Non, le mal au dos des soignants
n'est pas une fatalité.
Article paru dans la revue de l'Aide Soignante, Avril 1999

 

Toutes les institutions de soins organisent depuis une vingtaine d'années, avec des réussites très variables, des formations dites de "manutention des malades", afin de permettre aux personnels soignants de se protéger de ce qui est devenu un véritable fléau au travail : le mal de dos.

Mais si la manutention des malades n'est qu'un outil qui ne vise que l'amélioration du confort des soignants, nous pouvons alors parler de grutage des malades. Il vaut mieux alors ne pas en faire. La manutention relationnelle n'est qu'un un outil de soin qui, par sa richesse, favorise la rencontre entre les soignants et les personnes soignées..

Dans cet article, nous allons essayer d'expliciter les éléments principaux qui devraient permettre de mener une lutte efficace contre ces accidents de travail.

Quelques considérations en vrac, pour orienter notre discussion:

Le code du travail, en résumé:

- Un homme ne peut porter plus de 55 kgs

- Une femme ne peut porter plus de 25 kgs

- L'établissement doit organiser des formations de manutention

- L'établissement doit travailler sur l'organisation et fournir du matériel adéquat.

Les indications du code du travail

- Article R231-66 (Décret n° 92-958 du 3 septembre 1992 art. 1 Journal Officiel du 9 septembre 1992 en vigueur le 1er janvier 1993) (Décret n° 94-352 du 4 mai 1994 art. 1 i Journal Officiel du 6 mai 1994)

Les dispositions de la présente section s'appliquent à toutes les manutentions dites manuelles comportant des risques, notamment dorso-lombaires, pour les travailleurs en raison des caractéristiques de la charge ou des conditions ergonomiques défavorables. On entend par manutention manuelle toute opération de transport ou de soutien d'une charge, dont le levage, la pose, la poussée, la traction, le port ou le déplacement, qui exige l'effort physique d'un ou de plusieurs travailleurs.

- Article R231-67 (Décret n° 92-958 du 3 septembre 1992 art. 1 Journal Officiel du 9 septembre 1992 en vigueur le 1er janvier 1993) (Décret n° 94-352 du 4 mai 1994 art. 1 i Journal Officiel du 6 mai 1994)

L'employeur doit prendre les mesures d'organisation appropriées ou utiliser les moyens adéquats, et notamment les équipements mécaniques, afin d'éviter le recours à la manutention manuelle de charges par les travailleurs. Toutefois, lorsque la nécessité d'une manutention manuelle de charges ne peut être évitée, notamment en raison de la configuration des lieux où cette manutention est effectuée, l'employeur doit prendre les mesures d'organisation appropriées ou mettre à la disposition des travailleurs les moyens adaptés, si nécessaire en combinant leurs effets, de façon à limiter l'effort physique et à réduire le risque encouru lors de cette opération.

 

- (Décret n° 92-958 du 3 septembre 1992 art. 1 Journal Officiel du 9 septembre 1992 en vigueur le 1er janvier 1993) (Décret n° 94-352 du 4 mai 1994 art. 1 i Journal Officiel du 6 mai 1994)

Pour la mise en oeuvre des principes généraux de prévention définis à l'article L. 230-2 et sans préjudice des autres dispositions du présent code, lorsque la manutention manuelle ne peut pas être évitée, l'employeur doit : 1° Evaluer, si possible préalablement, les risques que font encourir les opérations de manutention pour la sécurité et la santé des travailleurs ; 2° Organiser les postes de travail de façon à éviter ou à réduire les risques, notamment dorso-lombaires, en mettant en particulier à la disposition des travailleurs des aides mécaniques ou, à défaut de pouvoir les mettre en oeuvre, les accessoires de préhension propres à rendre leur tâche plus sûre et moins pénible.

-Article R234-6 (Décret n° 75-753 du 5 août 1975 Journal Officiel du 15 août 1975) Les jeunes travailleurs de moins de dix-huit ans et les femmes employés dans les établissements mentionnés à l'article précédent ne peuvent porter, traîner ou pousser tant à l'intérieur qu'à l'extérieur de ceux-ci des charges d'un poids supérieur aux poids suivants :

Personnel féminin de dix-huit ans et plus : 25 kg.

 

Article R231-72 (Décret n° 92-958 du 3 septembre 1992 art. 1 Journal Officiel du 9

septembre 1992 en vigueur le 1er janvier 1993)(Décret n° 94-352 du 4 mai 1994 art. 1 i Journal Officiel du 6 mai 1994) Lorsque le recours à la manutention manuelle est inévitable et que les aides mécaniques prévues au 2° du premier alinéa de l'article R. 231-68 ne peuvent pas être mises en oeuvre, un travailleur ne peut être admis à porter d'une façon habituelle des charges supérieures à 55 kilogrammes qu'à condition d'y avoir été reconnu apte par le médecin du travail, sans que ces charges puissent être supérieures à 105 kilogrammes.

---- Article R231-71 (Décret n° 92-958 du 3 septembre 1992 art. 1 Journal Officiel du 9 septembre 1992 en vigueur le 1er janvier 1993) (Décret n° 94-352 du 4 mai 1994 art. 1 i Journal Officiel du 6 mai 1994) Sans préjudice des dispositions de l'article L. 231-3-1 et des décrets pris pour son application, l'employeur doit faire bénéficier les travailleurs dont l'activité comporte des manutentions manuelles :

1° D'une information sur les risques qu'ils encourent lorsque les activités ne sont pas exécutées d'une manière techniquement correcte, en tenant compte des critères d'évaluation définis par l'arrêté prévu à l'article R. 231-68 ;

2° D'une formation adéquate à la sécurité relative à l'exécution de ces opérations ; au cours de cette formation, qui doit être essentiellement à caractère pratique, les travailleurs sont instruits sur les gestes et postures à adopter pour réaliser en sécurité les manutentions manuelles.

 

 

Rappelons aussi quelques statistiques:

- 62% des soignantes de plus de 49 ans disent souffrir du dos,

- 74 % des soignants se plaignent aussi de douleurs chroniques ou aiguës

- Plus de 80% des accidents de dos arrivent au cours de soins où le soignant est seul avec le malade.

- Un patient pèse en moyenne 65 kilos, il est donc souvent une "charge" lourde.

L'organisation des soins et le travail sur la notion d'équipe sont donc des facteurs essentiels de la protection des soignants, afin d'éviter le travail "seul" avec des patients difficiles.

Le malade est sans doute la "charge" la plus difficile à "remuer": "Sans angle, sans poignée, souvent déformable, aux réactions imprévisibles, il ne faut en aucun cas le lâcher".(Professeur Debras).

 

D'ou proviennent les accidents du travail:

L'accident du travail provient d'une inadaptation entre la charge de travail et les capacités physiques de l'homme. Plus la charge augmente, plus l'angle "a" de la pente de risque augmente d'angle, et plus le risque d'accident du travail est grand ( schéma 1)

L'ergonomie (l'adaptation des postes de travail, l'équipement..), en diminuant la charge de travail, réduit l'angle a. (figure 2)

De même, la formation , en augmentant la capacité de l'homme , va diminuer le risque d'accident. L'angle de pente de risque "b", est naturellement plus faible que "a", et "a-b" représente la diminution des accidents de travail obtenue lors de la mise en oeuvre d'une politique de protection des personnels.

Une politique de prévention des accidents du personnel devra, si elle est bien conduite, mener des projets dans 3 directions à la fois:

- La formation pour augmenter les savoirs faire, les capacités physiques des soignants

- L'étude ergonomique suivie d'un plan d'équipement visant à diminuer la charge du travail: lève-malades, lits à hauteur variable, aménagement des salles de bain etc...

- L' organisation du travail tenant compte des données nouvelles (savoirs faire et ergonomie) et mettant en avant le travail en équipe.

Q'un seul de ces 3 points manque et les résultats obtenus peuvent être bien en dessous des résultats escomptés.

En menant une expérience de formation visant les 3 points, amélioration des capacités, équipement, et organisation du travail, nous avons vu le taux des arrêts de maladie pour mal de dos diminuer de 60 % (CHG Limoux, Aude, 1995-1996)

Le mal de dos n'est donc pas une fatalité, à condition que l'institution s'en donne les moyens.

Nous allons analyser dans cet article, les conditions requises pour la réussite d'un tel projet

 

LA MANUTENTION DES MALADES

Un peu d'histoire des mots, le saviez vous ? : "manutention est un emprunt de la langue juridique (1478) au latin médiéval manutentio "protection, appui, aide", du latin populaire manutenere , "tenir avec les mains". Il signifie en ancien français protéger, défendre, avoir sous sa garde. (Le Robert historique de la langue française, Alain Roy, tome 2 p 2099 et 2128 ed le Robert 1998). Il est extraordinaire de voir comme ce sens s'accorde avec le métier de soignant, prendre soin.

Le souci de ne pas réduire la manutention à un acte de plus, sans d'autre signification que le déplacement plus facile du malade, nous a conduit à développer la manutention relationnelle, ou la manutention est prise dans le sens primitif d'accueillir avec les mains. Nous, les soignants, sommes des manuels, c'est à dire, que notre production, le soin, est "fabriqué" par la main. Comme Picasso ou le sculpteur César. Etre manuel ne signifie pas ne pas avoir de cervelle, mais que la pensée est au service des nos mains.

Les règles de base du comportement soignant

Tout ce que patient peut faire lui-même va dans le sens de la conservation et de l'amélioration de sa santé .

L'art de la manutention, c'est l'art de l'éviter ( pourrait-on aussi écrire "léviter" ?)

1° principe d'action: Nous n'avons pas le droit de faire un geste à la place d'un patient, sauf bien sur pour des raisons psychologiques, médicales ou humaines prioritaires. Tout simplement parce que le mouvement, c'est la vie. Tout ce qui vit bouge. Le mouvement est indispensable à la création et la conservation de la santé. La pénibilité des manutentions dépend directement de la qualité et de l'importance des mobilisations. Les services où le soin est axé sur la verticalistion et l'aide à la marche peuvent voir leur taux de grabataires baisser dans des proportions considérables.

2°principe d'action: Si un patient ne peut faire un mouvement lui-même, le deuxième principe est alors fondamental: nous n'avons pas le droit de toucher quelqu'un sans lui dire avant, et nous devons accompagner tous nos gestes d'une description.

Il faut développer une philosophie des soins : le patient est un client, le patient est une personne (voir la revue du mois de février)

La manutention relève d'une démarche et doit être intégrée à tout les actes de soins manuels (pour éviter le morcellement du malade dans une suite d'actes sans signification réelle, ou la manutention peut aggraver son état au lieu de participer à l'amélioration de sa santé).

 

Les principes de base de la manutention:

Evaluer la situation : La situation dans laquelle se trouve le patient doit toujours être évaluée avant de commencer une manutention: Le lit est-il bloqué, est-il à hauteur variable, le patient est-il sondé ? ...

Pendant le déplacement du malade, la surveillance continue: La perfusion suit-elle, la sonde n'est-elle pas restée accrochée au lit ?...

Une fois la manutention achevée, l'évaluation de la situation continue: le patient ne risque-t-il pas de glisser, peut-il atteindre la sonnette?...

Evaluer le patient : Avant toute action de mobilisation de la personne malade, le soignant doit procéder à une évaluation, 3 temps:

- Le dossier de soin nous indique le parcours du patient, les contre-indications médicales (par exemple le droit à l'appui ou non), et nous fixe le cadre général dans lequel la manutention doit se dérouler.

- Les transmissions nous indiquent les éléments nouveaux qui peuvent modifier la manutention (par exemple le patient est tombé, et crie depuis...)

- L'observation en situation de soin (teint inhabituel, angoisses, plaintes...)

Après évaluation, en tenant compte des éléments nécessaire à la manutention, nous retrouverons 3 catégories de patients, donc de manutentions, et ce tous services confondus:

Les patients autonomes (qui représentent plus de 50% des clients dans un Chg).

Les patients valides (de 35 à 45 %)

Les patients invalides (de 5 à 15%)

Certains services n'accueillent que des patients invalides et d'autres que des valides ou des autonomes.

Cette classification est bien sur spécifique de la manutention, et n'a rien à voir avec d'autre types d'évaluations, comme la grille "Agir".

Le tableau ci dessous présente les cas de manutentions pour un déplacement lit-fauteuil, par exemple, et indique le type de technique à employer

PATIENTS AUTONOMES:

ils se déplacent seuls debout

La "Manutention" n'est qu'une Aide Psychologique pour les déplacements

 

Elle ne nécessite aucune aide manuelle du soignant, mais doit parfois être encouragée, stimulée.

La relative facilité de prise en charge physique de ce genre de patients ne doit pas faire oublier le risque d'une grabatisation d'appel, seul moyen parfois dont dispose la personne âgée pour bénéficier de l'attention et de la présence des soignants !

L'aide psychologique fait principalement appel à l' empathie et à la chaleur humaine. Le toucher est le langage le plus "vrai".

 

PATIENTS VERTICALISABLES, DITS VALIDES:

ils sont mobilisés debout, mais aidés

Dans notre classification, la personne est valide si elle est capable de porter son poids. Elle en a la force mais la vericalisation nécessite la présence des soignants . Leurs interventions seront orientées et limitées : En effet, seuls deux facteurs séparent une personne autonome d'une personne simplement valide:

a) le patient à des problèmes de déséquilibre:

Cela nécessite un placement judicieux des soignants (par rapport au malade et entre eux) selon les techniques choisies ;

b) le patient à des problèmes d'ordre mental, qui peuvent être de deux types:

- la peur (voire la panique), ou la peur de la douleur; (la douleur, elle, est un facteur que l'on doit objectivement considérer comme pouvant rendre un patient invalide);
- une
incompréhension des demandes des soignants.

La démarche demande donc une communication appropriée qui va être surtout une communication non-verbale: qualité des saisies et des prises. (encourager verbalement, n'est qu'un complément au ressenti corporel).

A ces patients nous pourrons proposer plusieurs types de déplacements:

- le pivot pour les déplacements des malades n'ayant qu'un appui: amputation, hémiplégie flasque, période de consolidation d'un membre opéré,... La proposition de déplacement en longueur pour ce type de patients est l'affaire de spécialistes (rééducateur, kinésithérapeute) qui proposeront des aides à l'handicap.

- la marche pour tous ceux ayant un appui bipodal.

 

Attention, technique interdite en gériatrie (risque de lésion d'épaule)

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PATIENTS INVALIDES:

Ils sont incapables de porter leur poids

Les soignants assurent les manutentions

ce sont les seuls patients qui réprésentent une "charge" au sens légal

Il faut donc évaluer:

- le poids: Lourd ou léger, qui va déterminer la forme de la technique

- l'état (pathologie + état présent): Attrapable ou non qui détermine la qualité des saisies

 

Patients Légers : Les portés (moins de 25 kgs pour une soignante seule, 50 pour 2 soigantes, 75 pour 3)

Patients Lourds: Les glissés

Ces 2 types de techniques sont réalisées :

- "a Mains", pour des patients "Attrapables".

- avec des draps ou des alaises pour des patients "Non Attrapables",

Un patient est "non attrapable" à cause de la douleur, de l'hygiène, de fracture, de sa fragilité etc...

Cas particuliers: Lorsque des patients lourds ne peuvent être glissés, il faut les porter. On utilisera alors des aides mécaniques (lèves-malades), ou l'on augmentera le nombre des soignants en proportion du poids du patient.

Se rapprocher du malade

Un patient de 50 kilos collé contre vous pèse en réalité 150 kilos sur vos vertèbres. Si l'on ne peut pas faire mieux, on peut faire beaucoup plus mal, en s'éloignant du patient : il peut alors peser jusqu'a 5 fois plus , soit 750 kilos comme le montre la figure 3

Gilles, encore en apprentissage, reçoit entre 2 et 3 fois plus de poids sue la colonne que Marielle, beaucoup plus proche du patient !

En moyenne , un soignant bien formé , à travail égal, diminue par 2 à 3 les charges qui s'exercent sur sa colonne par jour. C'est comme s'il bougeait 2 à 3 moins de malades!

protéger le dos

Il faut toujours:

Travailler avec un dos vertical

travailler avec un dos plat

Eviter absolument les Torsions : La torsion est la combinaison de la rotation avec un autre mouvement, flexion, extension, inclinaison. La torsion est sans doute la cause principale du mal au dos des soignants

Contracter les abdominaux: élément essentiel de la protection du dos, ils enlèvent jusqu'à 80% du poids qui s'exercent sur les vertèbres.

Assurer de bonnes saisies :

Elément déterminant de la relation au patient, la saisie en manutention doit répondre à 3 critères de base

- Assurer la sécurité, d'abord, afin d'éviter les accidents de chute du patient. La majorité des chutes au cours de manutention se produisent dans 2 situations d'aide:

- Lorsque le soignant est seul avec un patient assis au bord du lit. Pour éviter la chute, le soignant veillera à se placer devant le malade, ses cuisses au contact des genoux du soigné.

- Lors des transferts avec des draps, pour les portés. Le drap pouvant se déchirer, il est obligatoire de le replier afin de le doubler. De même , le malade n'étant pas tenu dans ces techniques, la place des mains des soignants sur le draps est un élément déterminant de la sécurité.

- Avoir les saisies les plus douces possibles: seul un entraînement à la douceur, avec de nombreuses répétitions en situation réelles de soin, et une longue auto-surveillance, peuvent nous permettre d'acquérir le toucher particulier du soignant, de combattre le réflexe naturel de l'agrippement. Pour cela , il faudrait arriver à ne plus jamais utiliser le pouce , la main comme une pince, mais veiller à mobiliser le malade avec la main en palette, en soutien, lors des soins et des manutentions. Eviter ainsi la pince permet non seulement d'éviter les hématomes (et les plaies) si fréquents sur les avant bras des personnes âgées, mais d'instaurer une relation de confiance avec les patients souffrants . Rappelons aussi que lorsque la communication verbale est altérée (coma, démence...) le toucher devient le langage essentiel . Comment me perçoit un malade, si par mes gestes " en force", j'essaie malgré lui d'effectuer mon soin, mes manutentions. Quel est le soignant qui n'a pas forcé pour écarter les cuisses d'une vieille dame, afin de lui assurer les soins d'hygiène? Qui n'a pas connu de patient paniqué lors d'un retournement sur le bord du lit. Ces efforts , préjudiciables au patient comme aux au soignant sont à proscrire. L'apprentissage de la douceur peut permettre de ne jamais forcer avec un patient.

- L'indéformabilité: A l'image du Judoka qui ne peut exécuter ses techniques sans un blocage du kimono de l'adversaire, le soignant, par la qualité de ses saisies, doit assurer l'indéformabilité du patient au cours des manutentions, afin d'éviter les efforts inutiles. Par exemple, prendre le draps au niveau du pubis du patient pour l'amener au bord du lit permet de diminuer les efforts par 2.

Travail avec les jambes : Pour éviter de se pencher en avant lors d'une manutention et afin de garder le dos vertical, les jambes doivent se fléchir. S'il il est facile d'exécuter cette manoeuvre pour des manutentions à mi-hauteur, il est par contre beaucoup plus difficile de l'exécuter lors d'un ramassage au sol. En effet, le quadriceps , muscle principal qui permet de se relever, n'a toute sa force que lorsque la cuisse fait un angle de 90° à 110° avec la jambe (voir schéma). Il faut donc un temps préparatoire d'ouverture de cette angle avant de soulever le patient. Et cela nécessite un apprentissage spécifique.

Se placer en fin de manutention: Une manutention comporte souvent un déplacement du malade. Un patient se situant au point "A" doit se retrouver au point "B".(Par exemple, lors d'un renfoncement du patient au fond du fauteuil, le patient est d'abord assis en bord du siège, et doit se retrouver au fond , contre le dossier ). Il y a donc une position de début de manutention et une autre de fin de manutention. L'idéal, accompagner le patient lors du déplacement, n'est souvent pas réalisable, à moins d'exécuter des fentes latérales, mouvement très gymnique peu approprié aux capacités physiques de nombreux soignants et rarement observé en situation réelle de soin. Il faut donc choisir entre une position en début de manutention, ou une autre en fin. Observons ce qui se passe:

Si les soignants se placent en début de manutention, lors de la phase de soulevé du patient, ils sont bien placés, près du malade, et leur effort est bien vertical. Par contre , lors du déplacement, leur effort est horizontal, le patient s'éloigne d'eux, et ils finissent en torsion, ce qui représente l'opposé d'un mouvement protecteur du dos.

Par contre, si après avoir saisi le patient, ils se déplacent vers la fin de manutention avant de le soulever, une simple poussée verticale suffira à amener le patient là où se trouvent les soignants.

Il faut donc toujours se placer en fin de manutention.

Le genou est placé là où doit arriver le patient, en fin de manutention.

Ici, il s'agit d'asseoir un patient à la tête du lit.

Attention, technique interdite en gériatrie (risque de lésion d'épaule)

 
Respecter les placements qui évitent les torsions

Afin d'éviter les torsions ( extension ou flexion + rotation), une technique de manutention ne protègera le soignants que si elle respecte les placements suivants:

Quand le soignant travaille seul, il faut qu'il se place devant ou derrière le malade, jamais sur le coté de celui ci.

 

 

Quand une technique est effectuée à 2, la position des soignants dépend du nombre de saisie que chacun a sur le malade

Si chaque soignant tient le patient avec une seule prise, ils se placeront cote à cote

Attention, technique interdite en gériatrie (risque de lésion d'épaule)

 

 

 

Si les soignants utilisent leur 2 mains, ils se placeront face à face

Lorsque le nombre de soignants augmente , nous tenterons de respecter les règles précédentes. C'est ainsi que :

A trois, le soignant seul se placera devant ou derrière, les 2 autres seront face à face ou cote à cote, suivant leur nombre de saisie.

*

 

A quatre = 2 + 2 , par exemple, 2 soignants face à face, avec 2 saisies, les 2 autres cote à cote (si 1 seule saisie).

La seule Torsion autorisée en stage: la bise à Rosette

Créer une manutention revient donc à tenter de respecter le plus possible de ces principes de base. Une manutention qui les respecte tous ne verra en principe jamais d'accident de dos et le patient sera bougé avec douceur, en respect avec la mission de soin.

Parfois , la disposition des lieux , l'état du patient, l'organisation du travail ne permettra pas de respecter ces principes, sauf 2, qui pourront toujours accompagner le soin: l'évaluation du malade et la contraction des abdominaux. Mais alors, le risque d'un accident n'est plus à exclure.

 

LE SUIVI DE FORMATION

Faire des formations de base, c'est bien , mais cela n'est pas suffisant. Il faut aussi assurer le suivi des formations

Le cadre du service , d'abord , a pour mission d'assurer ce suivi. Réunion avec le reste de l'équipe au retour d'un nouveau formé dans le service, vérification de l'application des techniques, de l'utilisation (et de l'entretien) du matériel, font parti du rôle du cadre. Et ce d'autant qu'il est responsable de la sécurité de son personnel, au même titre qu'un chef de chantier veille à ce que ses ouvriers portent le casque sur les chantiers.

La formation de "référents", enfin, assure la "mémoire des acquis". En instaurant ce genre de compétence transversale, basée sur une hiérarchie de compétence et non plus de grade, l'application en service est augmentée dans des proportions considérables. Chaque service doit ainsi disposer de ces référents , qui ont suivis une formation plus poussée, et qui motivés par une mission de soin (douceur, qualité des gestes) et de sécurité (mal au dos des collègues), assurent en général leur rôle avec coeur. Par contre en aucun cas la formation de référents ne doit venir avant la formation du personnel, elle n'est que la conclusion d'un plan de formation général. C'est ainsi que nous ne formons des référents que lorsque 70% du personnel soignant est déjà formé. Faire l'inverse , c'est exposer le travail des référents à l'échec , tant sont nombreuse les barrières à franchir, les mentalités à changer. Et ceci ne peut être le travail d'un référent qui travail en interne.

L'ÉQUIPEMENT ET L'ARCHITECTURE

Rappelons tout d'abord les avancés de la profession d'aide soignant permises par le décret n°96-31 du 19 janvier 1996 concernant les rôles et missions des Aides soignants. Il spitule entre autre qu'il faut: "Associer les aides-soignants et les auxiliaires de puériculture à l' élaboration des projets de soins.

Il convient donc que se développe dans chaque établissement et dans chaque service, une réflexion collective et une réelle participation des aides-soignants et des auxiliaires de puériculture dans l'élaboration des différents projets:

- projet d'amélioration des conditions de travail

- projet de service

- projet de soins

Les organismes consultatifs mis en place par la loi du 31 juillet 1991 visée en objet (conseil de service, commission du service de soins infirmiers) ainsi que le comité technique d'établissement, le comité technique paritaire. la commission médicale d'établissement, le comité d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail et le comité de lutte contre les infections nosocomiales sont les instances privilégiées d'application des principes ci-dessus développés. Ils doivent permettre à ces professionnels d'apporter une contribution effective dans les débats menés au sein de ces instances qui permettra une réelle prise en compte de leur avis sur les différents projets de l'établissement".

Tout cela signifie en clair que les aides soignants ont le droit de participer à la marche de leur établissement. Il est donc de leur responsabilité, de leur devoir même, grâce à leurs représentants, de participer aux projets d'équipement, sans lesquels tout programme visant à diminuer les accidents du travail est obsolète, et relève plus de l'animation sympathique que de véritable prise en compte des problèmes.

Quelques établissements hospitaliers nous ont montré la voie:

- L'équipement progressif en lits à hauteur variable est un élément capital de la diminution des arrêts maladie pour mal de dos. Mais attention aux économies de bouts de chandelle. Certains hôpitaux voient plus d'accidents lors du relevage manuel de la tête de lit que lors des manutentions de malades! Un bon lit est à hauteur variable, relevage électrique du buste, verrouillage centralisé, barrières intégrées facilement manoeuvrables. Nous travaillons dans des centres équipés aujourd'hui de 100% de ces lits.

- Les fauteuils doivent être mobiles, si possible à hauteur variable (comme le Géronte de Le Couviour), dans les services accueillant des patients à faible mobilité.

- Lors d'un projet de reconstruction, prévoir une douche dans chaque chambre, avec évacuation au sol, sans bac.

- Prévoir l'achat de lève malades électriques permettant le relevage des patients tombés au sol.

- Prévoir l'achat de verticalisateurs, type Sarah de la société Arjo. Ce nouveau type d'appareils est énormément utilisé dans les centres équipés. Il permet non seulement d'effectuer le transfert d'un patient dit "valide", mais aussi les changes et parfois des toilettes debout à visée réhabilitatrice, et tout cela à 1 soignant, dans d'excellentes conditions de sécurité.

- Les salles d'eau doivent aussi devenir fonctionnelles, avec des chaises de douche à hauteur variable, un accès facile au chariot douche, des protections contre les projections d'eau.

Prévoir aussi l'équipement en "douche au lit", cette appareil révolutionnaire qui permet de doucher des patients grabataires, quelque soit leur état (en réanimation, sous respirateur, etc..), sans quiter la chambre ni le lit.

 

- Le brancardage "à bras", dit "à la cuillère" doit aussi définitivement disparaître des pratiques hospitalières. Ils sont en effet responsables de la quasi totalité des accidents de dos (hernies et lumbagos) au cours des brancardages ou des transferts sur tables de blocs ou de radio. Nous ne les enseignons plus depuis plus de 15 ans, les remplaçant par des techniques avec des draps ou des champs, aidé par des matelas de transfert auto glissant type "easyslide".

Comment admettre de faire encore des techniques de "brancardage dans les bras" parmi les plus dangereuses, quand, là où il faut 3 à 4 soignants pour un patient de 100 kilos, nous pouvons faire ces brancardages sans le moindre effort, dans la douceur la plus grande, même en étant seul, avec un matelas de transfert qui ne coûte que 3000 francs au maximum!

Nous conseillons d'ailleurs toujours aux hôpitaux qui décident de former des équipes de brancardiers, d'employer ... des femmes. Avec des matelas de transfert et des chariots à hauteur variable, douceur et confort sont assurés pour le patient comme pour le personnel.

Tout cela peut paraître beaucoup, mais rappelons que l'équipement représente une très faible part du budget d'un établissement, et que devant le manque chronique de personnel de certains établissement, (et surtout en maison de retraite médicalisée et centre de soin de longue durée), l'équipement reste souvent une issue incontournaéble pour essayer de résoudre la pénibilité du travail.

Au fait, savez vous le coût moyen d'un lumbago ou d'une hernie discale ? Estimé en 1996 à 80 000 francs. Bien sur, ce ne sont pas les mêmes budgets....

 

LE TRAVAIL EN ÉQUIPE ET L'ORGANISATION DES SOINS

C'est l'état du patient qui détermine le choix de la technique à employer. S'il faut être à 2, pour une raison de poids ou de bien être du malade, il est nécessaire que l'équipe réponde à ces besoins. Une réflexion sur l'organisation des soins est alors nécessaire. Comment travailler en sécurité pour le personnel et assurer une qualité de soin lorsque 3 soignants effectuent 30 toilettes de patients de long séjour en 1 heure 30, comme je l'ai rencontré dans un établissement? 9 minutes pour la toilette, l'habillage et le lever (obligatoirement à 1 soignant seul), c'est condamner le personnel aux accidents de dos (et autres). Etaler les toilettes sur toute la matinée permettra de répondre correctement à la demande de manutention (et de soin).

S'appeler quand c'est nécessaire, retarder ou avancer un coucher de patient, attendre l'infirmière (dont c'est aussi le rôle), pour assurer la manutention qu'il faut , faire ce que l'on veut et non ce que l'on peut, tout cela dépend du travail en équipe. Sinon, comment expliquer qu'a quota équivalent de personnels, il y a des centres où la manutention n'est jamais un problème, et d'autres toujours?

Si l'encadrement n'est pas "favorisant", les soignants devront malgré tout tenter de travailler en s'aidant.

L'exemple du soin à domicile est particulièrement parlant: En général, l'aide soignant est seul avec le patient. Pourtant nous connaissons certains services qui sont particulièrement bien organisés:

- Par contrat de soin, tous les patients "difficiles sont sur lit à hauteur variable, le lève malade électrique est là.

- L'infirmière coordinatrice rejoint parfois l'aide soignant pour l'aider

- Pour certains patients, le soin est organisé à 2 soignants

- Les relations avec le libéral font que le kiné, l'infirmière libérale, et l'aide soignant du service se retrouve parfois pour des patients très "lourds".

Quand on veut , on peut...

 

Conclusion : Si l'on attend du soignant qu'il prenne en charge le patient, le mal au dos est inévitable.

Si l'on décide de le prendre en compte, ce qui est bon pour lui sera bon pour le soignant, et vice versa. Certaines institutions l'ont compris , qui ont pris le problème par une approche systémique, et ont réussi le pari du mal de dos , mais aussi du soin.

Car bien-être du soignant et bien être du patient sont indissociables.

Rosette Marescotti, Yves Gineste, Cec 1999.

Remarques: les auteurs ne vendent pas de matériels et n'ont aucun lien commerciale quelque nature que ce soit avec les fabriquants cités.

 

Prose en dos majeur

Pour bouger un malade, il faut:
Un peu d'amour,
33 vertèbres, de la douceur, 22 disques,
Un peu d'amour,

De bonnes jambes, de la tendresse, un ventre gainé, des mains câlines
Jamais de solitude et toujours une équipe, un chef d'orchestre,

Une gamme de gestes,des notes écrites,
Un peu d'amour,

Si peu de technique, un Pygmalion (1), pour l'espérance,
Et plein de projets.

Si peu de malades , mais tant d'hommes qui souffrent
Et nous appellent, et que l'on aide à redevenir des hommes,
Libres, et autonomes.

Mode d'emploi : Prendre tout cela , mélanger à pleines mains,
Pétrir comme le boulanger la pâte à pain, et surtout
Accueillir la chatte qui revient.

Alors, encore plus près, et l'aphasique reparlera, l'hémiplégique remarchera,
Le grabataire dansera.

Mais quelle est donc cette chanson que l'on nous chante là?
C'est le chant du soin,
le chant de nos mains,
et les soignants qui connaissent la musique en "dos" majeur
Chantent l'espoir, et plus la peur.

Ah, il faut aussi un peu d'humour !

Yves Gineste

 

(1)L'effet pygamlion est un effet psychologique remarquable: L'attente positive influence favorablement les résultats.

 

La Méthodologie des soins Gineste-Marescotti est protégée en France et à l'étranger. Marques déposées: "Toucher tendresse","Gineste-Marescotti","Philosophie de l'humanitude", "Capture Sensorielle", "Manutention Relationnelle,"Mourir Debout".

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