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Oral de soutenance du mémoire de DU de Psycho-gérontologie:

Sévices en institution pour personnes âgées

Le silence des soignants

 

1982, Une vieille dame hospitalisée en psychiatrie, tombe au sol devant un infirmier irascible. L'insultant violemment, il lui casse le nez à force de coup de pied dans le visage. Aline,sa collègue viendra m'en parler le soir chez moi, s'effondrant en larmes dans mes bras. Peut-être pleurait-elle autant sur cette violence que sur le fait qu'aucun des témoins présents n'a rien dit ?

1985, dans un service de long séjour, un monsieur ligoté sur une chaise supplie qu'on le détache. L'après midi, il sera toujours attaché. "C'est que vous comprenez, il piétine et salie le pavé toute la journée", dira une soignante.

1995, dans un petit hôpital de campagne, alors que nous entrons dans la chambre d'un monsieur hémiplégique pour l'aider à faire sa toilette, un soignant dit : "alors papi, on a mis du chocolat partout ?". Le veston du monsieur sur la chaise, porte à sa boutonnière la légion d'honneur. Peut-être, la veille, Monsieur le maire ôter son chapeau pour le saluer.

Depuis très longtemps je me demande pourquoi les soignants se taisent lorsqu'ils sont confrontés à un acte de violence alors qu'ils souffrent de cette situation. C'est ce noeud autour du silence qu'il va falloir démêler.

Sujet tabou il y a quelques années, nous entendons aujourd'hui de plus en plus parler de la violence familiale, en revanche lorsqu'il s'agit de maltraitance à l'intérieur d'une institution, nous serons plus en peine pour trouver des références, le sujet est encore tabou. Monsieur Denis Labayle dans son ouvrage "la vie devant nous", dénonce les maltraitances dans des institutions pour personnes âgées. Monsieur Hugonot a publié à la fin de cette année un livre intitulé "La vieillesse maltraitée" où il parle aussi des violences institutionnelles. Malheureusement, je n'ai pas pu travailler en m'appuyant sur son ouvrage, mon mémoire étant quasiment achevé lorsque je me suis procurée le livre.

Le silence du soignant face à la maltraitance des personnes âgées m'amène à chercher les origines du non signalement dans l'institution même.J'ai donc travaillé sur l'institution pour mieux la connaître.

Je me suis appuyée en grande partie sur l'ouvrage de Erving Goffman "asiles" pour montrer que l'institution est avant tout totalitaire c'est-à-dire qu'elle prend en charge totalement l'individu. L'institution le prend en charge, mais elle le dépersonnalise. Des séries d'humiliation, de profanation de la personnalité se mettent en place, et, nous constaterons qu'entre les lois et les moeurs, les moeurs régneront. Chaque institution aura sa propre loi, en marge de la société.

Je me suis également appuyée dans ma recherche sur le remarquable ouvrage d'enquêtes sur les institutions pour enfants de Stanislas Tomkiewicz et pascal Vivet : "Aimer mal, Châtier bien". Les auteurs nous prouvent que les violences existent et qu'elles sont cachées, et , que l'institution malveillante est protégée le plus longtemps possible.

Tous ces actes de violences qui restent dans l'ombre de l'institution nous montrent que l'établissement tend à protéger son personnel avant ses clients. L'institution crée ses propres lois, elle ne se réfère à la législation en vigueur que lorsqu'elle n'a plus le choix.

Face à la question que je me pose : Lorsqu'un personnel soignant voit ou a connaissance d'un sévice commis par un collègue sur un patient, pourquoi cette violence n'est elle pas dénoncée ? m'a amené a formuler l'hypothèse suivante :

"Face à la violence, l'institution pour personnes âgées est une zone de non-droit où le droit commun n'a pas cours et où le silence est loi".

Pour démontrer cette hypothèse, je me suis appuyé sur le témoignage des soignants qui ont accepté de briser le silence.

Pour que ma recherche soit validée, j'ai travaillé sur des violences indiscutables, c'est-à-dire les sévices infligés par des soignants récidivistes.

Chaque entretien est enregistré puis retranscrit. L'entretien le plus court dure 20 mn, le plus long 1h.30.

1 directeur, 2 cadres infirmiers, 2 infirmières, 3 aides-soignants ont témoigné. Je n'ai pas réussit à avoir le témoignage d'un médecin.

Dans un premier temps nous allons nous efforcer de montrer que l'institution est une zone de non droit et, dans un deuxième temps nous analyserons le silence des soignants, nous tenterons de savoir pourquoi les soignants se taisent.

Commençons donc par la première partie de l'hypothèse : L'institution pour personnes âgées est une zone de non-droit

En travaillant sur les témoignages des soignants, j'ai pointé 6 éléments qui contribuent à la démonstration de l'hypothèse.

Premier élément :

1/ La parole du Patient est nié :

Chaque fois qu'un patient qui subit une violence essaie de se plaindre, il n'est pas cru : Georgette nous dit : "On les prend pour des malades mentaux, ils ne sont pas crus". ou encore Monique qui nous raconte que "lorsqu'un patient se plaint au médecin, ce dernier se tourne vers la personne qui l'accompagne en posant la question : Est-ce-que vous l'avez vu. La réponse étant non, le patient est renvoyé dans le service sans tenir compte de ce qu'il dit".

L'idée de zone de non droit est renforcée par le fait que le patient n'a pas droit à la parole. Il n'est plus un citoyen normal, il n'a pas la possibilité de signaler son agresseur.

 

2/ La famille est mise à l'écart

Georgette nous dit : "Il y a beaucoup de plaintes des gens, mais personne ne réagit, ou encore "et puis, on le cache aux familles, on dit qu'il est tombé de lui-même"

 

3/ L'institution ne reconnaît pas le signalement

Lorsqu'un soignant a le courage de faire un rapport, ce dernier va disparaître, personne n'en parle. Un directeur va jusqu'à interdire à Annie, cadre infirmier, d'en faire un rapport, il lui dit "de fermer sa gueule".

 

4/ L'institution est incapable de sanctionner

Les témoignages nous montrent que lorsqu'une personne est titulaire de son emploi, il y a rarement sanction. A la limite, le fonctionnaire peut être muté dans un autre service ou bien, il est reconnu malade et se retrouve jusqu'à la fin de sa carrière en congé longue maladie. Ce qui d'ailleurs semble pour les soignants la solution la plus acceptable.

 

5/ l'institution protège le soignant maltraitant

Par l'intermédiaire des syndicats, Colette et Georgette nous expliquent qu'ils ont protégé au maximum les soignants violents.

Ou encore protection par l'intermédiaire des dirigeants, qui face à un signalement ne convoqueront pas la personne maltraitante. Annie nous raconte que le directeur a refusé qu'elle baisse la note d'un agent qui avait agressé une résidente.

ou encore protection par l'intermédiaire des collègues, qui a la limite dénonceront une violence mais pas la personne qui la commet.

 

6/ L'institution donne le pouvoir aux soignants : Juliette nous dira qu'elle ne croit pas qu'il n'y a pas de droit, elle pense qu'il y a oubli du droit.

 

Ces différents points semblent montrer que l'institution constitue d'une certaine manière un état dans l'état. L'institution protège son personnel et le personnel protège l'institution en ne la "salissant" pas en signalant des faits que la société réprimande.

 

J'ai ensuite cherché à comprendre pourquoi, dans l'institution soignante, face aux sévices, le silence est loi.

C'est le poids de l'équipe qui va surtout nous expliquer ce silence.

a/ Le soignant a peur d'être rejeté totalement de l'équipe. cela se manifeste dans tous les témoignages des soignants. On parle de mouchardage, de délation, de rapporteuse, la peur d'être montrée du doigt. Le soignant ne peut pas vivre à côté de l'équipe, en fait, en signalant un collègue, il prend le risque de ne plus être reconnue par l'institution et, c'est lui qui se met en danger. Le témoignage de Georgette nous le prouve. Non seulement après le signalement ses collègues l'ont rejeté, mais aussi le cadre infirmier, qui, deux ans après lui reproche encore.

 

b/ Le soignant ne signale pas par solidarité : Les soignants ont peur de ce qui va arriver à l'agresseur, ils vont vont essayer de savoir ce qu'il risque la personne, s'il est près de la retraite, il ne sera jamais signalé...

 

Les soignants donnent d'autres explications à leur silence.

Les soignants ne signalent pas par culpabilité : peur de briser une carrière, peur que le soignant maltraitant porte atteinte à ses jours.

La perte de salaire est très fortement évoquée. Pourtant il est rare que cette sanction existe. Au pire une mise à pied de courte durée.

 

Ce silence s'explique aussi par

La peur du soignant de faire un rapport écrit. Ce dernier est demandé de manière systématique par les responsables. Les soignants disent que s'il n'y avait pas de rapport à faire, il signalerait plus facilement. Les écrits restent, et cela semble faire peur.

 

Le soignant peut aussi avoir peur des représailles du maltraitant. Dans trois témoignages, la peur des représailles apparaît. Il semble cependant que c'est une pression du maltraitant sur une nouvelle victime, car, dans les témoignages, il n'y a jamais eu de passage à l'acte.

 

Pour conclure, je souhaite préciser qu'à la fin de cette recherche, j'ai malgré tout le sentiment intime que les racines du silence des soignants se trouvent au coeur même du fonctionnement de l'institution. Que c'est précisément l'institution qui crée des liens de solidarité qui font que les personnes qui signalent un des leurs, se détachent et renoncent de manière tacite à cette appartenance.

 

Avant de réellement travailler sur le silence des soignants, avec des témoignages, je pensais que le soignant ne pouvait pas signaler parce que certains sujets sont tabous, qu'il suffisait de lever un voile pour permettre aux gens d'en parler et donc, de rendre le sujet moins tabou. M'apercevant après analyse des témoignages que ce silence est plus profond, le soignant nous répète en permanence dans ses propos qu'il ne peut pas signaler, j'ai eu besoin dans la conclusion de mon travail de réfléchir sur la mise en place d'un système préventif de la violence et ce, en m'appuyant sur l'analyse des témoignages et sur mon expérience professionnelle.

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- Témoignages écrits,

- Témoignages oraux enregistrés,

Circulaire " rôle et mission des aides soignants et auxiliaires de puériculture ".

Décret : relatif aux actes professionnels et à l'exercice de la profession d'infirmier.

violence et personnes âgées en institution (mémoire) Mémoire d'un IG sur la violence . Édifiant.

Une BD sur des abus possibles. .. par négligence ou omission.  Les propositions de Lucien Mias pour la formation des soignants

Le site canadien de Louis Plamondon : Une belle étude sur les abus envers les personnes âgées

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