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I M A G I N E

Par Nathalie RIEUX -SICARD Infirmière

 

 

Imagine : je pourrais être ton frère ou ta soeur, ton père ou ta mère, ton grand-père ou ta grand-mère.

Imagine : mon passé, ma famille, mon travail, mes envies, mes émotions, mes joies, mes douleurs, mes enfants... ma solitude.

Imagine : Ma vie

 

Maintenant pense à ta vie, ton quotidien

Maintenant pense à tes enfants et les problèmes que tu connais pour les élever mais aussi aux joies qu'ils peuvent t'apporter

Maintenant pense à ton travail qui n'est peut être pas celui que tu avais rêvé, mais qui te permet en partie de répondre au moins à tes besoins matériels.

Maintenant pense aux premiers jours de ton travail comme tu étais content(e) de venir tous les matins, soirs ou même le dimanche, car tu avais le sentiment d'aller de l'avant.

Maintenant pense à ta fatigue, à tes douleurs multiples qui apparaissent, à la course que tu aimerais stopper ou ralentir un peu pour respirer. Car certains jours, il y a de quoi devenir fou...

Maintenant pense à tes parents, plus les années passent et plus tu les sens vulnérables, dépassés par l'époque et dont le quotidien ne te permet pas de t'occuper ou simplement d'aller voir comme tu le souhaiterais.

 

Je pourrais continuer pendant des heures ; tu vois ta vie je la connais.

 

Mais en plus moi, j'ai dû me battre pour obtenir tout ce que tu as aujourd'hui. La liste serait longue et j'en suis fier.

 

Tes journées ont été les miennes, et un jour mes journées seront les tiennes.

Et j'en suis triste car tu pourrais être mon frère ou ma sĻur, mon fils ou ma fille, mon petit- fils ou ma petite fille.

 

Pourtant, si tu savais, j'ai besoin de si peu pour continuer paisiblement le chemin qui me reste à faire.

 

Un jour peut-être toi aussi tu seras ridé(e) et la beauté de la jeunesse à laquelle tu étais comme moi tant attachée se sera envolée.

 

Un jour peut-être toi aussi tu seras impotent(e) et dépendant(e).

 

Un jour peut-être toi aussi tu attendras que l'on vienne te faire la toilette pour entendre le son de la voix de quelqu'un, même si cette personne fait comme si elle ne t'entendait pas quand tu lui parles ou essayes t'attirer son attention.

 

Un jour peut-être toi aussi tu préfèreras manger à la petite cueillere parce que " ça ne passe plus " plutôt qu'avec une grosse cueillere qui en plus me fait mal une fois sur deux car je n'ouvre pas la bouche assez rapidement.

Un jour peut-être toi aussi tu seras content de voir que quelqu'un a bien voulu aller te chercher un dessert supplémentaire pour compenser.

 

Un jour peut-être toi aussi malgré ta solitude tu rencontreras une personne dont la présence à nouveau te réconforte et avec qui tu souhaites simplement rester quelques instants, et tu ne comprendras pas que par pur jeu cruel, parce que tu n'es plus autonome on éloigne cette personne dans une autre pièce.

 

Un jour peut-être toi aussi, tu découvriras que certains gratuitement et sans raison te changent systématiquement de chaîne de télévision, alors que ce programme que tu regardais habituellement chez toi, te rappelle des moments de tranquillité passés à ton domicile, ou les airs entendus te remémorent ta jeunesse.

 

Un jour peut-être toi aussi, tu apprécieras de manger de la soupe si elle est au menu, et pas seulement quand ta famille est là.

 

Un jour peut-être toi aussi, tu apprécieras de porter tes vêtements, ceux que tu as choisis ou que ta petite fille t'a offerts pour la fête des grand- mères.

 

Un jour peut-être toi aussi, tu t'énerveras au-delà de la raison de voir tout ce qui se passe autour de toi, de voir la voisine de ton quartier qui a perdu la tête et que l'on laisse s'exhiber sans rien faire devant les grands-pères conscients. On te fera passer pour fou et tu auras droit à une petite piqûre pour te calmer.

 

Un jour peut-être toi aussi, tu auras un corps douloureux et fatigué, qui au moindre choc a une nouvelle plaie qui apparaît.

 

Un jour peut-être toi aussi tu auras un corps qui a besoin d'un minimum d'attention, et tu seras comme moi une personne qui a besoin que l'on prenne le temps " de prendre le temps " de s'apercevoir que j'existe, et que je suis capable de voir, parler, sentir, ressentir, comprendre. Et si tu me vois enfin j'aurai à nouveau tout simplement envie de vivre.

 

N'oublie pas que dans ma solitude c'est ton regard, ta main, ton oreille, ta présence que j'attends tous les jours.

Nathalie RIEUX -SICARD Infirmière

 

 

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