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Mais la meilleure récompense reste le sourire des enfants rassurés.
Plan :
1- Introduction
2 - Étude et préparation du film
3 - Le film:
4 - Projets et conclusion
"L'enfant regarde, inquiet, le monde qui défile. Allongé sur son brancard, poussé par une infirmière parfois souriante mais souvent fatiguée, il entend des phrases courtes, voilées, murmurées. Des astronautes équipés de masques, tous pareils, ne montrent que leurs yeux à ses interrogations muettes. Il est mis sur une table dure, entourée d'étranges appareils. Il est loin de ses parents lorsqu'on lui met sur le visage un masque froid et puant. Il s'endort angoissé..."
Pour avoir trop souvent vu ce scénario dans les blocs opératoires des hôpitaux où je travaille, ancré dans la certitude que les enfants peuvent tout comprendre, même la douleur, profondément persuadé que le respect de l'enfant passe par le respect des droits de l'enfant, j'ai longtemps pensé que l'information, l'éducation honnête et la plus objective possible permettent de rassurer, car elles offrent la possibilité de la confiance.
Depuis douze ans, j'essaie de convaincre que la présence des parents lors des soins est nécessaire à l'enfant, car même si parfois cela paraît se passer plus mal, je reste persuadé que le traumatisme final sera moindre que celui provoqué par l'abandon par les parents d'un enfant en détresse (1). En 1991, dans le cadre de l'étude d'un projet expérimental de vidéo communication, j'ai eu l'occasion de réaliser un film "L'enfant à l'hôpital", qui est devenu le sujet d'une thèse en doctorat de médecine: «Dédramatisation de l'hospitalisation chez l'enfant» (2).
Ce film est destiné aux enfants devant subir une hospitalisation courte sans thérapeutique lourde.
Une réunion dans le service de pédiatrie de l'hôpital de Tulle (Corrèze, France), m'a permis de réunir une équipe pluridisciplinaire: interne, puéricultrices, instituteurs, infirmières, diététicienne, secrétaire médicale, médecins.
Lorsque j'ai proposé d'étudier les angoisses des enfants, les soignants ont aussitôt adhéré au projet tout en affirmant les connaître: piqûres, suppositoires, douleur, nudité. Méfiant par principe sur ce que l' on croit savoir, je propose l'élaboration d'un questionnaire: des instituteurs nous aidèrent à le construire, sur base de questions fermées et ouvertes, et de questions à choix multiples pour les enfants de 6 à 11 ans. Un instituteur, Monsieur Laval, de Beaulieu sur Dordogne (Corrèze), travaille sur le graphisme et le dessin libre pour les enfants de maternelle (3 à 6 ans).
L'enquête, menée dans trois écoles, deux en ville et une à la campagne, a permis d'interroger 130 enfants. Dans la maternelle de Beaulieu, à 3 niveaux, ce travail durera 2 mois. De nombreux dessins, (1 ou plusieurs par enfant) ont pu être ainsi analysés.
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«Aucune rigueur mathématique ne nous a permis d'envisager une étude scientifique et statistique, seule une vue approximative nous a permis de retracer les grands pôles d'intérêt et d'interrogation des angoisses» (Dr Bruno Piecyk, thèse 1991, Limoges).
De grosses surprises nous attendaient lors de l'étude des réponses des enfants.
- Les angoisses des enfants
- 1 ) La mort:
Classée en premier dans la quasi totalité des questionnaires, cet item nous a posé un problème: Comment évoquer la mort, rassurer l'enfant ? Nous avons choisi d'évoquer la vie, la sécurité.
- 2) L'opération:
Devant l'importance de cette question, nous décidons de montrer des images d'ablation des amygdales chez un enfant de 5 ans. Les images ne montreront pas le geste chirurgical mais l'environnement de la salle d'opération. Il est à noter, à ce sujet, que des expériences antérieures (Beaulieu 1989, arthroscopie du genou) m'avaient démontré que si les enfants supportent très bien et regardent avec intérêt des opérations chirurgicales, ils supportent moins bien (comme les adultes d'ailleurs,) les actes de «viol» de l'intégrité de la personne: ouverture de la peau, fermeture des plaies.
- 3) Ne pas se réveiller:
Nous avons cherché à dédramatiser l'anesthésie en montrant la banalité de l'acte (masque) et surtout le calme et la sécurité en salle de réveil, l'environnement des machines électroniques.
- 4) La souffrance:
Évoquée en quatrième position sur la liste des angoisses, nous tenterons d'expliquer aux enfants que cette douleur est plus souvent un désagrément passager qu'autre chose.
- 5) La piqûre:
Une piqûre est montrée dans le film, un vaccin dans le dos d'un bébé de 9 mois. Les pleurs du bébé qui ne durent que quelques secondes et disparaissent dès que l'enfant est à nouveau dans les bras de sa maman montrent que l'acte est supportable pour des enfants de 3 à 12 ans.
Dans tous les questionnaires, la séparation d'avec les parents est toujours douloureuse ( + de 80 % toutes classes confondues).
Nous avons fait le choix de garder les parents lors de tous les actes filmés, sauf dans le bloc opératoire. Le service de pédiatrie conserve d'ailleurs cette attitude actuellement. L'exclusion des parents du bloc me parait inutile, tout au moins pendant l'endormissement et au moment du réveil. D'autant qu'elle est souvent illégale. (voir charte européenne et textes réglementaires)
La place prépondérante des objets fétiches (peluches en particulier , + de 30 %) et des animaux domestiques nous guidera dans l'élaboration du scénario. Dans le service de pédiatrie de l'hôpital de Tulle, les enfants font suivre leur objet fétiche au bloc et en salle de réveil.
Plusieurs autres points importants sont apparus lors de l'étude du questionnaire:
- Le besoin d'être accueilli (80 % désirent connaître le prénom des soignants. Ils estiment cela très important)
- Les enfants aimeraient avoir une visite guidée du service.
- L'aménagement des locaux et des activités ludiques (dessins humoristiques, affiche, télé, hi-fi, téléphone) leur parait nécessaire.
- 95 % des enfants souhaitent choisir leurs repas.
Le docteur Bruno Piecyk écrit dans sa thèse: «Il est à noter l'importance des dessins effectués par les enfants, souvent très représentatifs de leurs angoisses vis-à-vis du monde hospitalier. A travers les formes et couleurs choisies, combien de dessins m'ont laissé perplexe, avec un sentiment de malaise général qui n'invitait pas à pénétrer mon milieu professionnel ! En fait, voilà sans doute une des motivations principales qui nous a conduit à réaliser le projet: pouvons-nous influer positivement sur l'imaginaire de l'enfant parle biais d'une plus large information sur l'hôpital ?».
3. Le Film : suite de l'article, 2 ème partie
Bibliographie
Charte et textes réglementaires
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