir en nous tenant la main.."

Je suis un peu étonné de la demande, faite presque timidement, et bien sur, j'approuve immédiatement.

Revenu en salle de formation, je retrouve le groupe qui m'attend devant un bon café-croissant, super fier du bon boulot que l'on a fait.

Je transmets la demande, et là, stupéfaction: "Il n'en est pas question, ils l'ont déjà demandé, on a refusé, vous comprenez il faudra pousser les lits pour le ménage etc,etc..."

Je leur fait remarquer que la charge de travail supplémentaire n'est pas terrible, que les lits sont sur roulettes.

Alors, soudain, une infirmière prend la parole: "ce n'est pas un bordel , ici, c'est un long séjour. Si on rapproche les lits, allez savoir ce qu'ils vont faire. On n'est pas payés pour ça."

Un Aide soignante rajoute: "Je trouve qu'après 70 ans, la sexualité , c'est sale, je ne supporterais pas de savoir que mes parents aient des relations comme ça."

Sans le vouloir, je suis rentré dans un tabou, la sexualité chez les vieux. Les réactions sont viscérales, en dehors de toute analyse. Le sujet n'a jamais été abordé en formation. Pourtant, ce centre est à la pointe, il se prépare à l'arrivée du dossier de soin informatisé, et nous sommes en 1992...

Et pourtant, nous savons maintenant que si la sexualité change lors du vieillissement, l'intensité des sensations, la qualité des orgasmes n'a rien à envier à celles que nous connaissons. Mais lorsque nous abordons le sujet avec les soignants, il provoque souvent la gène, les rires, la plaisanterie, voire la colère.

La sexualité en institution pour personnes âgées n'est presque toujours traité que sur un plan affectif: Jacques Gaucher, maître de conférences de psychologie à l'Institut de psychologie de Lyon II, responsable de l'enseignement et de la recherche en gérontologie, dans une interview de "Lyon Capitale", dit : "le coeur du problème est le tabou dont est frappé tout ce qui touche à la sexualité et au plaisir. Il est en grande partie levé, mais pas encore pour cette tranche d'âge. Pourquoi ? Pour une raison liée au fantasme oedipien. Dans l'inconscient, la sexualité des personnes âgées est assimilée à celle des parents sur laquelle plane un interdit culturel très fort".

Sans partager leur réactions, je comprends ces soignants. Parfois soumis eux mêmes à des agressions sexuelles de patients âgées, tenus par leur exercice à manipuler le sexe de leurs patients, provoquant parfois des érections immédiatement jugées comme l'expression du vice, chargées de la protection de vieilles dames agressées par les mains baladeuses de certains résidents, confrontés parfois à la colère des familles qui menacent de porter plainte si leur mère ou leur père a des comportements sexuels, ils sont souvent perdus, sans guide, sans l'aide de psychologue, et le problème se traite dans l'urgence et le mal être.

Et pourtant, parfois, des ilôts de tolérance et d'ouverture d'esprit existent. Comme cette maison de retraite de la haute vienne ou un mariage est venue conclure l'amour né en institution de 2 personnes très âgées, dans une grande fête ou tout le monde a dansé.

Le problème de la sexualité des adultes jeunes n'est souvent pas mieux traité en institution. J'ai reçu ce mail sur internet:

"Bonjour, c'est en tant qu' homme de 29 ans, ayant une tétraplégie depuis l'âge de 22 ans que je donne mon avis. La question de ma sexualité n'a pratiquement jamais été abordée au cours de ma rééducation, encore moins à la sortie du centre de rééducation. Il n'a jamais été question d'une rééducation sexuelle comme cela a été le cas de la rééducation vésicale ou intestinale. C'est vrai que le sujet est délicat et que peu après l'accident la survie, puis la recherche d'une autonomie physique, puis sociale et financière sont prioritaires.Si cette question a été abordée, c'est essentiellement sous son aspect technique ( la stérilité, la fécondation in vitro etc ), mais pas en terme de plaisir, lequel m'apparait tout aussi fondamentale. D'un côté je le comprends, car comment une personne pourrait-elle comprendre ce que cela signifie avoir une vie sexuelle compte tenu de certains éléments ( absence de sensibilité tactile, problème d'éjaculation etc ) qu'elle ne peut connaître (je pense aux médecins ). D'autre part, une infirmière n'en connaît pas forcément beaucoup sur le sujet. Je pense que son rôle, c'est aussi de dire au patient qu'elle a des limites tout en lui proposant des spécialistes à qui s'adresser..."

 

Le deuxième cas que je voudrais vous rapporter est aussi poignant, et il concerne un jeune.

Jean Luc n'a pas eu de chance. Jeune ingénieur à 21 ans, un accident de moto l'a plongé dans un coma, à la suite d'un grave traumatisme crânien, avec une fracture des cervicales qui l'a rendu tétraplégique. Après 5 années, de centres spécialisés en centres spécialisés, il échoue dans un long séjour, toujours comateux. J'assure des formations dans ce centre depuis 5 ans, j'y suis comme un poisson dans l'eau. J'ai vu jean Luc y arriver, et j'en ai profité pour faire un cours sur le coma, les stimulations proprio et extéroceptives, l'utilisation des odeurs, les techniques de paroles avec les patients comateux etc..

6 mois plus tard, je reviens travailler dans ce service. A mon arrivée, immédiatement, l'équipe présente me conduit vers jean Luc. Il s'est "réveillé" depuis 3 semaines. La jeune neurologue nommée chef de service n'en revient pas, elle nous analyse le dossier, elle ne comprend pas , moi non plus, mais le fait est là. Jean Luc est réveillé, tétraplégique, il peut bouger le bras gauche, et sur l'ardoise blanche qu'on lui a présenté, il a marqué sa première phrase, je vous l'a cite telle quel: "Je veux baiser, je veux une pipe".

Jean Luc est un problème dans le service. Pour les soignantes habituées à ne s'occuper que de très vieux patients, la présence de Jean-Luc, 25 ans, les bouleversent. Elles s'en occupent comme elles ne se sont jamais occupées de personne. C'est peut-être pour cela qu'il s'est réveillé. Et voilà qu'alors qu'il se réveille, il a cette demande, et des érections à chaque toilette.

Au cours de la semaine de formation, nous irons tous les jours nous occuper de Jean Luc, nous arriverons à le verticaliser en technique "pompier", à lui faire faire ses premiers pas "artificiels", mais cela fait partie de nos choix de soins d'humanitude d'homme debout , si possible. L'équipe est totalement impliquée dans les soins envers Jean Luc. Mais jamais nous n'auront d'autre inscription sur la plaquette que "je veux baiser, aidez moi à baiser, faites moi une pipe". Les mots sont crus, il sont ceux de Jean Luc.

Le dernier jour de formation , une réunion de l'équipe nous permet d'évoquer le cas "Jean Luc" en présence du chef de service. Que faire? Je leur parle des expériences de Hollande, du Danemark, ou le problème est pris en compte par la société, avec des "infirmières" spécialisées, spécialement rétribuées pour s'occuper de la sexualité des patients paralysés.

6 mois plus tard, de retour dans le centre, je constate que rien n'a changé. Jean Luc a toujours la même demande, unique, il refuse les essais de canule parlante, il "bande" à chaque soin, des mouvements rapides de son bras gauche lui permettent parfois de toucher un sein ou un sexe. La plupart des soignantes supportent sans problème ces attouchements sauvages, mais quelques unes deviennent agressives à force d'être agressées. Au cours d'une réunion avec toute l'équipe, nous évoquons encore ce problème. J'ai vu la surveillante générale qui à donné son aval à la venue d'une prostituée dans la chambre de Jean Luc. La famille est d'accord, à condition que cela se passe à l'hôpital, mais pas chez eux. Les soignants se disent tous d'accord pour faire bouger cette situation, qu'il analyse comme catastrophique pour Jean Luc. Mais rien ne bouge. Il faudrait recueillir de l'argent, et que quelqu'un s'en occupe. Mais qui? Pas moi, je suis a 500 kms, et ce n'est pas mon rôle. Mais le rôle de qui , alors?

De retour à la maison, je raconte l'histoire de Jean Luc à ma femme, devant ma fille de 8 ans. Quelques jours plus tard, je retrouve une enveloppe sur la table, avec 84 francs dedans . Ma fille a vendue des jouets pour réunir un peu d'argent pour Jean Luc. Une enfant de 8 ans a compris, et surtout a agit pour soulager une détresse.

J'ai remis l'argent à l'équipe et depuis 7 ans, chaque fois que je retourne dans ce centre, je vais voir Jean Luc. L'enveloppe est toujours dans le tiroir du bureau du surveillant. Rien n'a bougé, tous le monde est d'accord, il faut faire quelque chose, mais qui va agir?

Jean Luc semble régresser. Il refuse maintenant de se verticaliser, d'écrire sur l'ardoise. Sauf parfois , dans de très cas, avec certaines soignantes, il écrit: "je veux baiser".

Dans cette situation, je suis comme vous . Démuni, incompétent, seul avec mes opinions, mes choix personnels, mes avis trop peu documentés.

Dans le cas de Jean Luc, peut-être est-ce une grave erreur que de vouloir lui amener une prostituée. Il est possible qu'il présente un syndrome de désinhibition frontal, et dans des cas de ce type, il arrive que des équipes canadienne proposent la castration chimique. Mais cela correspond il à notre éthique en France?

Et quand bien même nous aurions amené une prostituée, imaginez que Jean Luc ne puisse éjaculer, le remède n'aurait-il pas été pire que le mal, pour l'image de soi? Qui l'aurait alors aider à se récupérer? Et qui aurait guidé la professionnelle, dans la connaissance de Jean Luc, avec ses déformations de grabatisation, ses yeux qui parfois se révulsent, ces changements de coloration de la peau pendant les soins?

Je n'ai que la capacité de poser les questions, pas celle d'y répondre.

Je ne suis pas un professionnel de la sexualité. Mais y en a t il? Où sont ils? C'est pour cela que j'ai accepté d'écrire ce texte, pour lancer tout simplement un appel.

Le soin a évolué. Nous sommes capables de nous occuper de tous les besoins des patients, sauf de la sexualité. Il faut professionnaliser ce domaine. Il faut inclure dans les cours d'infirmières et surtout d'ergothérapeutes des modules sur la sexualité. Il faut porter le problème devant les plus hautes instances professionnelles.

Pour que le jeune sidéen en train de mourir dans sa chambre d'hôpital puisse enfin disposer d'un verrou qui ferme la porte, afin recevoir dans l'intimité, et s'il le désire, les dernières caresses de son partenaire amoureux.

Pour que tous les vieux, qui sont nos racines, ne soient plus privés du plaisir de la peau de l'autre.

Pour que la fracture de 10 cms trop haute n'empêchent plus tous ces tétraplégiques de vivre comme des hommes.

Et pourquoi pas , peut-être aurons nous un jour, dans la profession la plus neuve, la plus tolérante, la plus ouverte, je veux parler de vous les ergothérapeutes, des spécialistes en sexualité qui nous aiderons à répondre à la souffrance des patients .

 

Quelques réflexions de différents auteurs pour nous guider:

Peggy Noonan du magazine "Longevity", expose quelques raisons de trouver agréable le fait de vieillir :

¥ Chez la femme, la fréquence des orgasmes augmente chaque dix ans, jusqu'à 80 ans. Les grands-mères sont plus actives sexuellement que les femmes dans la vingtaine.

¥ L'âge est un atout chez les hommes souffrant d'éjaculation précoce.

¥ Il eut été inconvenant il y a cinq ans, dans cette revue pour retraités âgés, d'évoquer l'orgasme. Et, en plus, celui de la femme !

¥ Attention : notre formation est à revoir puisque la sexualité n'est pas enseignée durant les études.

¥ Techniquement avancés mais culturellement en retard, vous aurez un comportement bloqué si la personne âgée vous parle de ses désirs.

 

Gérard le Goués, Être vieux, Autrement, 1991, Psychanalyste, Hôpital Rotchild

"La sexualité humaine a ceci de particulier qu'elle ne se réduit jamais à un simple fonctionnement d'organe. Même pour le sujet le plus fruste, la jouissance érotique est toujours liée à un recrutement de fantasmes, de constructions imaginaires, de rappels d'expériences antérieures, de recherche de nouveauté ne serait ce que sur le mode de représentations élémentaires". ..

"Qu'en est-il, par conséquent, de la sexualité du sujet âgé privé d'une partie de ses fonctions corporelles ?

Les observations de l'école de Saint Louis (Masters & Johnson, 1971) ont montré que le besoin et le désir sexuel persistent chez les sujets entre 50 et 80 ans, et probablement au-delà.

Chez la femme, au-delà de 50 ans, la lubrification du vagin qui correspond à l'excitation sexuelle se fait attendre 4 à 5 minutes contre 30 secondes chez une femme jeune. Le clitoris continue à remplir son rôle de récepteur et de transformateur de l'excitation sexuelle. La phase orgasmique dure moins longtemps. La phase de résolution est toujours rapide. En somme, tout se passe plus brièvement que chez les femmes jeunes, mais tout peut encore se passer à condition d'être en bonne santé et... d'en éprouver le désir.

Chez l'homme, l'érection peut être conservée jusqu'à 80 ans et même au-delà bien que le cycle des réactions sexuelles soit transformé. Ainsi, la phase d'excitation est allongée, mais, en phase de plateau, l'érection est généralement ferme. La phase en plateau a tendance à se prolonger plus longtemps chez l'homme vieux. Lorsque celui-ci arrive à ce niveau très agréable, il peut souvent en jouir sans éjaculer. La réduction du besoin d'éjaculer permet aux hommes âgés de poursuivre avec succès leur vie sexuelle quand ils supportent l'idée que cette réduction ne les transforme pas en infirmes sexuels. En somme, la perte du pouvoir d'érection n'est pas la conséquence inéluctable du processus de sénescence..."

 

Lucien MIAS 1995, gérontologue chef de service, Mazamet. site internet ( http://www.multimania.com/papidoc/index.shtml )

Si vous aviez à compléter la phrase suivante à l'aide des premiers mots qui vous viennent à l'esprit, vous seriez peut-être porté à dire que : « Chez les personnes âgées, la sexualité c'est...» « sans importance », « une chose du passé » ou « de bons souvenirs ».

Les jeunes gens ne sont pas seuls à croire que l'activité sexuelle diminue avec l'âge. Les gens âgés eux-mêmes croient que la vieillesse est une période asexuée. De nombreuses personnes âgées chez qui le désir sexuel est intense en éprouvent un sentiment de culpabilité et de honte ou se croient même anormales.

Les études médicales démontrent qu'en dépit de ces préjugés culturels la majorité des gens âgés sont capables d'avoir des rapports sexuels et de prendre plaisir à toute la gamme des activités sexuelles auxquelles se livrent les gens plus jeunes.

¥ Les rapports sexuels sont-ils uniquement réservés aux jeunes ?

Notre société semble croire que la sexualité est réservée aux jeunes. D'où lui vient ce préjugé ? On pourrait être tenté de répondre qu'il est enraciné dans les croyances religieuses qui associent la sexualité exclusivement à la reproduction. S'il en était ainsi, la femme qui ne peut plus procréer parce qu'elle a atteint la ménopause n'accorderait plus aucune importance à la sexualité. Pourtant, même ceux qui ne partagent pas cette croyance religieuse pensent que la sexualité est l'apanage des jeunes. Felstein a identifié les cinq grandes « idées » sur lesquelles se fonde la croyance à l'effet que la sexualité et les rapports sexuels sont réservés aux jeunes gens.

¥ La première, c'est que la fonction sexuelle ne sert qu'à la procréation et se limite donc à ceux qui en sont capables, c'est-à-dire les jeunes.

¥ La seconde veut que la tension sexuelle se manifeste en réponse à l'attrait physique. Admettant que cela soit vrai, il n'en demeure pas moins que la beauté est affaire d'opinion.

¥ La troisième, c'est que la tension sexuelle, qui atteint son maximum chez les jeunes gens, diminue rapidement jusqu'à l'âge mûr pour devenir quasi inexistante chez les gens âgés.

¥ La quatrième idée veut, d'une part, que l'on aime seulement quand on est jeune, et, d'autre part, que les rapports sexuels soient en quelque sorte inextricablement liés à l'amour romantique.

¥ Selon la cinquième et dernière idée, le niveau de fonctionnement optimum est atteint au cours de la jeunesse, tandis qu'une incapacité croissante est le propre de la vieillesse.

Notre impuissance à reconnaître l'existence d'émotions et d'activités sexuelles chez les vieux provient peut-être de nos impressions d'enfance. Les parents sont sans doute parvenus à persuader leurs enfants, avec beaucoup de sérieux, que la sexualité constitue un interdit.

En vieillissant, il devient ensuite difficile d'imaginer que les parents puissent, à leur âge, connaître les mêmes frivoles désirs sexuels que nous avons éprouvés au cours de notre enfance et de notre adolescence.

Le refus de la sexualité gériatrique semble faire partie d'un stéréotype culturel très répandu voulant que les gens âgés soient perçus comme laids, impuissants, malheureux et impotents. Les média de masse présentent les objets sexuels les plus désirables comme des individus jeunes, beaux et parfaits.

 

¥ Le vieillissement et la réponse sexuelle

C'est à Masters et Johnson (1966) que l'on doit les études les plus détaillées sur les aspects physiologiques de la sexualité humaine après onze années de recherche. Ces études ont montré que les réactions sexuelles des personnes âgées sont différentes de celles des jeunes gens par certains aspects, mais, en général le vieillissement ne signifie pas nécessairement la fin de l'activité sexuelle.

En ce qui concerne la femme, Masters et Johnson affirment que « la sexualité féminine ne connaît pas de limite d'âge ».

Pour ce qui est de l'homme, ils en concluent que, placé dans des conditions physiques et émotives convenables, celui-ci conserve « l'homme garde assez fréquemment sa capacité sexuelle jusqu'à quatre-vingts ans et même au-delà».

Masters et Johnson ont découvert certaines différences spécifiques entre leurs sujets âgés et les plus jeunes. Ils ont observé, chez les femmes âgées, un fléchissement du taux de réponse concernant certaines réactions physiques au cours des rapports sexuels : diminution du rougissement sexuel, diminution de la coloration et réduction de l'épaississement des petites lèvres avant l'orgasmeÉ Cependant, fait important, le clitoris des femmes âgées demeure très sensible bien que la lubrification vaginale se fasse plus lentement que chez les sujets plus jeunes. Les femmes âgées sont en pleine possession de leurs capacités sexuelles et capables d'atteindre l'orgasme et il n'existe aucune raison physiologique susceptible d'empêcher les femmes âgées de poursuivre leur activité sexuelle au même rythme qu'avant la ménopause, en supposant évidemment que leur fonction sexuelle ne soit pas altérée par l'effet des médicaments ou par certaines conditions débilitantes.

¥ La physiologie de la sexualité chez l'homme âgé

Masters et Johnson ont observé des changements plus nombreux dans le comportement sexuel de l'homme âgé que dans celui de la femme âgée. On observe en effet que les hommes âgés prennent fréquemment de deux à trois fois plus de temps que les jeunes pour obtenir une érection et qu'ils la maintiennent plus longtemps sans éjaculation. La force d'éjaculation diminue en vieillissant, et le délai nécessaire à l'obtention d'une deuxième éjaculation après l'orgasme est plus long chez les hommes âgés. Certains éprouvent aussi une diminution des sensations voluptueuses lors de l'éjaculation.

Ils estiment que les hommes âgés qui maintiennent une activité sexuelle régulière, demeurent en bonne santé et conservent une « saine » orientation psychologique peuvent dans de nombreux cas poursuivre leur activité sexuelle jusqu'à 80 ans et au-delà.

La fréquence des érections nocturnes constitue un indice de l'activité sexuelle chez l'homme. C'est dans la phase du rêve que les érections nocturnes tendent à se produire, ce qui indiquerait la fréquence d'un contenu onirique sexuel.

Dans l'ensemble, la fréquence des rapports sexuels diminue graduellement avec l'âge : le pourcentage des sujets de 60 à 71 ans qui avaient encore des rapports sexuels variait de 40 à 65 %, contre 10 à 20 % chez ceux de 78 ans et plus.

Précisons toutefois que ces moyennes peuvent marquer des différences individuelles importantes. En effet, treize des sujets interrogés ont déclaré qu'ils avaient connu une augmentation de leur activité sexuelle en vieillissant, alors que 15 % d'entre eux avaient vu leur intérêt pour la vie sexuelle croître avec l'âge.

Hommes et femmes s'entendaient pour dire que l'interruption des rapports sexuels était imputable au partenaire masculin. Le vieillissement affecte davantage la vie sexuelle de l'homme que celle de la femme.

 

 


Editique: long séjour de Mazamet

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