UNIVERSITE PARIS-NORD

UNITE DE FORMATION ET DE RECHERCHE
Santé, Médecine, Biologie Humaine
" Léonard de Vinci "
INSTITUT UNIVERSITAIRE DE GERONTOLOGIE
 
REPRESENTATIONS DE LA PERSONNE ÂGEE ET DU RÔLE
CHEZ LES PERSONNELS SOIGNANTS
EN INSTITUTION GERIATRIQUE.
MEMOIRE POUR L'OBTENTION
DU DIPLOME UNIVERSITAIRE DE GERONTOLOGIE
Année Universitaire 1998 /1999 Soutenu par Marie Lachant
Tuteur : Madame MEMMIN
SOMMAIRE
INTRODUCTION
Contexte général
Contexte professionnel
Cadre de la recherche
 
CHAPITRE 1 : LES CONCEPTS THEORIQUES
 
Le concept de représentation sociale
 
Origine du concept de représentation
 
Définition du concept de représentation
 
Définition du concept de représentation sociale
 
Caractéristiques des représentations sociales
 
L'analyse des Représentations
 
Détermination de la représentation sociale
 
Représentations sociales et conduites
 
La notion de rôle
 
CHAPITRE 2 : LA PROBLEMATIQUE ET LES HYPOTHESES
 
La problématique
 
Les hypothèses
 
CHAPITRE 3 : METHODOLOGIE DU RECUEIL DE L'INFORMATION
3-1 Le choix de la méthode de recueil
 
La construction de l'entretien
 
Les techniques de recueil
 
Le choix de la population cible
 
Le déroulement de l'enquête
 
Le déroulement des entretiens
 
L'analyse des données
 
Les limites et biais méthodologiques
 
CHAPITRE 4 : Les résultats
 
Le recueil d'informations
 
L'origine des personnes interrogées
 
Les déterminants sociaux
 
Les fonctions occupées
 
Le mode d'exercice de la profession
 
La formation des personnes interrogées
 
Les représentations de la personne âgées
 
Le photo langage: analyse thématique
 
Les choix d'adjectifs: analyse quantitative et qualitative
 
Les choix de sentiments: analyse quantitative et qualitative
 
Affects et Représentations: analyse quantitative et qualitative
 
Relations avec personnes démentes: analyse par catégorie de personnel
 
Les représentations du rôle
 
Les représentations du rôle chez les infirmières
 
Les représentations du rôle chez les aides soignantes
 
Les représentations du rôle chez les accompagnatrices de vie
 
Les représentations du rôle chez la coiffeuse
 
 
Synthèse interprétative
4-4.1 Les représentations de la personne âgées
4-4.2 Les représentations du rôle
 
 
CONCLUSION
 
 
BIBLIOGRAPHIE
Annexe 1 : Tableau présentant l'évolution de la dépendance à l'hôpital X
Annexe 2 : Questionnaire d'enquête du travail de recherche
Annexe 3 : présentation des photographies du photo langage
 
 
 
 
 
INTRODUCTION
 
 
Contexte Général 
Les institutions d'hébergement et de soins pour personnes âgées ont connu au cours des vingt dernières années une mutation importante. Elles ont vu évoluer leur clientèle et accueillent une population de plus en plus âgée et de plus en plus dépendante; des personnes âgées handicapées physiquement mais lucides; des personnes âgées présentant des déficits cognitifs et des démences, sans handicap physique; des personnes âgées présentant des troubles de comportement d'ordre psycho-gériatrique.
Parallèlement, il est apparu nécessaire de faire évoluer les missions des établissements, ainsi que la qualité des soins et de l'accueil dans ces institutions héritières des hospices dont la mission principale était traditionnellement l'assistance aux orphelins, aux infirmes et aux vieillards indigents.
En 1975 débuta une période d'humanisation des structures, visant leur transformation et l'amélioration de leur fonctionnement, souvent limitée alors à la rénovation des locaux ainsi qu'à l'amélioration des prestations hôtelières.
En février 1986 fut diffusée une circulaire ministérielle préconisant l'élaboration de projets d'établissements, destinés à définir des orientations générales de la politique des établissements.
En 1987 fut rédigée la première charte des droits et libertés de la personne âgée dépendante (diffusée par circulaire ministérielle en 96).
Depuis les années 1985, les études, colloques et publications concernant la qualité de vie des personnes âgées en institution se multiplient, témoignant d'une réflexion et d'un regard nouveau sur les missions et le fonctionnement des établissements.
Parallèlement de nouveaux thèmes jusqu'alors tabous apparurent, celui de la maltraitance des personnes âgées et celui de la souffrance des soignants.
Dans la mouvance du processus d'accréditation des établissements hospitaliers, les pouvoirs publics publient en avril 1999 le "cahier des charges de la convention pluriannuelle relative aux institutions sociales et médico-sociales". Celui-ci définit les conditions de fonctionnement des établissements et notamment des critères de qualité de la prise en charge et des soins, ainsi que les critères et modalités d'évaluation des établissements.
La "révolution gérontologique" est en marche semble-t-il, même si les transformations s'effectuent à petits pas, si "l'humanisation" des lieux de vie pour personnes âgées reste souvent à réaliser, et si les discours sont souvent très en avance sur les pratiques.
 
 
Contexte professionnel
 
J'interviens dans des institutions hospitalières et médico-sociales, auprès de cadres infirmiers et d'équipes de soin. Mon travail, au travers d'actions de conseil ou de formation, consiste surtout à  accompagner les établissements et les personnes dans des processus de changement, à leur permetre de questionner leurs pratiques, leurs logiques et projets respectifs et de se retrouver autour d'un même projet.
Concernant le secteur gérontologique, et les réflexions menées autour de la qualité de vie en institution et autour de la maltraitance, je pense qu'on ne peut pas dissocier l'amélioration des conditions de vie des personnes âgées de celle des personnels. S'il semble impératif de transformer les conditions et l'organisation du travail, il est aussi nécessaire de valoriser une activité dont l'utilité sociale doit être reconnue, le professionnalisme encouragé. Comme ce fut le cas en psychiatrie, il est indispensable de développer le travail d'équipe ainsi que la formation et l'accompagnement du personnel soignant en gérontologie.
L'implication affective et la souffrance des personnels sont particulièrement vives dans ces services où la pénibilité physique se double d'une pression affective et émotionnelle importante. Celles-ci, lorsqu'elle sont ignorée, génèrent souvent confusion des rôles, passages à l'acte, mise en place de mécanismes défensifs (rigides et coûteux pour l'économie psychique des personnes, dommageable à la qualité du soin), attitudes de rivalité inconsciente vis-à-vis des familles, épuisement des soignants.
Dans le cadre de ce travail sur les représentations à l'égard des personnes âgées et du rôle, c'est par le biais d'une étude de leur objectivation dans et par le langage, que j'espère mettre en évidence l'importance des phénomènes psychoaffectifs dans la relation de soin en gérontologie et la nécessité de leur prise en compte au sein des institutions. La question posée par cette recherche est celle du regard porté par les soignants sur les personnes âgées et sur le rôle qu'ils jouent vis-à-vis d'eux.
 
 
Cadre de la recherche: le service de Gérontologie de l'hôpital X.
 
Madame D, Infirmière chef du pôle gérontologique de l'hôpital X, à qui j'ai d'abord présenté mon projet de recherche, m'a proposé d'effectuer ce travail dans son institution. L'entretien que j'ai pu avoir avec elle-même et les cadres des services me permet de présenter le service de gérontologie Clinique.
 
 
Le service de Gérontologie Clinique de l'hôpital X ,situé en région parisienne, comporte un service de moyen séjour (20 lits), un service de long séjour (83 lits), ainsi qu'une maison de retraite médicalisée (122 lits).
L'équipe médicale se compose d'un médecin-chef, d'un praticien adjoint contractuel, 2 praticiens hospitaliers, ainsi que de 2 attachés (respectivement 5 v. h et 6 v. h ).
Le personnel non médical est constitué de 3 cadres infirmiers, 24 infirmier(e)s, 62 aides-soignants, 22 agents des services hospitaliers, 2 kinésithérapeutes ainsi que d'une secrétaire.
 
L'enquête concernant le service de long séjour ainsi que la maison de retraite, je présenterai seulement ces services.
 
 
Comme beaucoup d'autres services de gérontologie, ces services (comme le montre le tableau présenté en annexe 1) se trouvent confrontés à une nette augmentation de la dépendance et souffrent d'un alourdissement de la charge de travail quel que soit le poste considéré. Il semble toutefois que la fonction des aides-soignantes soit particulièrement affectée par cette évolution. Le rapport d'activité de 1998 fait également apparaître la disparition de 4 postes A.S. ou A.S.H.
 
Pour pallier les difficultés résultant de cette situation, un certain nombre de dispositions ont été prises:
 
 
Le patio d'Aloïs, ouvert depuis mai 1998, prend en charge de 10 à 12 patients déments déambulants. Deux aides-soignants volontaires y travaillent par périodes de 3 mois.
 
 
L'embauche depuis un an de 3 "emplois jeunes", nommées "accompagnatrices de vie", dont la mission est de répondre aux besoins non satisfaits des personnes âgées, que les aides-soignants, occupés en totalité par les soins d'hygiène et les repas, ne peuvent assurer.
 
 
Nous nous trouvons dans un contexte hospitalier qui ressemble à bien d'autres.
Confronté à la nécessité du changement, le service subit les conséquences d'un héritage historique parfois lourd: image encore négative bien qu'en voie d'amélioration, faible mobilité des personnels (due en partie au manque de ressources de l'environnement, elle tend toutefois aujourd'hui à évoluer), gigantisme des services peu propice à l'individualisation des soins, enfin usure certaine des personnels en place, attribuée par tous à la charge de travail.
 
 
Au plan de l'organisation interne des services, on peu noter qu'elle est en évolution comme en témoignent les projets de développement de l'accueil temporaire et la création d'unités plus réduites à la maison de retraite, ainsi que le recrutement d'un psychologue ayant une mission de soutien vis-à-vis des équipes.
 
 
CHAPITRE 1 : LES CONCEPTS THEORIQUES
 
 
LE CONCEPT DE REPRESENTATION SOCIALE
 
ORIGINE DU CONCEPT DE REPRESENTATION
 
La notion de représentation sociale occupe une place particulière en psychologie sociale : elle n'est pas encore bien reconnue comme un domaine spécifique, en raison des approches béhavioristes qui ont dominé les études de perception sociale et l'ont assimilé à ce courant.
C'est Durkheim qui le premier (1898) utilisa ce terme et tenta de constituer celle-ci en objet d'étude autonome.
Mais c'est l'étude de Moscovici (1961) qui a introduit ce concept en psychologie sociale; il a connu en France un développement marqué par différentes approches, portant notamment sur les femmes (Chombart de Lauwe, 1967), la culture chez les ouvriers français (Kaess, 1968), la santé et la maladie (Herzlich,1969), l'espace (Milgram et Jodelet, 1976), la maladie mentale (Jodelet 1989).
 
DEFINITION DU CONCEPT DE REPRESENTATION
 
Le concept de représentation désigne, dans un sens large, une activité mentale à travers laquelle on rend présent à l'esprit, au moyen d'une image, un objet ou un événement absent.
 
 
Selon J.Abric, la représentation est " le produit et le processus d'une activité mentale par lequel un individu ou un groupe constitue le réel auquel il est confronté et lui attribue une signification spécifique ".
 
Selon D.Jodelet, la représentation est "un ensemble organisé d'opinions, d'attitudes, de croyances et d'informations se référant à un objet ou à une situation. Elle est déterminée à la fois par le sujet lui-même (son histoire, son vécu), par le système social et idéologique dans lequel il est inséré et par la nature des liens que le sujet entretient avec ce système social". (D.Jodelet, les représentations sociales, sociologie d'aujourd'hui P.U.F.1989, page 188)
 
DEFINITION DU CONCEPT DE REPRESENTATION SOCIALE
 
 
S.Moscovici définit la représentation sociale comme un " univers d'opinions ". (S.Moscovici, La psychanalyse, son image et son public, Paris, P.U.F,. p 283)
 
 
R.Kaess a ajouté à cette définition le terme de croyances, entendues comme "l'organisation durable de perception et de connaissances relatives à un certain aspect du monde de l'individu". ( Kaess R. Images de la culture chez les ouvriers français, Paris, éditions Cujas 1968, pp31, 32.)
 
Selon D.Jodelet, les représentations sociales sont un système de référence, de signification, qui permettent d'interpréter, de comprendre, d'expliquer et ainsi de classer les informations, les évènements, les individus. Elles sont une manière d'appréhender et de penser la réalité quotidienne. Elles ont pour but de donner du sens aux choses. Cette connaissance pratique, spontanée, a des incidences sur le comportement social. Elles sont "des modalités de pensée orientées vers la communication, la compréhension et la maîtrise de l'environnement social, matériel et idéal". (D.Jodelet, Les représentations sociales, Sociologie d'aujourd'hui, PUF, page 360.)
 
CARACTERISTIQUES DES REPRESENTATIONS SOCIALES
 
 
Les représentations sociales sont "socialement élaborées et partagées", car elles sont constituées à partir de nos expériences, des savoirs et des modèles de pensée que nous recevons et transmettons par la tradition, l'éducation et les relations sociales. (Ibid., page 360.)
 
 
Selon C.Herzlich, "la représentation sociale implique d'abord une activité de reproduction des propriétés d'un objet, s'effectuant à un niveau concret, fréquemment métaphorique et organisée autour d'une signification centrale ". Cette reproduction est en fait un remodelage, une véritable construction mentale de l'objet, conçu comme non séparable de l'activité symbolique du sujet, elle même solidaire de son insertion dans le champs social. "S'élaborant à un niveau concret, le produit de la représentation apparaît à l'individu comme "donné" perceptif" (Herzlich C, Santé et Maladie, Analyse d'une représentation, Paris, Mouton, 1969, p.32).
 
 
La représentation est médiatisée par le langage. Ce qui pose un problème méthodologique: l'analyse d'une représentation sociale porte fréquemment l'empreinte de l'instrument de recueil du matériel.
 
L'ANALYSE DES REPRESENTATIONS
 
Selon S.Moscovici, une représentation sociale est analysable selon plusieurs dimensions: l'attitude, l'information, et le champ de représentation (Op. cit. p.285).
 
L'attitude
Elle exprime un positionnement, une orientation générale, positive ou négative par rapport à l'objet de la représentation. Elle se manifeste comme une dimension plus "primitive" que les deux autres en ce sens qu'elle peut exister dans le cas d'une information réduite et d'un champ de représentation peu organisé.
 
 
L'information
L'information renvoie à la somme des connaissances possédées à propos d'un objet social, à sa quantité et à sa qualité (plus ou moins stéréotypée, banale ou originale par exemple).
 
 
Le champ de représentation
Il renvoie à l'organisation du contenu et aux propriétés proprement qualitatives, imageantes, de la représentation. Comme le niveau d'information et l'attitude, il est variable d'un sujet à l'autre comme d'un groupe à l'autre.
 
DETERMINATION D'UNE REPRESENTATION SOCIALE
 
Les psychosociologues ont peu abordé le problème de la détermination sociale de la représentation, dont le caractère social se lit selon eux dans l'organisation de la représentation, dans les fonctions de construction de la réalité et d'orientation des comportements.
Selon Moscovici toutefois, il existerait à la fois une détermination par "la totalité des circonstances sociales", qui jouerait sur l'information circulant à propos de la représentation, et, d'autre part, une "orientation de nature plus psychologique".
Celle-ci serait une combinaison d'expériences individuelles et collectives et de facteurs motivationnels et normatifs (Op. cit. p 343).
 
REPRESENTATIONS SOCIALES ET CONDUITES
 
Le rôle de la représentation sociale dans l'élaboration des conduites a été peu étudié, dans la mesure où les études réalisées ont pour objet le recueil du discours et ne permettent pas d'analyser directement l'impact de l'une sur l'autre.
Selon C.Herzlich, l'orientation des conduites constitue toutefois une des fonctions essentielles et spécifiques de la représentation, "à condition de ne pas donner à la notion d'orientation le sens d'un lien simple et direct manifestant un impact univoque de la représentation sur les conduites" (op. cit. p33).
 
 
 
LA NOTION DE ROLE
 
 
Le rôle est un concept majeur pour définir l'identité sociale des individus.
Chez R.Linton (1936), le rôle est lié aux concepts de norme et de modèle culturel..
Les notions de rôle et de statut permettent d'opérer un lien entre l'individu et la société
et de passer du registre du comportement individuel à celui de la conduite sociale.
Le statut fait référence aux positions occupées dans la structure sociale, il en représente l'élément statique et structurel.
Le rôle sert à décrire les comportements des personnes qui occupent ces positions. Il en représente donc l'élément dynamique et fonctionnel.
 
Dans la pratique, le comportement de rôle est toujours un compromis entre la définition normative du rôle, les attentes de rôle, et la personnalité de chacun. L'individu conserve donc toujours une part de liberté dans l'interprétation de son rôle. D'autant que, comme le souligne R.Merton, il faut associer au statut non pas un, mais des faisceaux de rôles correspondant aux attentes des différentes personnes qui occupent des rôles complémentaires; par exemple, le statut d'aide-soignant engage ce dernier dans des relations avec plusieurs partenaires: les personnes âgées, leurs familles, ses collègues aides-soignants, mais également l'infirmière, la surveillante, le médecin chef, etc..
Il est peu probable que chacun d'eux ait les mêmes attentes vis-à-vis de l'aide soignant.
L'existence d'attentes contradictoires permettra au titulaire du rôle de préserver une certaine autonomie dans la manière de l'exercer.
 
 
 
CHAPITRE 2 : LA PROBLEMATIQUE ET LES HYPOTHESES
 
 
LA PROBLEMATIQUE
 
Par le recours à la théorie des représentations sociales, le but de l'étude est de réaliser une étude exploratoire et de cerner certains processus psychosociaux influençant les pratiques des soignants, et notamment :
 
 
Etudier et décrire les représentations que les personnels soignants en gérontologie ont de la personne âgée et de leur rôle vis-à-vis de ces derniers.
 
Mettre en rapport les processus relevant d'une dynamique sociale et d'une dynamique psychoaffective.
 
Etudier l'ancrage des attitudes dans les rapports sociaux qui les génèrent, les contextualiser pour en comprendre les mécanismes de création du sens et d'orientation des conduites.
 
Pour cela, nous utiliserons, comme grille d'analyse des représentations, celle proposée par S.Moscovici, qui consiste à décrire celles-ci en terme d'attitudes, d'informations, et de champs de représentation.
 
Nous espérons ainsi mettre en évidence l'importance de la mise à jour des représentations et de leur dimension affective dans la relation des soignants avec les personnes âgées en institution, et de leur prise en compte pour la réalisation de projets politiques au sens large (actions éducatives, accompagnement et soutien des soignants..) .
 
 
 
LES HYPOTHESES
 
La confrontation quotidienne au vieillissement et à la mort est source de souffrance pour le soignant fortement impliqué affectivement dans la relation au long cours avec les personnes âgées..
La représentation traditionnelle du rôle soignant est elle même source de souffrance dans un contexte où l'espoir thérapeutique est faible, où l'importance de la charge de travail est elle-même source de d'insatisfaction et d'épuisement.
 
 
L'institution, à travers son mode d'organisation et de management des personnels, détermine en partie les représentations du soin et de la personne âgée, ainsi que les rôles joués par les acteurs institutionnels.
 
 
CHAPITRE 3 : LA METHODOLOGIE DU RECUEIL D'INFORMATION
 
 
3.1 LE CHOIX DE LA METHODE DE RECUEIL
 
Dans la perspective qui est la mienne, j'ai choisi une méthode "classique"  de recueil des représentations, c'est à dire l'entretien semi-directif, centré sur les conceptions et les logiques subjectives des interviewés.
 
3.2 LA CONSTRUCTION DE L'ENTRETIEN 
 
La construction de l'entretien s'ordonne en fonction des informations recherchées, c'est à dire :
 
Un recueil d'informations générales, concernant l'origine des personnes, ainsi que leur formation.
 
Un questionnaire portant sur les représentations de la personne âgée vivant en institution.
 
Un questionnaire portant sur les représentations du rôle joué par le soignant vis- à -vis des personnes âgées, à l'intérieur de l'institution.
 
 
3.3 LES TECHNIQUES DE RECUEIL
 
Afin de recueillir et de pouvoir croiser des données significatives, j'ai eu recours à différentes techniques au cours de l'entretien, la conduite de l'entretien étant identique pour chaque personne.
:
 
 
Le photo langage: il s'agit d'une méthode projective, utilisée en formation pour obtenir des représentations. On demande aux personnes de choisir 2 ou 3 photographies évoquant le plus l'objet de la représentation (ici, les personnes âgées vivant en institution), puis on leur demande d'expliquer leur choix.
 
Le choix d'items : on demande aux personnes de choisir un nombre donné d'items au sein d'un tableau proposant de multiples réponses.(Ici, j'ai demandé aux personnes de choisir les 5 sentiments qu'ils éprouvent le plus fréquemment vis-à-vis des personnes âgées).
 
Les questions fermées.
 
 
Les questions ouvertes.
 
 
 
 
 
 
 
3.4 LE CHOIX DE LA POPULATION CIBLE
 
Ayant initialement limité la population enquêtée aux seules catégories I.D.E. et A.S., pour des raisons à la fois techniques (réalisation et exploitation des données), et stratégiques, ces deux catégories de personnels étant les plus présentes auprès des personnes âgées, j'ai dû intégrer des personnes d'autres catégories pour remplacer des entretiens manquants.
Il s'agit d'"emplois jeunes", embauchés à plein temps auprès des personnes âgées comme "accompagnatrices de vie", ainsi qu'une personne occupant les fonctions de coiffeuse.
 
 
3.5 LE DEROULEMENT DE L'ENQUETE
 
Après avoir obtenu l'accord de principe du directeur des soins infirmiers, j'ai rencontré la surveillante Chef ainsi que les cadres responsables de chaque service.
Ce premier entretien m'a permis de recueillir une première information concernant le contexte institutionnel (cf. introduction), de présenter l'objet de ma recherche ainsi que les principes et modalités selon lesquelles je souhaitais effectuer ces entretiens: volontariat, confidentialité des données, retour à l'établissement et aux personnes sous forme de synthèse, enfin, durée approximative de 45 minutes.
Il fut convenu que les cadres présenteraient eux même cette recherche à leurs équipes, afficheraient dans leur service un document présentant le thème de la recherche et un planning vierge afin que les personnes intéressées s'inscrivent.
 
 
3.6 LE DEROULEMENT DES ENTRETIENS
 
Les entretiens ont eu lieu sur une période de deux semaines, à l'intérieur de la plage de travail des personnels, et se sont déroulés dans une pièce à l'abri des perturbations, avec une grande table me permettant de disposer les 25 photos du photo langage.
Leur durée a varié entre 30 et 60 minutes en fonction des personnes.
Ils ont tous étés enregistrés au magnétophone.
 
 
3.7 L'ANALYSE DES DONNEES
 
Cette phase a d'abord nécessité l'écoute et la retranscription littérale de chaque entretien, puis le découpage thématique de ceux-ci en fonction des objectifs poursuivis, c'est à dire :
 
 
Concernant les représentations de la personne âgée vivant en institution. :
 
Identification des thèmes principaux apparus lors du photo langage, et fréquence d'apparition par catégorie professionnelle.
 
Identification des adjectifs choisis concernant les personnes âgées, et fréquence d'apparition par catégorie professionnelle.
 
Identification des sentiments choisis, et fréquence d'apparition par catégorie professionnelle.
 
Analyse thématique des réponses aux questions portant sur les relations avec les personnes démentes.
 
 
Concernant les représentations du rôle :
 
Identification des items principaux et fréquence d'apparition par catégorie professionnelle.
 
Description des activités.
 
 
3.8 LES LIMITES ET BIAIS METHODOLOGIQUES
 
 
Du point de vue méthodologique, je soulignerai que la méthode de recueil des informations est sans doute discutable: il s'agit en effet de productions discursives dont il est difficile de savoir si elles sont liées au contexte ou si elles énoncent une opinion ou une attitude effectivement assumée par les personnes.
 
 
Par ailleurs, si cette méthode peut permettre d'accéder à la détermination du contenu spécifique des représentations, elle n'autorise que le simple repérage d'axes généraux qui restent à confirmer.
 
 
Enfin, la limite essentielle tient à la taille de l'échantillon ainsi qu'à son appartenance à un contexte spécifique, qui ne permet pas la généralisation des résultats à d'autres établissements.
 
 
 
 
CHAPITRE 4 : LES RESULTATS
 
 
Sur les 20 entretiens prévus, 17 seulement ont pu être réalisés, pour des raisons inhérentes d'une part à l'organisation des services, d'autre part à quelques "oublis" de rendez-vous.
 
Nota: à chaque fois que cela a été possible, un tableau permet de visualiser les thèmes.
 
 
 
 
LE RECUEIL D'INFORMATION
 
L'ORIGINE DES PERSONNES INTERROGEES
 
MAISON DE RETRAITE : 6 Personnes interrogées
LONG SEJOUR: 10 Personnes interrogées
MR. +USLD 1 Personne interrogée
 
LES DETERMINANTS SOCIAUX
 
Le sexe : 15 Femmes, 2 Hommes
 
L'âge : 20-29 30-39 40-49 50-59
8 pers 5 pers 3 pers 1 pers
 
 
 
LES FONCTIONS OCCUPEES 
 
 
5 I.D.E : 1 en M.R., 4 en U.S.L.D.
 
8 AIDES SOIGNANTES : 3 en M.R., 5 en U.S.L.D.
 
( 2 A.S.H., et 1 ambulancier " faisant- fonction. " d'A.S.)
 
3 ACCOMPAGNATRICES DE VIE : 2 en M.R., 1 en U.S.L.D
 
1 COIFFEUSE pour les 2 services ainsi que pour l'ensemble de l'hôpital.
 
 
LE MODE D'EXERCICE DE LA PROFESSION
 
 
17 personnes travaillent à temps plein
 
Ces 17 personnes travaillent de jour
 
1 personne travaille à temps partiel (4 /5ème)
 
 
LA FORMATION DES PERSONNES INTERROGEES
 
 
La formation initiale
 
 
Les 5 infirmières. sont titulaires du Diplôme d'Etat d'Infirmière
 
 
Sur les 8 aides-soignants, 6 sont titulaires du C.A.F.A.S.
1 est titulaire du baccalauréat
1 a suivi une formation d'A.S.H..
 
 
Sur les 3 accompagnatrices de vie, 1 est titulaire du baccalauréat
1 est titulaire du B.E.P. Sanitaire et. Social
1 est titulaire d'un cap
 
 
La personne exerçant la fonction de coiffeuse est diplômée en coiffure.
 
 
 
 
La formation continue
 
 
Formation continue des 5 infirmières :
5 ont suivi une formation "hygiène",
4 d'entre elles ont suivi une formation "douleur",
2 d'entre elles ont suivi une formation "fin de vie", 
1 a suivi des formations sur les thèmes: "démence, incontinence, animation".
 
 
Formation continue des 8 aides-soignants.
4 ont suivi une formation hygiène,
1 a suivi une formation "fin de vie",
1 a suivi une formation "danse et harmonie": elle anime un atelier avec les personnes âgées.
1 a suivi une formation "gestion du stress",
1 a suivi des formations: "cuisine" et"lingerie".
 
 
Formation continue des 3 personnes accompagnatrices de vie :
1 a suivi une formation, en "manutention".
 
 
Formation continue de la personne exerçant les fonctions de coiffeuse:
Cette personne a suivi 2 formations, l'une en esthétique, l'autre concernant la manutention des personnes.
 
 
 
 
LES REPRESENTATIONS DE LA PERSONNE AGEE
 
LE PHOTO LANGAGE
 
Analyse quantitative
 
 
 
 
 
Analyse qualitative: les thèmes évoqués lors du photo langage 
 
 
 
L'attente
Evoqué par la quasi-totalité des personnes, le thème de l'attente émerge de façon récurrente à propos des photographies 1, 2, 5 et 7.
 
Les personnes âgées sont représentées dans un état permanent d'attente. Cette attente représente presque une activité à part entière:" leur temps est consacré à l'attente".
 
Elle est souvent sans objet précis: "elles attendent", parfois liée aux rythmes institutionnels: "elles attendent le lever, puis elles attendent encore pour la toilette, puis de nouveau le repas etc... ", dans une morne répétition, "une chaîne sans fin".
 
L'attente est également reliée à la perte d'autonomie, au besoin d'aide.
 
Elle est aussi reliée à la mort, bien que celle-ci ne soit pas évoquée de façon directe: "le tunnel m'évoque leur attente. "Ils ne voient pas le bout de leur vie...", "ici, c'est leur dernière demeure". "C'est l'attente du départ".
 
La solitude
Le thème de la solitude est évoqué essentiellement à partir des photographies 1 et 2.
"Ici il y a une grande solitude" , "Ils sont seuls, si seuls, alors qu'ils sont nombreux".
 
Certains soignants y associent l'impression d'isolement (4 fois), de retrait, de repli (10 fois), d'ennui (4 fois), de perte d'intérêt, de désinvestissement. "A la fin ils ne veulent plus sortir", "la plupart s'isolent, refusent le contact avec les autres, plus rien ne les intéresse".
 
Les personnes âgées sont aussi parfois perçues comme sans projet (2 fois).
 
Elles sont fréquemment décrites comme tristes (à 5 reprises).
 
Le regard
La photographie n°2 attire de nombreuses réflexions sur le regard de la personne âgée :
 
Regarder est une activité. Les personnes âgées regardent devant elles, autour d'elles, elles regardent aller et venir les soignants affairés: "Elles regardent tout ce qui se passe...", "elles observent nos allées et venues".
 
C'est tantôt un regard triste, vide, tantôt un regard actif, communiquant: "le regard ne vieillit pas", "il a le regard inquiet", "elles communiquent leurs sentiments et parfois leur rancœur  par le regard".
 
C'est aussi un regard inquiet cherchant dans le miroir, l'image de soi : "elles cherchent à se reconnaître".
 
Le corps
Le corps de la personne âgée est également évoqué, notamment à partir des photographies 3, 11, 13 et 15.
 
Corps douloureux, soumis à des soins ou à des manipulations parfois pénibles: "On leur fait mal parfois".
 
Corps, "vieilli", "abîmé", " meurtri", "corps qui se dégrade", image du corps impossible à percevoir pour les personnes démentes, image de soi "choquante pour les personnes en fauteuil roulant qui ne peuvent pas se voir au quotidien dans la glace", choquante pour certains soignants: "c'est ça qui m'a choqué surtout, quand je suis arrivée, ces corps vieillis, marqués".
 
Mais aussi corps mémoire, peau "qui parle", peau qui est "douce, agréable à toucher", "les rides et les creux, les visages ridés sont beaux".
Les soignants parlent, nous l'avons dit plus haut, du regard "clair", de ce regard "qui ne vieillit pas".
 
Deux soignants évoquent avec une certaine force le non-respect de ce corps :
"Un corps à nu: Ici, il y a un manque de respect du corps. Ils sont changés à la chaîne, vite fait, sans respect du corps et de l'intimité. Le corps est mis à nu, tous les jours: on oblige à la douche et à la nudité, "les soignants, pour aller plus vite, demandent qu'on coupe les cheveux des personnes". 
 
Un soignant évoque les besoins sexuels des personnes âgées: "elles ont les mêmes besoins que tout le monde, c'est ce qui m'a le plus surpris quand je suis arrivé, c'est leur vie intime, leur vie sexuelle".
 
La forte demande
Les personnes âgées sont perçues comme très demandeuses:
 
Demande d'ordre affectif : "Elles demandent de l'affection, de l'attention, de l'écoute...", liée à la situation d'abandon dans laquelle elles se trouvent. Les soignants les décrivent en effet comme des "sans famille" (6 fois), "ils n'ont souvent plus de famille... ", "J'en connais qui depuis des années n'ont jamais reçu une visite..."
 
Demande d'aide également, pour les actes de la vie quotidienne et la satisfaction de leurs besoins, liée à la perte d'autonomie: "Beaucoup dépendent de nous sinon elles ne font rien d'elles même, ni leur toilette, ni l'alimentation..."
 
Cette demande leur semble importante, continuelle, : "Ils veulent tout, tout de suite", "Elles comptent beaucoup sur nous, pour tout...", "Elles nous sollicitent sans cesse, elles tendent la main, elles aussi...".
 
En parallèle, les soignants évoquent leur difficulté à satisfaire cette demande (5 fois), difficulté attribuée par eux à la charge de travail : "on n'a pas beaucoup de temps à leur consacrer", "je suis seule pour 80 personnes", "on n'a pas 5 minutes à leur accorder".
 
Le respect de la liberté
L'absence de respect de la liberté des personnes âgées est également évoquée :
 
Liberté dans la décision d'institutionnalisation: "Eux n'ont pas choisi d'être là ; ceux qui ont leur tête ils le disent, qu'ils aimeraient être ailleurs, s'évader..."
 
Liberté d'expression et de décision au quotidien: "La liberté: les laisser s'exprimer, choisir ce qu'ils veulent faire ou pas, respecter leurs choix, ne pas les forcer à assister à des animations lorsqu'ils ne le souhaitent pas. C'est aussi le fait de les laisser partir..."
 
Absence de respect de l'intimité également: "Beaucoup de soignants ne frappent même pas aux portes".
 
La mort
Si le thème de la mort est peu évoqué directement (photos 9,10,13), il apparaît pourtant à de rares reprises, associé comme nous l'avons vu plus haut à l'attente, et mis à distance dans le langage: "Ils s'en vont", "C'est ici leur dernière demeure".
A deux reprises seulement le mot "mort" est utilisé: "Ils attendent la mort", cette personne me dit souvent "je serai mieux dans le trou".
 
 
 
Commentaire
 
On notera ici le caractère pessimiste des représentatons de la personne âgée, perçue essentiellement à travers sa solitude, sa déchéance corporelle et sa proximité avec la mort.
 
LES CHOIX D'ADJECTIFS
 
Analyse quantitative
 
 
Analyse qualitative
 
Je distinguerai, dans la présentation des adjectifs, les thèmes dominants, arbitrairement fixés à 8 apparitions et plus, et les thèmes secondaires, apparus 4 fois maximum.
 
A - Les thèmes dominants
 
tristes
Le terme triste est choisi 9 fois, mais les soignants décrivent également les personnes âgées comme "déprimées" (1), lasses (2) : "elles sont lasses d'être là", "elles sont lasses de vivre",  "ils en on marre, marre de se voir comme ça", "elles sont fatiguées de la vie" (1) .
Parfois décrites comme "résignées"(2), elles sont aussi perçues comme "malheureuses"(1), voire "en détresse" (1) .
 
Très demandeuses
 
Ce sont surtout les infirmières qui jugent ainsi les personnes âgées: "Elles sont très demandeuses"(4), mais aussi  exigeantes (1): "Souvent elles revendiquent, ou elles disent qu'elles ont mal", et impatientes (2): "Elles réclament beaucoup et tout de suite".
 
Les aides-soignantes n'évoquent ce dernier qualificatif qu'à 2 reprises: "elles ont besoin qu'on s'occupe d'elles, qu'on leur parle, qu'on passe un moment avec elles". L'une d'elle décrit comme "stressantes" les personnes âgées "qui crient et déambulent".
 
4 personnes expriment ici encore leur difficulté à répondre à cette demande.
 
renfermées
Ce sont surtout les infirmières qui décrivent les personnes âgées comme seules, "renfermées en elles-mêmes", "isolées", "dans le refus de ce qu'on leur propose".
 
 
B - Les thèmes secondaires
 
La vulnérabilité
Cette fois, ce sont les aides soignants qui choisissent surtout le qualificatif faible.
Ces derniers décrivent les personnes âgées comme faibles "moralement et physiquement", fragiles, vulnérables: "elles ne peuvent pas se défendre".
Une soignante évoque les réactions des personnes âgées vis à vis des comportements des soignants: "quelquefois si on les bouscule (on a le chrono en main), elles lèvent la main".
 
attendrissantes
Ce sont les infirmières et les accompagnatrices de vie qui jugent ainsi les personnes âgées 
"Elles sont mignonnes,  même si elles perdent un peu la tête", "Elles sont attendrissantes: certains nous font penser à nos grands-parents", "elles sont émouvantes, surtout quand elles se mettent à raconter leur vie", "c'est un peu comme un retour à l'enfance, on rigole bien ensemble, la relation est affectueuse".
 
intolérants
Les soignants jugent parfois les personnes âgées intolérantes entre elles, peu indulgentes, quelques fois même agressives.
 
L'humour
Certains soignants évoquent l'humour des personnes âgées, un humour qui est une forme de rempart contre le désespoir: "Ils rient facilement ", "ils ont de l'humour: ici pour eux, c'est sans issue, et rien n'est fait pour rire, alors quand on leur tend la perche, ils rigolent ", "c'est tout ce qui leur reste ".
 
gentilles
Certains soignants décrivent les personnes âgées comme amicales, gentilles: "trop gentilles même: on n'est pas toujours sympa avec eux, on fait des soins parfois douloureux, ils le prennent bien".
 
Attachées à leurs habitudes
"Leurs habitudes ont une importance terrible pour eux: leur place dans le réfectoire, la place des choses...". "Ils sont ancrés à leurs habitudes qu'il ne faut surtout pas toucher, c'est énervant à la longue, d'entendre tous les jours les mêmes paroles, les mêmes recommandations: elles demandent de rapprocher la table, de poser tel objet à tel endroit précis, alors que de toutes façon je vais le faire".
 
enrichissantes
"Elles m'apportent des connaissances du passé, racontent des choses, elles ont une façon de parler de leur vie qui nous enrichit. Elles arrivent à nous conseiller, nous soutenir...","ils nous apportent beaucoup aussi".
 
Elles ont besoin de donner leur avis sur ce qui les concerne
"et il en est rarement tenu compte..." 
 
Elles sont vulgaires 
"elles disent des gros mots..., alors qu'elles n'en avaient jamais dit de toute leur vie, c'est choquant !"(1 A.S.)
 
Elles sont perdues: (1 I.D.E.).
 
 
 
Commentaire :
 
On retrouve ici certains thèmes apparus au photo langage, comme la tristesse des personnes âgées, leur isolement, et la pression de la demande perçue par les soignants.
Mais de nouveaux thèmes apparaissent:
La vulnérabilité des personnes âgées, qui les met à la merci intégrale des soignants, les condamne à subir le rythme hâté des soignants, les soins souvent douloureux, ainsi que les choix effectués par d'autres, sans qu'ils y soient associés.
Derrière l'image du bon vieillard, respectable, enrichissant et affectueux, se profile bien que discrête, celle du vieux figé, tatillon, intolérant, voire sale, vulgaire, agressif,
 
 
 
 
 
 
 
LES CHOIX DE SENTIMENTS
 
Analyse quantitative

 
 
 
Analyse qualitative
 
La tendresse, l'affection
Un nombre important de choix (13 et 9) a été effectué sur ces deux item.
Ces termes sont choisis isolément ou bien ensemble par la totalité des personnes.
 
Beaucoup évoquent l'attachement, les liens qui se nouent avec le temps, entre eux et les personnes âgées (10) : "On apprend à se connaître", "On fait partie de leur vie", "une relation s'instaure".
Si les personnes âgées racontent leur vie, ils font aussi partie de la vie -fût-elle professionnelle- des soignants, et sont parfois témoins d'évènements importants de leur vie : "quand j'ai attendu mon enfant, ils ont suivi toute ma grossesse et quand je suis venue présenter mon enfant à mes collègues et qu'ils l'ont vu, ils étaient aux anges ! On a vraiment partagé cela, cette joie".
 
Certains soignants (7) évoquent des affections particulières, des affinités sélectives pour l'une ou l'autre des personnes dont elles s'occupent. Parfois (2), c'est la personne âgée qui instaure une relation où le soignant est "pris" pour l'enfant absent, parfois c'est le soignant qui "retrouve" chez certaines personnes des traits qui évoquent une grand-mère. Il arrive même qu'un soignant ait à veiller sur des proches: "Quand je suis arrivé, je me suis occupé des parents de ma femme".
 
Mais lorsque des liens d'attachement profond se tissent, les séparations sont douloureuses, alors les soignants essaient de se maintenir à distance affective : "Quand je m'attache, c'est trop dur les départs", "J'évite de m'attacher maintenant car je me suis attachée à certains, et quand ils sont partis, ça m'a fait mal".
 
Une soignante regrette enfin que l'on ne dispense finalement que peu de marques d'affection : "on ne prend pas assez de temps pour faire des caresses".
 
Le respect
Je souhaiterais tout d'abord attirer l'attention sur une erreur méthodologique: en effet, même si le langage usuel utilise la tournure de phrase "avoir un sentiment de respect", le terme "respect" n'est pas un sentiment mais une valeur, comme l'exprime une soignante : "C'est ce qui guide ma conduite". A ce titre, il n'aurait donc pas dû figurer dans le tableau proposé. Ayant constaté cette erreur trop tardivement, et noté par ailleurs l'importante occurrence de cet item (17 rép.), j'ai toutefois décidé de le conserver à l'intérieur de la grille.
 
 
Si les soignants ont tous choisi le terme respect, les commentaires vis-à-vis de ce terme sont caractérisés par leur grande diversité.
 
Certains d'entre eux évoquent la marque de l'éducation : "Ce sont nos aînés, on leur doit le respect", "On doit respecter les personnes âgées".
 
Si le respect est dû à chacun, il est dû en particulier à la personne âgée eu égard: "à son âge, à son expérience, à la vie qu'il a vécue, l'homme ou la femme qu'il a été".
 
C'est encore le respect dû à l'âgé qui pourrait être le grand-parent : "Je les respecte et j'en prends soin comme si c'étaient mes grands-parents que je n'ai plus", "ici, on les compare à nos grands-parents et on les respecte, ça favorise la relation". 
 
Le soignant, plus que tout autre, doit respecter la personne âgée, sans restriction : "même s'ils perdent la tête", et "même s'ils nous tapent, même s'ils ont des réactions qu'on ne comprend pas". Certaines aides-soignantes insistent sur les marques de respect: "On doit dire vous, et Madame, d'autres, sur leur nécessaire réciprocité : "Ca doit être dans les deux sens".
 
On insiste également sur la nécessité de respecter les choix des personnes, "ne pas les forcer par exemple à assister aux animations".
 
Une autre, enfin, dénonce avec passion le non-respect des personnes: "Il est inadmissible de dire "je n'ai pas eu le temps", C'est une faute grave ! Quand on expédie les toilettes, qu'on incite les gens à uriner dans les couches, il y a non-respect des personnes et de leur corps. Le coucher, il faut le voir pour le croire...Je pense à mes parents et à ma grand-mère: pour rien au monde je ne les laisserai là-dedans".
 
La tristesse
Ce qui cause la tristesse du soignant (7 rép.), C'est parfois la solitude, parfois le "départ" d'une personne âgée: "j'en ai vu partir tout seuls dans leur coin, comme ce monsieur dont la femme, pourtant prévenue, n'a pas voulu se déplacer, ça me rend triste". C'est aussi sa déchéance, sa dégradation: "quand on est jeune et que tout va bien, et qu'on voit les personnes âgées qui vieillissent, on est triste car on se dit qu'avant ils vivaient normalement, ils sortaient, bougeaient, en famille ou avec des amis; on est triste de les voir si diminués".
Une infirmière explique que sa tristesse est liée à un sentiment d'insatisfaction personnelle: "J'ai le sentiment de ne pas bien travailler, je n'ai pas l'impression d'avancer, j'apporte ce que je peux mais ce n'est rien".
 
L'impuissance
 
Les soignants ayant exprimé ce choix (6 rép.), l'expliquent par ce qu'ils considèrent comme des échecs professionnels: "Vis-à-vis de la santé. On a beau s'occuper d'eux, il arrive un moment ou on ne peut plus grand-chose",  "Surtout pour ceux qui ont perdu leur autonomie, on aimerait qu'ils puissent faire beaucoup de choses d'eux-mêmes, et on ne peut souvent rien faire".
 
Parfois pointe de la culpabilité : "On remet en cause ce que l'on fait, par exemple en cas de chute, de plaie qui a mal évolué, qu'on aurait pu stopper, impuissance de ne pas pouvoir en faire plus, par rapport au temps".
 
Les accompagnatrices de vie expriment leur sentiment d'impuissance vis-à-vis des personnes âgées qui refusent leurs propositions d'accompagnement : "J'insiste pour sortir la personne -ils disent toujours qu'ils s'ennuient- ou pour jouer, et ça ne marche pas", ainsi que vis-à-vis des personnes dépendantes: "Je ne sais pas trop quoi faire, ni comment les aborder, surtout quand elles ne parlent plus".
 
La solitude
Curieusement, le commentaire du choix solitude (5 rép.) a toujours été le suivant: "Eux, ils sont seuls", commentaire non congruent avec l'ensemble des réponses vis-à-vis desquelles il y a eu peu d'ambiguïté concernant le sujet sensé éprouver les sentiments.
 
L'irritation, l'énervement
Quelques soignants évoquent ces sentiments (5 rép.), qu'ils relient à l'importante demande des personnes âgées et à leur incapacité d'y faire face: "Quand tout le monde me sollicite en même temps", "Vis-à-vis de certaines personnes, leurs demandes incessantes pour lesquelles je ne peux rien, la douleur par exemple".
 
La lassitude
Quelques soignants (4 rép.) relient ce sentiment à leur travail, qu'ils jugent pénible ou répétitif: "J'en ai un peu marre, c'est fatigant physiquement et moralement, de les supporter, et de les voir partir", "lassitude de toujours faire la même chose", "A cause de la répétition: c'est fatigant d'entendre tous les jours les mêmes choses, de supporter les rituels des personnes, de les voir faire les mêmes gestes, dire les mêmes mots".
 
La culpabilité
3 personnes expriment un sentiment de culpabilité: "Je n'ai pas l'impression de faire bien mon travail", "La culpabilité car on n'a pas trop le temps de les écouter, d'être avec eux, de rester le soir avec eux pour apaiser leur anxiété", "culpabilité quand elles demandent des choses et que je n'ai pas le temps..."
 
La confiance
Parmi les soignants (4 rép.) qui s'expriment sur ce thème, deux évoquent la confiance que les personnes âgées éprouvent vis-à-vis des soignants, deux autres expriment la confiance qu'ils ont en leur propres ressources: "La confiance en moi, en mes capacités à m'occuper d'eux, à les aider quand ils se souillent par exemple, à les soutenir". 
 
La joie
 
Les personnes expriment leur joie à travailler avec les personnes âgées (5 rép.) : "tous les matins, je suis contente de les retrouver", "je suis toujours contente de venir travailler. Je les fais rire, ils me font rire", "La joie par rapport à ce qu'on peut leur apporter, au travers d'un soin, d'une conversation, ça me rend joyeuse", "La joie d'être avec eux".
 
Certaines évoquent la joie, le plaisir de constater les progrès d'une personne, ou son plaisir parfois: "Pour certains qui ont perdu leur autonomie, un geste, une parole nous ravissent, on est contents.Ca n'est pas énorme, mais c'est déjà beaucoup", "Voir une personne qui a un problème qui se résout, comme Mme X qui remarche après sa fracture du col du fémur. C'est aussi voir une personne qui a de la visite, qui rit, qui est heureuse, ça nous rend heureux".
 
Pitié, compassion
Les soignants expriment parfois un sentiment de compassion vis-à-vis de la solitude des personnes âgées (5 rép.): "beaucoup n'ont plus personne", de leur dépendance: "elles sont impuissantes, elles voudraient marcher, être valides et ne peuvent pas", "Elles ne peuvent plus faire ce qu'elles veulent". "Pitié aussi devant l'infirmité comme l'Alzheimer".
Compassion face à la difficulté de vieillir, qui, comme le dit l'une d'entre elle, "est notre lot commun".
 
Surprise, étonnement
Une personne évoque  son étonnement face aux modifications de comportement des personnes âgées lors des ateliers ou lors des sorties. "Ils ne sont pas pareils, vraiment ils me surprennent".
 
 
Peur
Une personne fait part de sa peur face à son propre vieillissement: "Peur de notre devenir. Un jour ça sera notre tour, et on devra se séparer de notre maison, de notre famille, de ceux qu'on aime. Peur encore de devenir vieux, moche, peur de la fin de la vie".
 
Colère
Une personne enfin, fait état de sa colère : "Vis- à- vis du système. Beaucoup de choses sont inadmissibles: l'organisation, le manque de personnel. Ici il y a une infirmière pour 80 personnes: On ne peut pas travailler correctement, on ne peut pas s'occuper d'eux, même pour discuter quelques minutes. Je suis ici depuis 2 ans et je n'ai pas fait ce métier pour travailler de cette façon".
 
 
 
Commentaire
 
L'ambivalence caractérise les sentiments évoqués par les soignants :
Les sentiments affectueux sont mis en avant, les soignants éprouvent des sentiments de tendresse vis-à-vis des personnes âgées souvent assimilées à leurs grands-parents, et évoquent le respect qu'ils éprouvent à leur endroit.
Mais on observe également l'émergence de sentiments dépressifs (tristesse, lassitude, impuissance) et agressifs (énervement, irritation), accompagnés de culpabilité.
 
 
 
 
 
 
 
AFFECTS ET REPRESENTATIONS
 
è "Qu'est-ce qui vous plaît le plus dans votre travail avec les personnes âgées?"
 
Analyse quantitative
Analyse qualitative
 
La dimension relationnelle
Cette dimension est mise en avant par une partie importante des soignants (12 rép.), relations centrées sur les personnes avec lesquelles la communication ne pose pas de problème. Les soignants apprécient en effet "l'échange, les discussions avec les personnes âgées", et notamment avec "celles qui parlent", "avec celles qui racontent leur vie", "Le contact, les discussions avec ceux qui racontent", "Le contact, quand on arrive à parler : j'aime les entendre parler de leur passé".
 
L'animation
Deux aides-soignants évoquent leur intérêt pour l'animation qui, offrant un espace de liberté à la personne âgée, une rupture avec les activités et comportements habituels de chacun, permet  "de voir les personnes autrement, car là on leur donne la parole", "Ils sont différents, à tous points de vue, ils nous surprennent vraiment".
 
Les personnes âgées
Deux soignants évoquent leur attrait pour les personnes âgées : "C'est des gens qui me plaisent", "j'aime les personnes âgées, leurs mimiques, leur peau ridée, le toucher de leur peau douce, la stabilité de leur humeur". 
 
La toilette
 
Deux aides-soignants apprécient le moment de la toilette: l'un d'entre eux le juge important pour comprendre la personne âgée: "les aspects toucher et relationnels permettent de mieux connaître la personne". L'autre personne évoque sa propre satisfaction à rendre la personne "parfumée, coiffée, pomponnée". 
 
La coiffeuse souligne quant à elle l'importance du bien-être corporel et de l'aspect pour le confort et l'image de soi de la personne âgée: "Faire une modification de coiffure, une création, faire de beaux rinçages, et leur rendre les cheveux d'un très beau blanc, alors qu'elles sont arrivées avec des cheveux jaunes et ternes, et voir le contentement des personnes. Laver la tête, car ça leur fait du bien".
 
Faire plaisir
Deux des accompagnatrices de vie soulignent l'importance pour elles de faire plaisir aux personnes âgées: "Quand je pars et que je sais que j'ai fait plaisir à certains, je me dis que j'ai réussi... ","J'essaie de faire tout ce que je peux pour leur faire plaisir".
 
Atteindre mes objectifs
Un aide-soignant indique qu'il est stimulant pour lui d'atteindre ses objectifs, par exemple remonter quelqu'un qui baissait, traiter un problème d'incontinence, "permettre qu'une personne remarche".
 
 
è "Qu'est-ce qui vous déplaît le plus (ou qui est difficile) dans votre travail avec les personnes âgées?"
 
 
Analyse quantitative
 
 
Analyse qualitative
 
La fin de vie
 
Les soignants désignent les situations de fin de vie comme difficiles à vivre, très douloureuses parfois (7 rép.), notamment lorsqu'elles surgissent brutalement: "Les fins de vie sont toujours difficiles", "je n'aime pas quand ils partent, surtout quand c'est brutal", "quand c'est brutal et qu'on a pas le temps de se préparer", "La fin de vie, c'est une énorme difficulté pour moi, je ne sais pas si je pourrai jamais m'y faire..."
 
L'accompagnement des familles représente lui aussi une difficulté supplémentaire. Deux infirmières trouvent particulièrement douloureux cet accompagnement: "quand les gens sont en fin de vie, on a du mal avec les familles qui nous emmènent dans leur souffrance, on a du mal à mettre les barrières, ils nous contaminent..." 
 
L'une d'entre elle évoque sa difficulté à pratiquer des actes douloureux  en fin de vie: "Leur faire mal: on fait des soins, des pansements, des piqûres qui font mal, je n'aime pas cela, bien que cela fasse partie du rôle".
 
Une autre insiste sur ses difficultés à supporter la dégradation rapide des personnes en fin de vie: "Les voir se dégrader souvent très vite s'ils sont au lit - car ici on ne fait pas de changement de position - si on avait de bonnes relations avec eux comme si c'était nos grands-parents, ça fait mal".
 
Enfin, une aide-soignante regrette que les conditions actuelles de travail ne permettent pas un véritable accompagnement des personnes: "On n'a pas le temps d'être à côté d'eux pour leur permettre une fin de vie décente". 
 
Toutefois, ayant demandé aux personnes ne s'étant pas exprimées sur le sujet de le faire, notamment les aides-soignantes, j'ai obtenu des réponses analogues: "On ne peut rien faire, c'est l'horreur", "c'est dur, surtout quand c'est rapide", "ça me rend triste", "la difficulté c'est la souffrance", "ça fait mal, alors on évite de s'attacher", "je vis des situations d'impuissance par rapport aux fins de vie: chez nous beaucoup de personnes ont des escarres... Malgré tous les soins, souvent cela n'a pas de résultats".Une personne seulement affirme son indifférence: "on n'y pense pas, c'est la vie".
 
Les comportements des personnes âgées
A l'exception des infirmières, les personnels des autres catégories évoquent leurs difficultés à supporter les comportements de certaines personnes âgées (9 rép.):
 
Il s'agit surtout de comportements par excès:  "quand ils sont impatients", "certaines personnes Alzheimer notamment, à qui je dois couper les cheveux debout, en marchant".
 
Il s'agit aussi de comportements de refus, d'opposition: "Quand ils ne m'écoutent pas, qu'ils s'opposent à ce que l'on veut", "quand elles simulent, qu'elles ne veulent pas faire des choses alors qu'elles peuvent le faire".
 
Ces personnes disent également leur difficulté à supporter la levée des inhibitions: "les personnes vulgaires, qui se mettent à dire des grossièretés"," les personnes désagréables qui donnent des coups de pied ou qui crachent", "leurs réactions m'exaspèrent", ces comportements sont sources d'angoisse car ils interpellent le respect des règles sociales, de ce qui est admis de faire publiquement., parfois vécus comme des agressions personnelles: "Je ne supporte pas l'agressivité envers moi, j'aime qu'on soit poli",
 
Il s'agit plus rarement de comportements par défaut "peu de gens parlent: ça me gêne, je trouve ça triste, il n'y a pas de retour".
 
La répétition
Deux infirmières déclarent être insatisfaites par la répétition, la routine dans le travail.
 
La négligence
Trois personnes expriment leur indignation devant ce qu'elles qualifient de négligences.
L'une d'entre elles dénonce "le manque de respect de la personne, le fait de les servir à la va-vite, la maltraitance verbale et physique, la brutalité des gestes". Une autre exprime sa colère vis-à-vis de ce qu'elle vit comme de la négligence vis-à-vis des personnes âgées: "Le fait que tout le monde ne soit pas conscient de l'importance à accorder à tout ce que l'on fait: tout est important, la personne l'hygiène, tout, c'est cette négligence qui me pousserait à partir".
Une troisième souligne l'absence de prise en compte, au niveau de l'équipe, des actes de soin qu'elle réalise: "la négligence de certaines personnes: faire une mise en pli à quelqu'un, et que le lendemain on la baigne sans en tenir compte".
 
L'absence de prise en compte du désir de la personne âgée
Un soignant déplore que l'on ne prenne pas plus en compte le désir des personnes, voire qu'on aille contre ce désir: "Les forcer à quelque chose, par exemple au point de vue alimentaire, certaines personnes n'ont pas faim, on les force à manger, c'est pareil pour les médicaments, le sommeil, les animations,  on ne tient pas compte des personnes, il y a un manque de dialogue avec elles".
 
Certains soins
Trois aides-soignantes enfin évoquent leur désagrément à effectuer certains soins: "Les soins, les pansements, ce qui est sale, malpropre, ce n'est pas agréable, ce sont les inconvénients du travail", "Le training pipi" (2p).
 
L'absence de savoir-faire
Une personne avoue son incompétence présente à aborder des personnes âgées dépendantes: "Je ne sais pas comment les approcher: physiquement je ne sais pas quoi ni comment faire, et quand elles ne parlent pas je ne sais pas quoi faire non plus".
 
 
 
Commentaires
 
Si les soignants expriment leur intérêt pour la dimension relationnelle de leur activité, la plupart le concentrent néanmoins sur les personnes âgées avec lesquelles la communication ne pose pas de difficulté.
On perçoit la difficulté qu'ont certains soignants à prendre du recul, à percevoir le sens de certaines activités dont ils ne voient plus que le caractère répétitif ou rebutant.
On perçoit également une difficulté à penser certaines situations, comprendre et supporter par exemple la levée des inhibitions ou les manifestation d'opposition et d'agressivité dont ils font parfois l'expérience.
Enfin on contate la souffrance des soignants à l'approche des fins de vie, surtout lorsque ces dernières, particulièrement brutales ou douloureuses soumettent les soignants à des bombardements émotionnels, et mettent à mal les défenses érigées contre l'angoisse de mort.
 
 
 
RELATIONS AVEC LES PERSONNES AGEES ATTEINTES DE DEMENCE
 
On notera tout d'abord que cette question a été rarement abordée spontanément au cours des entretiens.
 
Les infirmières expriment toutes leur désarroi face à ces patients qu'elles ne comprennent pas, et dont elles n'arrivent pas à se faire comprendre. Certaines alors évitent la relation: "J'ai du mal, car je n'arrive pas à les comprendre ni à me faire comprendre... Il n'y a rien qui passe... Alors si je n'ai pas de soin, j'évite de m'en occuper. Je sais que c'est lâche !", "c'est différent...on ne leur parle pas, on fait les soins comme ça, vite"."On n'en a pas trop, en fait on ne s'en occupe pas trop, ce sont les aides-soignantes qui s'en occupent. On ne sait pas trop se comporter avec elles", "Ca ne passe pas tellement...On essaie quand même de maintenir des relations pour maintenir éveillé", "Les cris surtout, c'est difficile à supporter... La communication avec eux ça passe par le toucher, mais je ne sais pas dire s'ils ont mal. Ils sont difficiles à saisir, mais il faut redoubler de vigilance vis-à-vis des cris et des plaintes, car personne ne crie pour rien. Il faut être à l'écoute: un cri, c'est souvent un appel, un signal".
 
Les réactions des aides-soignants sont plus partagées :
 
Certaines personnes avouent leurs difficultés, leur manque de patience vis-à-vis des personnes démentes (4 rép..): "j'essaie d'être patiente, mais c'est dur. On a beau leur parler, ils ne comprennent pas, c'est stressant, pas facile du tout", "J'ai du mal, car je ne les comprends pas plus qu'ils me comprennent, on ne peut pas se comprendre" , "Je suis patient, mais ça n'est pas facile, certaines bougent beaucoup, et quelquefois elles nous irritent car elles ne sont pas souvent cohérentes et ne font pas ce qu'on veut. Par exemple elles s'en vont au moment où on fait la toilette, ça nous irrite". "J'aime bien ceux qui peuvent parler, comprendre, les autres, c'est difficile"...
 
Selon d'autres, ces personnes ne leur posent pas de problèmes particuliers (4 rép.): "Je n'ai pas de problème, c'est comme les autres", ''Je n'ai pas de problème particulier, il faut avoir beaucoup de patience", "C'est pareil, moi je base tout sur l'humour, alors on rigole".
 
Un soignant travaillant au "patio" raconte: "C'est surtout une question de communication, de dialogue: on arrive parfois à s'asseoir avec eux.. Il faut surtout les écouter, souvent elles nous tiennent la main, elles nous parlent. Le rapport qu'on a au patio, c'est d'être proche d'eux. Elles sont aussi moins nombreuses, on est avec elles durant 10 heures et on gère nous-même notre temps. A l'étage, c'est plus contraignant".
 
Pour les accompagnatrices de vie, la relation avec les personnes âgées atteintes de démence ne pose pas de problème: "cela ne pose pas de problème: on joue, on discute", " c'est un peu plus compliqué: on ne peut pas faire de jeux, il suffit de leur tenir la main, de leur sourire", "Je suis plutôt attirées vers elles car elles ont encore plus besoin d'attention "
 
La coiffeuse évoque son inquiétude personnel face au processus démentiel et sa difficulté à coiffer les patients qui déambulent : "Je m'informe sur la maladie d'Alzheimer car c'est terrible, et ça peut arriver à n'importe qui: je me dis "je ne veux pas devenir comme ça. Ces patients là, c'est très dur de les faire tenir en place, il m'arrive de les coiffer en marchant.".
 
 
 
Commentaire
Si quelques soignants vivent avec une relative sérénité les relations avec les personnes réputées démentes, la plupart des soignants souffrent de cette confrontation souvent marquée par l'échec relationnel.
Ils se trouvent en situation d'impuissance, se sentant souvent incapables d'entrer en relation avec ces patients, coupables de comportements d'abandon ou de réactions à connotation agressive (impatience, énervement).
 
 
 
 
LES REPRESENTATIONS DU ROLE
 
LES REPRESENTATIONS DU RÔLE CHEZ LES INFIRMIERES
 
 
Les infirmières citent d'abord le rôle soignant (4 réponses): leur rôle consiste selon elles à "repérer les problèmes de santé", "apaiser les souffrances, on en rencontre tout le temps", et à "donner les traitements, les personnes les réclament, c'est important pour elles, les médicaments".
Une personne précise son rôle de relais par rapport au médecin.
 
 
Elles doivent aussi "subvenir à leurs besoins en temps et en heure, qu'ils soient d'ordre relationnel, alimentaire ou médical", "les assister en tout", "les aider pour les repas", (3 rép.).
 
 
Leur rôle consiste encore à animer: "stimuler, provoquer l'expression",   "je les entraîne, je raconte des histoires", "sortir de la monotonie du rythme lever, toilette, repas, attente, repas...", (3 rép.)
 
 
Une personne évoque son rôle de soutien: "les rassurer, quand ils sont inquiets, qu'ils ont des soucis".
 
 
Enfin une personne fournit la réponse: "me donner: je suis là pour eux".
 
Rôle et activité
 
Interrogées sur leurs activités, les infirmières citent:
 
 
La préparation et la distribution de médicaments (5 réponses): Certaines ajoutent que cette activité représente l'essentiel du temps de travail: "80 traitements!"
 
 
Soins Infirmiers: 5 réponses
 
 
Aide aux toilettes: 4 réponses
 
 
Aides aux repas (4 réponses): une infirmière évoque son rôle de supervision des équipes: "c'est important car on a vite fait de déraper: par exemple servir un repas mouliné au lieu d'un repas normal, aller vite sans tenir compte du rythme de la personne..."
 
 
Activités d'animation (une réponse): une personne indique que pour elle l'animation fait partie intégrante de l'activité quotidienne, même si elle ne passe pas par l'animation d'ateliers... Deux autres indiquent qu' "avant", les infirmières elles aussi étaient chargées d'animation. Une troisième ajoute qu'elle trouve les animations "pauvres".
 
 
Evaluation de l'autonomie (3 rép): si cet aspect de leur activité leur semble  important, elle est plutôt informelle et non systématique: "Il est important d'être très vigilant sur ce point car tout peut se dégrader très vite...", "On le fait  à la louche, on n'utilise pas de support", "avec le kiné, souvent de façon informelle, pendant les repas".
 
 
Elaboration du projet de soin (3 rép): Cette activité ne semble pas être valorisée: "pas beaucoup, on parle un peu, aux transmissions", "à la louche, on n'utilise pas de support", "normalement on devrait, mais ici on n'utilise pas la démarche de soin".
 
Les infirmières effectuent des transmissions écrites destinées aux médecins, aux surveillantes et à leurs collègues infirmières.
Elles participent aux transmissions orales avec leurs collègues soignantes.
Elles sont en relation avec les personnes âgées et leur famille, mais il n'existe pas de rôle de référent. Elles sont en relation avec les médecins, mais ne participent que rarement à des réunions de travail ou de synthèse avec ces derniers.
 
REPRESENTATIONS DU RÔLE CHEZ LES AIDES-SOIGNANTS
 
 
Les aides-soignants citent les soins d'hygiène et l'aide à la vie quotidienne (8 réponses), "apporter un maximum de bien-être aux personnes , apporter une aide totale ou partielle à la toilette, à l'alimentation", "satisfaire les besoins de la vie quotidienne".
 
La plupart se situent toutefois dans un rôle d'assistance, où il s'agit souvent de faire "à la place: "satisfaire leurs besoins alimentaires", "faire leur toilette, les habiller, les faire manger", "les assister dans la toilette", "faire le training pipi".
 
Deux personnes toutefois évoquent un rôle éducatif: "les aider à retrouver les gestes de la vie quotidienne, "leur permettre parfois de retrouver certaines fonctions".
 
 
Les personnes évoquent également un rôle d'aide et de soutien  affectif (6 rép.): "on a un rôle d'aide", d'écoute (4 rép.): "on est là pour les écouter", "on doit être disponibles", "On doit s'occuper d'eux au maximum", "on doit leur apporter de la gentillesse, car ici c'est leur dernière maison", "On doit leur apporter de l'amour, car ils n'ont que nous". L'une d'entre elle ajoute qu'elle n'a pas le temps de remplir ce rôle, "c'est pour ça qu'on a embauché les accompagnatrices de vie".
 
 
Une personne évoque son rôle dans l'animation. "L'animation au sens large, aussi bien passer des moments en sortie, que de s'arrêter, passer un moment avec eux, les aider à marcher".
 
Une autre personne, enfin, évoque "l'accompagnement de vie": "on est là pour les accompagner et que ça se passe au mieux jusqu'à la fin. Ca peut être long le vieillissement. Tout ce qu'on fait est hyper important, et tout ce que l'on fait il faut le faire bien: même les petits détails ont une grande importance".
 
Rôle et activité
 
Interrogées sur leurs activités, les aides-soignants citent :
 
L'Aide aux toilettes : 8
Aides aux repas : 8
Aide aux déplacements : 1
Training pipi : 2
Distribution de médicaments : 7
 
Activités d'animation: 2 personnes seulement pratiquent des activités d'animation, les autres considérant que c'est le rôle de l'animatrice et des accompagnatrices de vie.
 
Evaluation de l'autonomie: 7 personnes déclarent participer à l'évaluation de l'autonomie, mais de façon ponctuelle: "quelquefois", "On aide parfois à remplir la grille AGIR", et en général informelle: "On en discute un peu aux transmissions, parfois".
 
Elaboration du projet de soin: Les aides soignantes déclarent qu'il n'existe pas de projet de soin, si ce n'est médical, et de façon ponctuelle.
 
Transmissions écrites: La plupart des aides-soignants avouent écrire peu, en général dans les cahier des aides soignantes: "Dans le cahier des selles, urines toilettes".
Les transmissions d'information sont souvent orales: "on n'a pas le temps d'écrire dans les dossiers". Deux personnes seulement écrivent dans le dossier du patient et effectuent des transmissions écrites aux infirmières.
 
Transmissions orales avec les aides-soignantes et les infirmières.
 
 
REPRESENTATION DU RÔLE CHEZ LES ACCOMPAGNATRICES DE VIE
 
Les personnes ont une vision assez affective et contraignante de leur rôle puisqu'il s'agit pour elles de "répondre à tous leurs souhaits", "faire tout ce qu'ils demandent", mais aussi de "les rendre heureux".
 
 
REPRESENTATION DU RÔLE CHEZ LA COIFFEUSE
 
Cette personne a une vision assez globale de son rôle vis-à-vis des personnes âgées comme de l'équipe: "C'est plus que de la coiffure: je le fais naturellement. Je vais les chercher, les emmène aux toilettes, je fais ce dont ils ont besoin, mais aussi je leur demande le plus possible de choisir leur couleur, leur coupe, c'est important pour eux. Je signale aussi à l'équipe et je demande toujours aux IDE s'il n'y a pas de problème. J'apporte le plus d'humanité et de chaleur humaine que je peux".
 
 
 
 
 
Commentaire
 
Chez la plupart des acteurs, la conception du rôle est empreinte d'affectivité.
Si les infirmières ont une vision assez globale de leur rôle, l'exercice de l'activité est pour elles fréquemment t source de frustration et d'insatisfaction.
Les aides-soignants ont une vision de leur rôle souvent restreinte à la satisfaction des besoins corporels, leur l'activité étant fréquemment perçue comme une succession de tâches à accomplir à la chaîne.
Enfin, les jeunes accompagnatrices de vie ont une vision essentiellement affective de leur rôle, qui pour il se résume souvent à "faire plaisir".
Les soignants sont davantage centrés sur les incapacités que sur la promotion de l'autonomie de la personne âgée, placée plus fréquemment en objet passif de soins et d'affection, qu'en position de sujet, partenaire de la relation de soin.
 
 
 
 
 
SYNTHESE INTERPRETATIVE
 
Les représentations de la personne âgée
 
Rappel méthodologique: nous utilisons pour l'analyse des représentations, la grille proposée par S.Moscovici, qui consiste à décrire celles-ci en terme d'attitudes, d'informations, et de champs de représentation.
 
L' attitude
L'attitude des soignants à l'égard des personnes âgées se caractérise par son ambivalence: si la plupart des personnes n'ont pas fait un choix en venant travailler en gérontologie, et bien qu'elles regrettent l'image socialement dévalorisée de leur activité, elles apprécient souvent malgré sa difficulté, ce travail utile socialement et où domine l'aspect relationnel.
Mais malgré l'affection et la tendresse parfois presque filiale mis en avant par les soignants eux-mêmes, on constate l'émergence de sentiments dépressifs (tristesse, lassitude, impuissance, culpabilité), voire agressifs (irritation, énervement).
La confrontation à la grande vieillesse, à la démence et à la mort est lourde de retentissement émotionnel, source de souffrance et d'angoisses plus ou moins bien tenus à distance grâce à des mécanismes défensifs divers: réification des personnes, fuite dans l'activité, surinvestissement ou non investissement des personnes, projection des sentiments agressifs sur les personnes elles-mêmes ou la famille.
 
 
L'information
La plupart des soignants ont peu ou pas de connaissance sur la personne âgée, ses besoins spécifiques. Elles ne disposent pas de connaissance sur le processus démentiel ni sur les modalités possibles de relation avec les personnes réputées démentes.
Enfin, peu nombreux sont les soignants ayant suivi une formation sur l'accompagnement des personnes en fin de vie.
 
 
Le champ de représentation
Les personnels disposent tous d'une valeur éducative partagée, le respect de l'aîné, et de fréquents rapprochements sont faits avec des images familiales..
Toutefois la personne âgée est essentiellement appréhendée à travers le prisme de la perte, à travers sa dégradation physique, sa détresse affective et sociale, ses incapacités, sa proximité avec la mort.
 
 
 
 
LES REPRESENTATIONS DU RÔLE
 
Les infirmières
 
 
Attitude
Les infirmières ont un sentiment d'insatisfaction par rapport aux conditions et à l'exercice du rôle, et par rapport à ce qu'elles considèrent parfois comme l'échec du soin.
Toutefois, elles vivent souvent ces sentiments sur un mode fataliste, sans vraiment militer et œuvrer pour une évolution des pratiques. Elles ne pratiquent pas la démarche de soin, et utilisent peu les outils de soins (échelles d'évaluation de l'autonomie, de la douleur...).
 
 
Information
Les infirmières connaissent parfaitement le rôle de l'infirmière généraliste, elles n'ont pas toujours en revanche de connaissances spécifiques sur le rôle de l'infirmière en gérontologie, les outils utilisés, les recherches en cours, les pratiques développées par d'autres établissements.
 
 
Champ de représentation
Les infirmières possèdent un idéal soignant, en l'espèce, la réponse à l'ensemble des besoins de la personne, la lutte contre la douleur, la maladie et la mort, et la représentation d'une certaine technicité liée aux soins.
 
Les aides-soignants
 
 
Attitude
Les aides-soignantes sont essentiellement centrées sur la tâche ( toilettes, "training pipi"), sur l'obligation d'enchaîner les soins au plus vite, sans prise en compte du rythme ni des capacités des personnes âgées.
Elles en tirent fréquement un sentiment d'insatisfaction.
 
 
Information
Le rôle attendu de l'aide-soignante est ambigu : bien que la fiche de poste décrive une fonction élargie et situe le rôle dans une approche globale des personnes, celle-ci semble en décalage avec la réalité des pratiques et la demande institutionnelle.
Ces dernières comme les infirmières ont par ailleur peu d'information sur l'évolution des connaissances et des pratiques en gérontologie.
 
 
Champ de représentation
Les aides soignantes considèrent que leur rôle consiste à la fois à apporter de l'affection et à pallier les incapacités de la personne âgée: faire ce qu'elles ne peuvent plus faire.
 
 
 
 
Les accompagnatrices de vie
 
 
Attitudes
Ces dernières ont des attitudes essentiellement affectives vis-à-vis de leur rôle, qu'elles estiment globalement gratifiant et satisfaisant.
 
 
Information
L'information dont elles disposent est très faible. Ayant (à l'exception d'une personne) un faible niveau de connaissances générales, et pas plus de formation à l'activité qu'en gérontologie, les jeunes accompagnatrices de vie manquent de points de repère pour situer le sens de leur action.
 
 
Champ de représentation
Elles ont donc toute latitude pour se jeter dans des relations très affectives, sans distance aucune auprès des personnes âgées, puisque pour elles, leur rôle consiste à leur apporter de l'affection ainsi qu'à leur faire plaisir.
 
 
 
 
CONCLUSION
 
 
 
En référence à mes hypothèses de départ, je me livrerai à quelques réflexions :
 
 
La souffrance des soignants interrogés apparaît au travers des entretiens, et on constate qu'elle prend sa source dans la confrontation quotidienne à la mort et aux déchéances multiples auxquelles conduit le processus de vieillissement. Elle prend également son origine dans le processus d'attachement aux personnes âgées et dans les inévitables séparations auxquelles sont confrontés les personnels soignants.
 
Il paraît difficile de conclure que la représentation du rôle est elle-même source de souffrance. En revanche, il apparaît ici nettement que les connaissances des soignants ne leur permettent pas aujourd'hui d'interpréter de façon satisfaisante leurs rôles respectifs, et que la méconnaissance est elle-même source d'errance et de frustration.
 
Par ailleurs peut-être la définition et la répartition actuelle des rôles contribuent-t-elles à placer les soignants dans des situations insatisfaisantes.
 
Enfin le morcellement des tâches, et l'absence de travail d'équipe s'ajoutent à l'épuisement physique lié à la charge de travail et contribuent peut-être en partie au malaise soignant et à la mise en place d'attitudes stéréotypées ou défensives.
 
Toutefois ce travail ne peut conduire à des conclusions définitives sur l'impact de la dynamique institutionnelle sur les représentations que les soignants ont de la personne âgée et du rôle qu'ils jouent vis-à-vis d'elle. Ce pourrait être l'objet d'une recherche ultérieure qui nécessiterait l'étude comparative d'un nombre significatif d'établissements.
 
 
Les constats effectués au cours de ce travail militent malgré tout, à mon avis, pour la mise en place d'actions parmi lesquelles on peut citer la redéfinition du soin en gérontologie, l'élaboration collective de projets, la formation de l'ensemble des acteurs (à condition qu'elle soit articulée avec des projets), la mise en place du travail en équipe et l'analyse des pratiques, et enfin le soutien et l'accompagnement des personnels face au retentissement émotionnel du travail en gérontologie.
 
Il s'agit, au-delà des constats de carence et des discours d'intention, de donner à l'ensemble des acteurs les moyens d'un engagement dans des changements concrets. Si les changements à conduire sont d'importance et demandent du temps, les établissements disposent de ressources, notamment l'engagement et le dévouement de beaucoup de soignants, leur attachement à ces personnes âgées dont elles s'occupent, ainsi que leur capacité à inventer et à découvrir d'autres manières de "prendre soin" en gérontologie.
 
 
BIBLIOGRAPHIE
 
 
 
 
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Beaujard J.M. : Représentations et institutions in Connexions n°51 -1988/1, Eres, (pp71-81)
 
Fischer G.N. : Les concepts fondamentaux de la psychologie sociale, 2ème éd, Paris Dunod 1985.
 
Giust-Ddesprairies F. : Le sujet dans la représentation sociale, Connexions n°51 -1988/1, Eres, (pp82-87).
 
Herzlich C. : Santé et maladie, analyse d'une représentation sociale, Paris, Mouton 1969
 
Jodelet D. : Les représentations sociales, P.U.F. Sociologie
 
Jodelet D. : les représentations sociales, Sociologie d'aujourd'hui, P.U.F.1989
 
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Kaess R. Images de la culture chez les ouvriers français, Paris, éditions Cujas 1968
 
Kaess R. : L'appareil psychique groupal, construction d'un groupe, Paris-Dunod 1976
 
Linton R., Le fondement culturel de la personnalité, Paris, Dunod 1959
 
Mannoni Pierre : Les représentations sociales - P.U.F. Que-Sais-Je
 
Moscovici S. : Psychologie sociale Paris - P.U.F. 1984
 
Moscovici S. : La psychanalyse, son image et son public - Paris-P.U.F. 1961
 
Rateau P., Rouquette J.L. : Introduction à l'étude des représentations sociales P.U.G, . col . La psychologie en plus, 1998
 
Rocheblave-Spenlé A-M. : La notion de rôle en psychologie sociale, P.U.F., 2èm ed.1969
 
Winnicott D.W. :   Jeux et réalité, l'espace potentiel, Paris, Gallimard1975
 
 
 
ANNEXE 1
 
 
 
 
EVOLUTION DE LA DEPENDANCE
DANS LE SERVICE DE GERONTOLOGIE DE L'HOPITAL.
 
 

 

 

 

 

MR. 1

MR 2

LONG-SEJOUR

1997

1998

1997

1998

1997

1998
GIR 1+2+3

60,5

71

55

68,5

66

78,5

+10,5

+13,5

+12,5
GIR 4+5+6

39,5

29

45

31,5

34

21,5

-10,5

-13,5

-12,5

100%

100%

100%

 
ANNEXE 2
 
GUIDE D'ENTRETIEN
 
 
 
QUESTIONNAIRE : RECUEIL D'INFORMATIONS
 
1.1 SERVICE
 
Maison de retraite 
Unité de soins de longue durée
 
 
1.2 DETERMINANTS SOCIAUX
 
a - Le sexe : M F
 
b - L'âge : 20-29 30-39 40-49 50-59
 
c - La position sociale :
 
 
fonction exercée dans l'institution
 
 
Mode d'exercice de l'activité professionnelle 
 
 
d - formation
 
 
formation initiale:
 
 
formation professionnelle continue:
 
 
 
 
recueil DES REPRESENTATIONS
 
 
2.1 Choisissez 2 ou 3 photographies représentant le plus les personnes âgées dont vous vous occupez
 
a Numéros :
 
b Expliquez les raisons de ce choix :
 
 
 
2.2 Donnez 5 adjectifs qualifiant le plus pour vous ces personnes âgées
 
 
 
 
 
2.3 Choisir dans la liste suivante 5 sentiments ou émotions que vous éprouvez le plus fréquemment vis à vis des personnes Âgées dont vous vous occupez
 
 

Lassitude

Colère

Pitié

Tendresse

Enervement

Joie

Regret

Surprise

Peur

Confiance

Dégoût

Amour

Agressivité

Incompréhension

Impuissance

Affection

Irritation

Etonnement

Tristesse

Respect

Culpabilité

Compassion

Solitude

Nostalgie

Sérénité

Autres : ...........................................................................................

 
 
Pourquoi ?
 
 
 
2.4 Relations avec les personnes âgées :
 
 
Qu'est ce que vous aimez surtout dans votre travail avec les personnes âgées ?
 
 
Qu'est ce qui vous déplait surtout dans votre travail avec les personnes âgées ?
 
 
Quelles relations avez-vous avec les personnes âgées atteintes de démence ?
 
 
 
 
REPRESENTATIONS DU RÔLE
 
 
3.1 Pour vous, votre rôle auprès des personnes âgées consiste en quoi surtout ? (5 mots)
 
3.2 Pouvez-vous me décrire l'essentiel de vos activités ?
 
Aide aux toilettes
Aides aux repas 
 
Préparation de médicaments
Distribution de médicaments
Soins Infirmiers
 
Activités d'animation
Evaluation de l'autonomie (participation à)
 
Elaboration du projet de soin (participation à) 
 
Transmissions écrites
 
Transmissions orales
 
Communication avec : les personnes âgées
les familles
les médecins 
les surveillantes 
l'équipe (préciser)
 
Autres
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