INSTITUT DE

FORMATION EN SOINS INFIRMIERS

NANCY-BRABOIS

 

LA VERTU DE LA PAROLE :Ou comment la communication verbale peut aider

le patient dans le coma.

 

PERLOT-Albane

Promotion 1999

 

SOMMAIRE :

INTRODUCTION

CADRE CONCEPTUEL :

v définitions

v différences entre coma artificiel et végétatif

REPRESENTATIONS DE LA COMMUNICATION VERBALE AVEC LES PATIENTS DANS LE COMA :

v selon la population générale

v selon les patients eux-mêmes

v au sein de l'équipe soignante en réanimation

v selon moi

PLACE DE LA COMMUNICATION VERBALE DANS LES SOINS INFIRMIERS :

v rôle infirmier par rapport aux patients

v rôle infirmier par rapport à la famille du patient

v Comment faire de la communication verbale un soin à part entière ?

v les limites de la communication verbale

CONCLUSION

 

INTRODUCTION

Ce thème est selon moi difficile à traiter car aucune preuve scientifique n'a été établie sur le bien fait de la communication verbale chez les patients dans le coma. Cependant, il me paraît fort intéressant d'essayer de démontrer que cette communication existe et doit exister.

Mes difficultés à entrer en relation avec un corps sans expression de vie, c'est à dire dans le coma, lors de mon premier stage en réanimation m'a fait prendre conscience qu'il me fallait étudier cet état. En effet, je me suis vue effectuer un soin à un patient et ressortir de la chambre sans même avoir dit un mot. Il m'était fort compliqué d'envisager une communication verbale avec ce malade endormi et dont je ne savais pas s'il m'entendait.

C'est alors que je me suis rendue compte de ma carence et j'ai voulu compenser. Cependant un tas de questions me sont venues à l'esprit : Pourquoi parler ? Quoi dire ? De quelle façon le dire ? M'entend- t -il ? Y a- t- il un intérêt à parler ? En quoi la communication verbale permettrait un réveil plus facile ?

A ce moment là, je me suis demandée que dois - je faire ?

Parler sans comprendre, ne pas parler ou parler en comprenant. Cette dernière solution m'a paru être la plus pertinente et donc, j'ai étudié ce thème par ce travail. De toute façon, il me fallait absolument trouver une solution car mon projet professionnel étant de travailler en service de réanimation, il me devait de réussir à entrer en contact avec ces patients dans le coma. Pour ce faire, il m'a paru personnellement plus aisé d'utiliser la parole.

Mais, comment l'utiliser ?

Il m'a fallu pour réaliser ce travail puiser dans différentes sources d'information. Je me suis d'abord basée sur mes observations lors de mes stages en réanimation (réanimation polyvalente à l'Hôpital de Saint-Pierre à la Réunion et la réanimation neurochirurgicale à l'Hôpital de Nancy).

Lors de ces stages, j'ai pu recueillir de précieuses informations auprès du personnel soignant et échanger avec eux.

Ensuite, je suis allée à la rencontre de la population générale afin de constater son avis sur le sujet. Pour étoffer mon travail, j'ai eu recours à des recherches sur Internet ainsi que des recherches en bibliothèque afin de trouver des documents issus de revues médicales et paramédicales.

Enfin, j'ai utilisé un livre afin d'illustrer mes propos.

Tout ceci me permet d'affirmer aujourd'hui que la communication verbale avec le patient dans le coma est essentielle.

 

Je me suis fixée différents objectifs :

Tout d'abord, savoir aborder un patient dans le coma afin d'établir une relation de qualité et donc de prouver l'intérêt de la communication verbale dans sa prise en charge.

Ensuite, être capable d'aider la famille à entrer en contact avec leur proche dans le coma. Cet objectif me paraît essentiel à atteindre car si un professionnel de santé éprouve des difficultés à communiquer avec le comateux, la famille pourra ressentir d'autant plus ce problème. Tous ces objectifs sont ceux que je tends à démontrer dans mon travail.

 

Pour ce faire, dans une première partie nous définirons les termes de notre sujet ainsi que les différences selon le type de coma (artificiel ou végétatif) afin de mettre en place notre sujet.

Ensuite, dans une seconde partie, nous verrons l'intérêt porté à la communication verbale chez le patient dans le coma par les professionnels de la réanimation mais aussi par la population générale et comment le patient perçoit ce langage. Enfin, dans une troisième partie, nous essayerons de décrire le rôle infirmier tout en proposant des solutions pour que cette communication soit optimale et nous verrons aussi les limites de ce mode de communication.

 

 

CADRE CONCEPTUEL

Avant d'entrer dans le vif du sujet, il me paraît utile de définir les termes essentiels de ce travail.

Définitions :

Coma : c'est l'abolition plus ou moins complète des fonctions de la vie(conscience, mobilité et sensibilité) alors que les fonctions de la vie végétative sont relativement conservées(le patient, inconscient, est couché sans bouger).

La profondeur du coma est appréciée par l'examen neurologique, mais surtout par la qualité des réponses gestuelles ou verbales exprimées par le patient lors des stimulations extérieures. Pour pratiquer cet examen neurologique, et donc évaluer l'état de conscience du patient, on utilise l'échelle de Glasgow. Cette échelle permet de mesurer trois comportements : l'ouverture des yeux, les réponses verbales, les réponses motrices.

Le score de Glasgow compte 15 points lorsque l'on est conscient, et il est de 3 lorsque le patient est en coma profond. Entre les deux il y a des variations de score.

 

Il faut savoir qu'il existe différents stades de coma :

Stade 0 : conscience normale

Stade 1 : obnubilation-coma vigile

Stade 2 : coma avec réactions adaptées

Stade 3 : coma avec réactions inadaptées

Stade 4 : coma aréactif

Stade 5 : mort encéphalique

Le stade du coma n'est pas un critère d'appréciation fixe. Le coma est un continuum évolutif entrecoupé de périodes de stagnation de durée variable, constituant ainsi des paliers.

 

Causes du coma : elles sont multiples : les traumatismes crâniens, les causes neurologiques, métabolites et toxiques.

 

Sédation en réanimation : il va peut être vous paraître étrange de définir ce terme mais, parfois la sédation en réanimation entraîne un coma artificiel.

C'est l'utilisation de moyens médicamenteux destinés à assurer le confort physique et psychique du patient, et à faciliter les techniques de soins. L'administration de médicaments sédatifs est devenue une pratique de routine dans les services de réanimation. Le niveau atteint est généralement profond.

 

La sédation est pratiquée à partir de différents médicaments. Il en existe deux grands types : les narcotiques : ils sont utilisés pour endormir le patient, c'est à dire, plonger les patients dans le coma. Actuellement, on utilise principalement les benzodiazépines. Ils produisent plusieurs effets : anxiolyse, sédation, myorelaxante, amnésie. Grâce aux benzodiazépines des études ont été menées et ont prouvé qu'ils réduisaient de façon considérable le mauvais souvenir du coma du patient.

 

Les antalgiques : La majorité sont des morphiniques(sufenta, fentanylÉ). Ils sont très utilisés pour leurs propriétés analgésiques et de dépression respiratoire recherchée pour l'adaptation au respirateur. Ensuite, on diminuera les doses quand le patient sera ventilé en raison de sa moindre maniabilité, de son retentissement hémodynamique et du risque d'accumulation.

 

D'autres traitements peuvent être utilisés(neuroleptiques, antidépresseursÉ) mais la base du coma artificiel se fait à partir de narcotiques et d'antalgiques.

 

Le niveau de la sédation doit être ajusté à la situation clinique afin d'éviter des sédations inefficaces ou au contraire trop excessives. Le sevrage doit être progressif, le levée de sédation se fait sur plusieurs jours avec surveillance hémodynamique et respiratoire.

 

Objectifs du coma artificiel :

-Assurer la sécurité du patient agité, ainsi que celle du personnel

-Faciliter les soins et garantir l'efficacité

-Optimiser les bénéfices de la ventilation mécanique en permettant l 'adaptation au respirateur

-Améliorer le confort du patient en luttant contre la douleur, l'anxiété et le manque de sommeil

-Réduire la réponse neuro endocrinienne au stress

 

Communication : c'est le moyen utilisé pour faire passer une information d'une personne à une autre. Elle a pour finalité ultime de permettre la transmission de messages de tout ordre dans leur intégralité (2). Les signaux de la transmission humaine s'expriment de différentes manières : parole, expression du visage, écriture, gestes, toucherÉ

Elle implique autant l'émetteur, ici le soignant, que le récepteur, soit le patient.

Lorsque l'on envoie un message on obtient une réponse : c'est le feed back. C'est donc ici que se pose la difficulté de la communication avec le patient dans le coma. En effet, le malade n'est pas capable de répondre ou s'il répond, il n'utilise pas les mêmes moyens de transmission que nous, soignants, donc, nous ne pouvons pas comprendre. Y-a-t-il communication ?

Oui car communiquer c'est aussi prendre conscience de l'existence de l'autre et par conséquent s'intéresser à lui. De plus, elle nous permet de rassurer le patient par notre présence ou encore de le stimuler afin de le faire réagir. L'absence de réponse ne signifie pas que l'information n'est pas perçue. La communication est peut être particulière mais elle existe réellement.

 

Communication verbale : nous envisageons la communication verbale c'est-à-dire l'utilisation de la voix, de la parole, des mots, d'une intonation afin de faire passer un message.

Il me paraît être le mode de communication le plus simple et le plus essentiel.

La parole nous permet de faire passer un message mais aussi un sentiment. C'est une enveloppe sonore qui tranquillise le patient. Cette communication peut se faire directement mais peut se faire aussi par l'intermédiaire d'une cassette. En effet, puisqu'il n'y a pas de réponse immédiate, les voix enregistrées font offices de communication. Ce moyen est surtout mis à disposition de la famille. L'intonation de la voix nous offre un panel important : stimulation, douceur, réconfortÉ

Enfin, la communication verbale est le seul mode de communication qui nous permet de replacer le patient dans le temps et par conséquent de lui donner des repères.

 

 

Différences entre coma artificiel et coma végétatif :

Il me paraît important de distinguer ces deux termes car, même s'ils plongent le patient dans une situation identique, des nuances existent et ont donc des répercussions sur la prise en charge.

Tout d'abord, comme il est clairement indiqué, le coma artificiel est provoqué. En effet le malade est plongé volontairement dans le coma. Le médecin utilise pour ce faire des médicaments et drogues. Dans le coma végétatif, le patient est dans le coma sans qu'il y est un recours préalable aux médicaments. Il est vrai, cependant, que l'on utilise parfois des moyens médicamenteux dés lors que le patient subit un désordre neurovégétatif. Ici, un coma thérapeutique vient amplifier le coma initial.

La prise en charge infirmière est donc différente : chez un patient en coma végétatif, l'infirmière doit surveiller la reprise de conscience alors que dans le coma artificiel, elle administre le traitement nécessaire à maintenir le malade dans le coma et surveille donc la survenue d'effets secondaires.

Ensuite, comme c'est le médecin qui plonge le patient dans le coma, lors d'un coma artificiel, on peut dire qu'il est contrôlé. On peut tout de même apporter une nuance sur le fait que parfois l'équipe médicale n'est pas dans la possibilité de réveiller le patient car son état clinique n'évolue pas favorablement.

Dire que le coma artificiel est contrôlé, c'est simplement affirmer que le médecin décide de placer le patient dans le coma mais c'est aussi lui qui décide la levée de sédation donc l'arrêt du coma. Cette différence est très importante à prendre en compte quant à la qualité de la communication établie avec le malade.

Il est plus aisé d'envisager une planification du contenu de la communication verbale dans le cas d'un coma artificiel car, on sait exactement quand les drogues ne feront plus effet et donc, on sait quand le patient va sortir du coma. Cela nous permet de préparer le malade à ce réveil par l'utilisation de la parole. Il nous est plus facile de contrôler la communication.

 

Selon moi, ce sont les deux grandes distinctions à prendre en compte pour effectuer ce travail.

Maintenant que les notions ont été définies, il est temps d'entrer dans le vif du sujet. Nous allons étudier, dans cette deuxième partie, comment la communication verbale avec le patient dans le coma est perçue par la société. J'entends par société, la population générale ainsi que les patients, les soignants et moi-même.

 

REPRESENTATIONS DE LA COMMUNICATION VERBALE AVEC LES PATIENTS DANS LE COMA

 

Selon la population générale :

Vous allez me dire, pourquoi s'intéresser à l'avis de la population générale ? En quoi a-t-elle sa place dans un sujet spécifique à un état de santé ?

 

Je me suis aperçue, en étudiant l'importance de la communication verbale chez les patients dans le coma, que de nombreux livres, films et feuilletons possèdent une scène où le héros est dans le coma et se réveille à la suite de paroles émises par un être cher. Cela m'a interpelé : si l'on en parle si souvent dans ces films ou autres, c'est que la population s'intéresse et est touchée par ce phénomène, qu'est le coma, malgré qu'il soit mal connu. Pense-t-elle vraiment que l'on peut se réveiller du coma grâce à la parole ? Selon la population générale est-il nécessaire de communiquer avec les comateux ?

 

J'ai donc voulu me rendre sur le terrain afin de voir ce qu'il en était. Après l'élaboration d'un court questionnaire, je me suis rendue compte que ce n'était pas un outil pertinent pour ce genre de population interrogée. En effet, les personnes n'osaient pas répondre aux questions de peur de se tromper. Se retrouvant devant une personne issue du milieu médical, ils se retrouvaient bloqués.

J'ai donc décidé d'agir autrement : lors de discussions avec des amis, proches, ou toute autre personne, j'ai introduit le sujet du coma et le fait qu'il fallait parler à ces patients. A aucun moment je ne leur ai dit que j'étudiais ce thème.

J'ai été stupéfaite de voir que chacun avait son avis et que ceux-ci étaient souvent semblables. Une infime partie pense qu'il n'est pas nécessaire de leur parler et une autre infime partie pense, au contraire, que c'est très important car ils ont entendu que certains malades se sont réveillés grâce à cette communication.

Pour la majorité d'entre eux, le " mystère " reste réel. Ils ne savent pas si la personne dans le coma entend mais ils pensent qu'il faut lui parler car sait-on jamais !

 

Ce sujet fait parler tout le monde car pour le moment aucune réponse n'a été apportée sur le fait que parler aux patients dans le coma peut leur permettre de se réveiller. Mais je n'ai toujours pas répondu à votre question sur l'intérêt de demander l'avis à la population générale.

 

En fait, c'est essentiel car cette population représente les futurs patients que l'on aura à prendre en charge mais aussi et surtout les futures familles de nos patients. Connaître la représentation de la population générale sur l'importance ou non de communiquer avec les patients dans le coma, va nous permettre d'établir une relation de qualité avec la famille. Cela nous permet d'avoir une base de travail pour la prise en charge infirmière de la famille. Le fait de savoir que pour la famille il est important de communiquer va nous offrir l'occasion d'aller au devant d'elle et lui proposer de parler à leur proche plongé dans le coma.

 

Selon les patients eux-mêmes :

Je voulais savoir si les patients sortis du coma se souvenaient de la réanimation mais surtout des mots, des paroles et des voix entendues alors qu'ils étaient inconscients. Je dois admettre que je n'ai pas réussi à obtenir ce genre de témoignage. La plupart évoque le coma comme un trou noir mais cependant, certains éléments et anecdotes me font penser que cette communication verbale est perçue par le comateux et qu'elle a son importance.

 

Tout d'abord, on peut dire que le patient perçoit le soignant à travers deux facettes paradoxales : il est le sauveur mais aussi le persécuteur.

Le malade voit l'équipe soignante comme un sauveur car il dépend complètement d'elle. Il se rend compte qu'il ne peut rien faire ni même survivre sans elle. Ph. LABRO dans son livre " la traversée " évoque parfaitement ce sentiment. Il évoque les infirmières comme étant " les femmes les plus importantes de sa vie ". J'ai trouvé intéressant ici, de citer quelques extraits de ce livre qui parlent d'eux-mêmes : " J'ai besoin de ces femmes comme je n'ai jamais eu besoin de personneÉ ", " Je sens que ma vie repose entre leurs mains, que ma vie dépend de leur vieÉ " (3)

Paradoxalement, même si le patient est conscient du rôle de sauveur du soignant, il sait " que sa vie à sauver peut aussi ne pas l'être et que le soignant a toute puissance de vouloir ou pouvoir conserver la vie de l'autre " (5). Le milieu de la réanimation est donc vécu comme un milieu concentrationnaire où le soignant est perçu comme étant le persécuteur. Les soins sont ressentis comme des tortures et les patients en font des cauchemars et ceci même après être sortis du coma. Par exemple, il n'est pas rare que certains d'entre eux évoquent un cauchemar où on leur enfonce des poignards dans le corps (ces poignards étant, après étude analytique, les injections et prélèvements sanguins réalisés quotidiennement en réanimation) . Des études ont démontré que le fait d'expliquer chaque soin au patient avant de l'effectuer réduirait considérablement ces cauchemars.

 

Certains se souviennent de quelques éléments : ils se sont vus planer au-dessus de leur lit ou bien certains se souviennent des bruits des appareils utilisés en réanimation tel que le respirateur ou le saturomètre.

 

Enfin, une étude d'équipes de réanimation qui travaillent sur les approches psychologiques et comportementales, met en avant le fait que parfois le patient trouve au sein de l'équipe soignante un interlocuteur " préféré " lorsqu'il est dans le coma (4). Les raisons des préférences dépendent de chacun mais sont en relation avec les sons. Cela peut être une voix ou le bruit d'une démarche mais elles peuvent être encore plus subtiles que cela. C'est à cette personne " préférée " qu'un signe sera adressé.

Une infirmière m'a relaté une anecdote : un patient dans le coma a ouvert ses yeux en sa présence, elle a prévenu le médecin mais le patient n'a pas répondu aux stimulations de celui-ci. Pourtant à chaque fois qu'elle était seule avec le patient il ouvrait les yeux à ses stimulations. Ce n'est que trois jours plus tard qu'il s'est décidé à faire un signe à sa compagne.

 

 

Au sein de l'équipe soignante en réanimation :

J'ai eu l'occasion lors de mes stages en réanimation d' être en contact avec l'équipe soignante et d'observer sa manière de communiquer avec le patient. Que ce soit les agents de services hospitaliers, les aides soignantes, les infirmières ou les médecins, chacun porte un intérêt à la communication verbale avec les patients dans le coma.

 

Le degré d'intérêt dépend de nos valeurs personnelles en premier lieu. Ce qui différencie les soignants de la population est d'abord le fait qu'ils sont en contact quotidiennement avec les patients dans le coma.

Il n 'est pas toujours évident de prendre en charge ce type de malades inanimés et sans expression de vie si ce n'est ce thorax qui bouge grâce au respirateur. Il faut pourtant établir une relation soignant-soigné et celle-ci se fait en premier lieu par l'intermédiaire de la parole.

 

Le besoin de communiquer pour le soignant est la cause déclenchante de la communication avec le sujet inconscient. C'est un besoin fondamental pour le soignant afin de se préserver, de s'épanouir dans un service difficile où la mort plane continuellement et d'optimiser ses conditions de travail. La communication verbale avec le patient permet de réveiller la vie là où elle est quelque peu oubliée. La communication avec autrui se fait dans tous les domaines de la vie et elle doit aussi se faire au niveau de son travail. Continuer à parler aux patients dans le coma encourage les soignants à ne pas baisser les bras car, plus que d'autres, ils doivent croire à la vie et à la valeur de leurs gestes.

 

De plus, il est important de communiquer avec ce patient car derrière cette personne inerte entourée de machines qui font du bruit se cache un être humain à part entière.

Le comateux est un être humain qui doit inspirer autant de respect qu'un malade conscient. De toute façon, en tant que soignant nous sommes obligés de respecter les lois d'éthique de notre profession ainsi que le décret du 15 mars 1993 relatif aux actes professionnels et à l'exercice de la profession d'infirmier (1). Une loi concernant le patient dans le coma a été émise par le Comité Consultatif National d'Ethique (CCNE) : " Le patient en état végétatif est un être humain à part entière, il n'est ni mort, ni mourant. ". En plus de cette loi, l'article 1er du décret stipule bien que les soins infirmiers ont pour objet : " de protéger, maintenir, restaurer et promouvoir la santé des personnes ou l'autonomie de leurs fonctions vitales physiques et psychiques, en tenant compte de la personnalité de chacune d'elles, dans ses composantes psychologique, sociale, économique et culturelle. ". L'infirmier doit donc tenir compte de la personnalité donc de l'humanité du patient dans le coma.

Donc, si l'on souhaite considérer les patients dans le coma comme des personnes il faut établir une relation avec eux et, ceci se fait par le biais de la communication.

 

Ensuite, les soignants savent que la communication est perçue par le patient dans le coma et que celle ci va lui permettre d'avoir un réveil moins brutal.

Divers colloques et témoignages récents ont motivé la complexité de la vie psychique des malades lors des réveils de coma et ont insisté sur l'importance du maintien de la vie relationnelle autour du malade pendant le coma.(6)

L'équipe soignante utilise comme outil de communication principal la parole. Elle est utilisée pour apaiser le patient mais aussi pour éviter une rupture trop traumatisante avec le conscient, c'est à dire le quotidien.

 

Enfin, l'importance que l'équipe soignante porte à la communication, chez le comateux, est également conditionnée par le vécu professionnel de celle-ci.

Certains ont été témoins de phénomènes inexplicables par la médecine. Certains patients dont les médecins n'avaient aucun espoir à la vue de leur scanner cérébral se sont réveillés rapidement et sans séquelles majeures. Pourquoi ?

Aucune preuve scientifique ne peut l'expliquer actuellement. J'ai voulu alors connaître l'avis des médecins sur ce genre de " miracle ". Ils m'ont alors affirmé que la médecine était très humble devant le cerveau qui est encore très mal connu.

Selon eux, la communication avec un patient peut être, comme on ne sait rien, une cause déclenchante d'un mieux être chez le patient dans le coma. Pour cette raison et bien d'autres, ils stimulent l'équipe et la famille à parler aux comateux.

J'ai tenu ici à citer une phrase que m'a dite un médecin anesthésiste : " On ne sait pas si ils entendent mais, on sait que leur parler ne peut pas leur faire de mal ".

En plus de ces phénomènes étranges, les soignants sont témoins régulièrement du changement de comportement des patients dans le coma lorsqu'ils essayent de communiquer. Certains sont plus agités ou plus calmes, d'autres ont la tension artérielle qui augmente, d'autres ont des larmes qui coulent dès lors que l'on s'adresse à eux. Manifestations végétatives ou tentatives de communication ?

En fait ces signes fugaces de communication repérés sont aujourd'hui interprétés par de nombreuses équipes de réanimation comme étant révélateurs de l'existence d'une vie psychique inconsciente du patient dans le coma.(6)

 

Pour finir, je souhaite évoquer une divergence d'opinion entre quelques infirmières que j'ai rencontré et des médecins anesthésistes avec qui j'ai pu converser.

En effet, les infirmières pensent qu'il est bien moins utile de parler aux patients dans le coma artificiel car ceux- ci ne pouvaient en aucun cas entendre à cause des drogues utilisées pour le maintenir dans le coma.

Contrairement à cette opinion, les médecins pensent qu'il est tout aussi nécessaire de parler aux patients dans le coma artificiel qu'à ceux dans le coma végétatif.

J'ai voulu relater cette différence de point de vue qui est due, selon moi à un manque de connaissance de ces infirmières .Cela me paraît très étonnant qu'au sein de la même équipe une information si importante ne soit pas transmise à toute l'équipe.

 

Selon moi :

C'est simple, selon moi la communication verbale avec le patient dans le coma est essentielle pour le malade mais aussi pour les soignants.

Etant moi-même très bavarde, je ne peux pas concevoir un endroit où la parole est absente. C'est un besoin pour moi et c'est un grand manque lorsque je me retrouve seule. On a besoin pour grandir et s'enrichir de communiquer avec les autres. Imaginez la détresse des patients dans le coma qui ne peuvent pas s'exprimer !

 

En réanimation, il est vrai que la communication passe après l'urgence des soins mais elle existe réellement. Personnellement, parler aux patients inconscients c'est reconnaître la personne en face de moi comme semblable à moi-même et croire en mon travail.

En réanimation, on lutte contre la mort et le fait de parler avec les comateux nous permet de ne pas se décourager. Le jour où je ne parlerai plus avec eux, il sera alors temps pour moi de changer de service car, si la volonté de se battre n'est plus là, on n'est plus efficace. Bien sûr que le fait de communiquer avec les patients dans le coma ne fait pas pour autant de nous une bonne infirmière mais, je pense que ne pas communiquer avec eux fait de nous une mauvaise infirmière.

Vous allez peut être me trouver un peu trop dure mais, parler aux patients dans le coma fait partie intégrante du rôle infirmier en réanimation. En effet, les soignants sont les seuls liens, avec la famille parfois , qui permettent au patient de ne pas se couper de la réalité.

Il faut savoir que le patient se trouve dans une souffrance extrême : il se retrouve seul dans un lieu inconnu, entouré de machines bruyantes, il souffre et, en plus de cela, il ne peut pas exprimer ses désirs, besoins et sentiments. Il a besoin de repères, de réconfort et d'explications et seule la communication verbale peut apporter tous ces besoins.

Il est indéniable que le réveil du patient se passe d'autant mieux lorsqu'il a été entouré et épaulé dans cette épreuve difficile.

 

Relativisons tout de même l'effet de la parole sur l'organisme, le patient ne va pas se sortir d'affaire simplement parce qu'on lui aura parlé.

La technique est très importante en réanimation pour maintenir le patient en vie et donc lui permettre de se réveiller.

Je ne prône pas le pouvoir absolu de la communication verbale dans les cas de coma mais, plutôt la complémentarité technique-relationnel. Contrairement aux idées reçues, la technique n'est pas opposée au relationnel, ils sont complémentaires pour une prise en charge globale et optimale du patient.

 

Dans cette deuxième partie, nous avons donc vu comment la société se représente la communication verbale avec les patients dans le coma. En plus des soignants, la population générale pense qu'il faut parler car peut êtreÉ

 

Dans cette dernière partie, nous allons démontrer que la communication verbale avec le patient et sa famille est un rôle infirmier à part entière. Ensuite, nous essayerons de proposer des moyens afin que cette communication soit optimale dans un service de réanimation. Pour finir, nous définirons les limites de la communication verbale chez les patients dans le coma.

 

 

PLACE DE LA COMMUNICATION VERBALE DANS LES SOINS INFIRMIERS

 

Rôle infirmier par rapport aux patients :

En réanimation, l'urgence vitale fait partie du quotidien infirmier. L'urgence engendre une augmentation des soins techniques et réduit les soins relationnels. Mais, lorsque l'urgence se fait moins présente, des liens se créent avec le malade et une relation peut s'établir. Donc, à partir de ce moment, la communication se fait au même titre que les soins techniques. Technique et relationnel ne sont pas antagonistes mais complémentaires : la technique permet de maintenir les fonctions vitales et l'amélioration de l'état du patient et, la communication maintient le lien entre le patient et son environnement afin de faciliter son réveil. C'est pourquoi, la communication verbale fait partie intégrante des soins chez le patient dans le coma en réanimation.

 

De plus, le coma et la réanimation constituent un traumatisme dans la mesure où le patient ne peut s'y inclure directement. Nous pouvons provoquer des effets pathogènes durables . Par ailleurs, l'amnésie du coma ne signifie aucunement qu'il n'en reste pas de traces psychiques. Refoulé, il continu à produire ses effets sur le psychisme de l'individu et même, chez les malades, qui en apparence, s'en sont bien sortis. C'est donc pour toutes ces raisons que la relation avec le patient dans le coma doit être la meilleure possible.

 

La communication fait partie du rôle propre infirmier mais, s'inclut dans une prise en charge thérapeutique. Elle s'effectue la plupart du temps lors des soins. En effet, le comateux est complètement dépendant et l'infirmière est très souvent présente dans la chambre pour effectuer les soins.

 

Cependant, dans mon travail, je tiens à distinguer la prise en charge de la communication verbale lors des soins de nursing et celle lors des soins techniques.

J'appelle par soins de nursing, la toilette, les changes, les effleuragesÉ

Ici, différents buts sont à atteindre grâce à l'utilisation de la parole.

Le premier but est, d 'abord, apaiser le patient. Pour ce faire, l'infirmière est plus maternelle et utilisera une voix douce et posée. Elle explique au patient ce qu'elle va lui faire mais elle le fait lentement et calmement. Le ton de sa voix est alors amical et réconfortant . Pour accompagner cette douce voix, l'infirmière effectue des gestes lents et doux. Ici, la communication verbale se mélange à un autre mode de communication pour potentialiser son effet apaisant.

Enfin un autre but reste à atteindre : c'est maintenir le patient dans le quotidien donc le réel. L'infirmière ou toute personne entrant dans la chambre doit se présenter et situer la période de la journée(matin, midi, soir, nuit). De plus, il est intéressant pour le patient, d'établir, lors des soins effectués à deux, une communication intra collègue. Les soignants parlent de choses et autres, qui n'ont pas forcément de rapport avec la réanimation. Cette communication qui s'établit au-dessus du patient permet à celui-ci d'être en contact réel avec le conscient et la vie quotidienne. Cela prouve qu'il y a une vie en dehors de la réanimation. J'ai voulu illustrer mes propos par un court extrait du livre " la traversée " de Ph. Labro : " Elles se permettaient de vivre une vie au sein de laquelle il n'était pas le facteur le plus important. " La parole de l'infirmière constitue pour le patient un lien, une passerelle avec le monde conscient.

 

Lors des soins techniques, l'infirmière doit aussi communiquer avec le patient dans le coma. Ils sont très nombreux en service de réanimation et l'infirmière est une grande technicienne. Les soins pratiqués sont souvent douloureux, imprévisibles et envahissent le corps du patient sans qu'il ne puisse donner son accord. L'infirmière doit donc lui parler et lui expliquer la nécessité des gestes qu'elle prodigue. Elle doit aussi nommer les parties du corps qu'elle touche pendant le soin. La parole constitue un repère pour la reconstruction progressive de l'image du corps du comateux.

Pendant ses soins techniques, l'infirmière doit empreinter un ton professionnel et sûr. Sa voix est plus forte et elle articule plus afin que le patient comprenne ce que l'on va lui faire et que ce geste n'est pas sans conséquence (douleurs, atteinte de la pudeur, embêtementsÉ).

Le but, ici, de l'utilisation de la parole est de diminuer l'anxiété, prévenir la douleur et éviter de trop gros traumatismes psychiques (cauchemars) . Donc, le soignant doit expliquer les soins qu'il va réaliser et le but de chacun d'entre eux. Après, l'infirmière rassure le patient en lui disant que c'est terminé pour le moment et qu'elle va le laisser se reposer. Ici, elle reprend une voix douce et protectrice.

 

Lors de tout soin, l'infirmière doit toujours repérer le moindre signe de communication s'il existe : mouvement de tête, des yeux, des lèvres, mimiquesÉ

 

Ici, la parole est utilisée en plus des soins mais, il en existe un où la parole est le maitre mot.

C'est pourquoi, l'infirmière évalue l'état de conscience par l'utilisation du score de Glasgow régulièrement. L'outil utilisé pour l'évaluation du score de Glasgow est la parole. Ce soin consiste à stimuler le patient afin d'évaluer ses réponses motrices, verbales et l'ouverture de ses yeux. Il faut savoir que c'est l'un des rôles primordiaux infirmier dans la prise en charge du coma végétatif.

L'infirmière doit, lors de la réalisation du score de Glasgow, parler très fort et bien articuler. Il faut insister et répéter plusieurs fois afin de se faire entendre par le patient. Ici, l'infirmière laisse son rôle de maternage de coté pour devenir quelqu'un qui agresse, bouscule afin de faire réagir le malade.

Cette évaluation de la conscience (Glasgow) se fait plusieurs fois dans la journée selon la prescription médicale. Elle est réalisée au moins douze fois par jour. Si l'infirmière décèle le moindre changement, elle doit le noter dans le dossier de soin et en référer au médecin. La vigilance doit être optimale lors de chaque évaluation même si l'état du patient est stationnaire depuis longtemps.

 

Il me paraît aussi important de distinguer une phase du coma où la communication devient différente avec le patient. C'est le début de la phase d'éveil.

Cette phase commence dés lors qu'il y a un changement significatif lors de l'évaluation de l'état de conscience ou lorsque le médecin prescrit la levée de sédation dans le coma artificiel. La communication verbale devient alors bien différente. A partir de ce moment, il ne suffit plus de dire bonjour, de parler du jour ou de la nuit et se présenter.

Il faut replacer le patient dans son contexte afin que le réveil ne soit pas trop brutal. Il faut tous les jours donner la date précise du jour, la saison, le moment de la journée et où il se trouve.

Ensuite, on va lui expliquer les circonstances pour lesquelles il est en réanimation, son état de santé et tout le matériel qui l'entoure et qui fait tant de bruit. Toutes ces explications sont répétées plusieurs fois dans la journée.

A la suite de ces explications, il est nécessaire de rassurer le patient en lui disant qu'il est entre les mains de la médecine, que l'on s'occupe de lui et que l'on reste à proximité de sa chambre. A ce moment là, il faut utiliser une voix rassurante.

C'est la période la plus dure à vivre et la plus traumatisante pour le patient. Imaginez, il n'y a rien de plus angoissant que de se retrouver attaché, éclairé en permanence par une lumière crue, menacé par des gestes douloureux et imprévisibles, soumis à un décor bruyant et tout cela sans savoir pourquoi et où l'on est. L'infirmière doit être très disponible et présente auprès du patient.

 

Nous venons donc de voir quels sont les soins infirmiers par rapport à la communication verbale auprès d'un patient dans le coma. Mais, l'équipe soignante n'a pas que lui à prendre en charge, il y a aussi la famille de ce malade qui se trouve bien souvent désarmée. La communication verbale a là aussi son importance.

 

 

Rôle infirmier par rapport à la famille du patient :

La survenue du coma est brutale. En cas d'accident, cela touche une personne en bonne santé, souvent jeune et pleine de vitalité. On peut donc imaginer l'effet dévastateur que produit l'état du patient ainsi que la quantité de machines qui l'entourent sur la famille de celui-ci. L'entourage du patient se trouve alors confronté à un monde inconnu et hostile : la réanimation où la mort est présente à chaque instant. (7)

 

C'est alors que le personnel soignant doit être très présent et disponible pour aider cette famille qui ne réalise pas toujours ce qu'il se passe.

En général, le médecin accueille la famille en présence d'une infirmière.

Puis, celle-ci reprend les informations données par le médecin en des termes plus simples et répond aux questions de la famille. Avant de la faire rentrer dans la chambre du patient, l'infirmière explique dans quel état il se trouve et toutes les machines et matériels qui l'entourent. Cela est très important et il ne faut en aucun cas laisser entrer une famille sans l'avoir prévenue au préalable de l 'état de leur proche car, cela provoque un grand traumatisme.

 

Ensuite, l'infirmière accompagne la famille au chevet de leur proche et reste quelques minutes afin de répondre aux questions. A la suite de ces quelques minutes, l'infirmière laisse la famille tout en lui disant qu'elle reste disponible mais, garde un Ïil sur la chambre. Au départ de la famille, l'infirmière l'accompagne à la sortie et lui dit qu'elle peut appeler quand elle le souhaite de jour comme de nuit. Lors de chaque visite, l'infirmière accompagne et raccompagne la famille.

 

Au bout de quelques jours, l'infirmière sert d'intermédiaire entre le patient et sa famille lorsqu'elle s'aperçoit que celle-ci n'arrive pas à entrer en contact avec son proche. Sans forcer la famille, elle va l'encourager à communiquer avec le patient par des mots ou des gestes. Il faut dire à la famille qu'elle peut parler de ce qu'elle veut. Il faut tout de même lui dire que l'on ne sait pas s'il entend mais que si c'est le cas, il serait sûrement rassuré d'entendre une voix qui lui est connue.

 

Enfin, après la phase aiguë, il va falloir faire comprendre à la famille l'intérêt d'un travail d'équipe entre soignants et elle en ce qui concerne la communication. Le travail avec elle se fait progressivement.

L'infirmière explique que la rupture avec son milieu de vie peut provoquer un sentiment d'anxiété et d 'angoisse chez le patient et par conséquent que la famille a un grand rôle à jouer dans le soutien moral et le maintien de l'identité du patient.

L'équipe soignante va proposer à la famille d'enregistrer des voix de personnes proches, par exemple des enfants qui sont trop jeunes pour entrer en réanimation, du patient sur cassettes afin qu'on puisse lui passer dans sa chambre.

L'infirmière va demander à la famille de parler à leur proche dans le coma du quotidien afin que la rupture avec le conscient ne soit pas trop traumatisante. Il faut tenter d'entraîner la famille dans le mouvement relationnel et de communication créé avec le malade. La famille fait entrer l'extérieur de l'hôpital dans leur discours. Derrière un monologue apparent, un dialogue s'installe.

 

Cependant, l'absence de réponse et la durée du coma peuvent décourager la famille. La confrontation, pendant plusieurs semaines, à un malade qui paraît " sans désirs " et avec qui la communication habituelle reste impossible devient insoutenable par la famille.

Dans ce cas là, l'équipe soignante doit entourer la famille par sa présence et son écoute. Si l'infirmière pense que l'état d'un membre de la famille est inquiétant, elle peut lui conseiller l'aide d'un professionnel (psychiatre ou psychologue).

 

 

Maintenant que nous avons vu le rôle infirmier par rapport aux patients et à leur famille, nous allons essayer d'élaborer une proposition quant à la prise en charge de la communication verbale chez le malade dans le coma dans un service de réanimation.

 

Comment faire de la communication verbale un soin à part entière ?

Je n'ai pas la pertinence d'affirmer avoir trouvé les moyens suffisants pour que la communication verbale soit optimale mais, je pense avoir quelques petites précisions à apporter quant à la prise en charge infirmière.

 

Tout d'abord, il me paraît nécessaire que la communication verbale avec le patient dans le coma, fasse partie d'un travail d'équipe. Il est vrai qu'une grande part personnelle amène le soignant à parler plus ou moins aux patients mais il faut une trame à suivre et ceci se fait en équipe. La prise en charge d'un patient dans le coma n'est pas évidente et, il faut pouvoir partager avec les autres membres de l'équipe.

Pour ce faire, je pense qu'il serait souhaitable d'organiser régulièrement, selon les disponibilités du service, des réunions où le personnel soignant pourrait énoncer les difficultés qu'il ressent dans la relation avec tel ou tel patient. Il serait souhaitable que ces réunions soient animées par un psychologue extérieur au service afin qu'il aide et soutienne l'équipe. En fait, ce qu'il faut, c'est un lieu d'expression.

Je me permets de faire cette proposition car, j'ai pu observer, lors de mes stages en réanimation, que certains membres du personnel se trouvaient dépasser face à certaines situations et, plutôt que d'en parler, ils se renfermaient sur eux.

De plus, je pense que ce genre de réunion permettrait une cohésion de groupe bien meilleure. En effet, cela éviterait peut être les non dits et les quiproquos. Cette cohésion est essentielle pour le patient dans le coma car celui-ci la ressent.

 

Ensuite, afin que ce travail d'équipe soit optimal, il faut que la communication verbale avec le patient s'inscrive dans la planification des soins. Cependant, je pense qu'elle ne doit entrer dans la planification qu'à partir d'un certain moment. Je définis ce moment comme étant celui où le patient entame sa phase de réveil (levée de sédation ou évolution du score de Glasgow). A partir de cet instant, la communication avec le patient devient importante et parfois même prioritaire.

Lors de mes stages en réanimation, j'ai remarqué que ce travail était fait mais sans consultation d'équipe. C'est pourquoi, je souhaite incorporer la communication dans la planification des soins afin, qu'elle fasse partie des transmissions orales et écrites à chaque changement de poste.

Il faut travailler de façon à ce que le réveil se passe dans les meilleures conditions et que le patient reprenne le plus vite ses repères dans le conscient. En ce qui concerne le coma artificiel, il sera plus aisé d'établir cette prise en charge dans le temps puisque l'on sait quand les drogues ne feront plus effet. Pour le coma végétatif, la durée de cette phase est plus aléatoire et ne permet pas une prise en charge temporelle. Il est important de savoir qu'un patient dans le coma végétatif sortira de la réanimation dés lors qu'il sera sevré du respirateur et ne sera pas forcément réveillé. Par contre, dans un coma artificiel, le patient se réveillera en réanimation. Donc, dés que le patient est en phase de réveil, l'infirmière doit le noter dans le dossier de soins mais aussi noter les signes que le patient a tenté de faire pour communiquer si il y en a.

De plus, l'infirmière va mettre en place des actions qui auront pour objectif d'amener progressivement le malade à prendre part à la réalité.

A partir de ce moment, la communication verbale devient une obligation de soin. Les soignants qui entrent dans la chambre doivent se présenter, donner l'heure, préciser pourquoi ils sont là et dire au patient où il se trouve et dans quel hôpital. Cependant, il n'est pas nécessaire de répéter tout cela dans la journée. L'infirmière le fait lorsqu'elle prend son poste. Par contre, elle doit se présenter et dire ce qu'elle va faire à chaque fois qu'elle entre dans la chambre.

Il faut aussi expliquer à la famille qu'elle doit plus que jamais parler longuement avec le patient du quotidien et de la vie de famille. Le soignant va demander à la famille de travailler en commun avec l'équipe soignante. L'infirmière va solliciter les proches du patient afin d'obtenir des anecdotes, passions ou souvenirs le concernant. Ces informations permettront à l'équipe de les intégrer dans son dialogue avec le malade ce qui va privilégier la relation. On va aussi proposer à la famille de créer un univers apprécié par le patient avant qu'il ne soit dans le coma. Cet environnement peut être construit à partir de musique, photos, bibelots ou parfum par exemple. Le but est de créer un espace reconnu par le patient.

Dans le dossier infirmier, l'infirmière va retranscrire dans la rubrique communication, ce qu'elle a dit au patient, ce qu'elle a mis en place pour favoriser la communication et l'implication de la famille. Lors des transmissions, il ne faut pas oublier d'en parler et préciser sur quel domaine il faut encore travailler.

Ce n'est qu'au bout de plusieurs jours, et pas avant car cela est inutile, que l'infirmière va commencer à relater au patient pourquoi il se trouve dans le coma tout en continuant à le replacer dans le réel (date, heureÉ). Il faut aussi lui expliquer son état actuel et tout le matériel qui l'entoure et fait du bruit. L'infirmière doit à tout moment de l'explication dépister tout signe d'essai de communication ou émotion ( larmes, augmentation de la tension artérielleÉ).

Ensuite, elle va noter dans le dossier de soins qu'elle a parlé pour la première fois des circonstances du coma et inscrire le moindre détail sur le comportement du patient détecté lors de l'annonce. Si un mode de communication a été établi avec le malade, par exemple l'ouverture des yeux, elle doit le noter dans le dossier de soins afin qu'il soit utilisé par tous les membres de l'équipe.

A chaque visite de la famille il faut faire le point sur l'évolution de la communication. L'infirmière demande à la famille si elle a perçu un signe et si ce n'est pas le cas, elle doit l' encourager à continuer. Cette prise en charge au niveau de la communication se poursuit jusqu'à la sortie du patient de la réanimation.

Considérer la communication verbale comme un soin permet d'être plus rigoureux donc plus pertinent et compétent.

 

En outre, de part ma difficulté personnelle à entrer en relation avec le comateux, je me suis dit que je ne devais pas être la seule et qu'il fallait remédier à ce problème.

Je pense qu'un travail d'approche avec le patient dans le coma doit être effectué dés lors qu'un nouveau professionnel arrive dans l'équipe de réanimation.

Je ne suis pas apte à dire qui doit faire cette approche mais, elle doit être faite systématiquement et quelque soit le poste de travail occupé pourvu qu'il soit en contact avec le patient. Cette approche est aussi importante pour le patient que pour le soignant. Oui, je parle du patient car la perte de son identité sociale et l'impossibilité d'avoir une communication verbale de réciprocité ne doivent en aucun cas influer sur la qualité des soins. Cette information doit être faite rapidement après l'arrivée de ce nouveau membre de l'équipe.

Tout d'abord, la personne qui effectuera l'approche, rappellera les lois d'éthique et l'article 1er du décret infirmier du 15 mars 1993 (1) quant à l'existence d'un être humain derrière ce corps inerte.

Ensuite, elle devra devancer les réponses aux questions même si parfois il n'y a pas de réponse : Est-ce qu'il dort ? Il dort ,mais peut-on le réveiller ? Si il se réveille sera &endash;t-il comme avant ? Sa personnalité existe&endash;t-elle encore ? Est-ce qu'elle dort aussi ? Sera &endash;t-elle modifiée au réveil ? C'est ce genre de flot de questions que se pose tout professionnel de santé quand, pour la première fois, il aborde un patient dans le coma.

Par la suite, la personne faisant cette information demandera si le nouveau soignant se pose d'autres questions ou éprouve des difficultés.

Enfin, cela peut être un moment où l'on pourra préciser que la communication est aussi importante avec les patients dans le coma artificiel que végétatif. Je tiens à inclure cette affirmation car, comme j'en ai parlé antérieurement, certains soignants pensent que c'est moins utile de parler aux patients dans le coma artificiel.

 

 

J'ai donc, ici, tenté d'exposer une proposition. Cependant, je tiens à ajouter que la communication verbale avec le patient existe aujourd'hui réellement dans les services de réanimation. Maintenant, nous allons voir les limites de la communication verbale.

 

Les limites de la communication verbale :

Tout d'abord, je tiens à relativiser l'effet de la parole sur l'état du patient dans le coma. Il ne suffit en aucun cas de parler avec le patient pour que celui-ci se réveille et redevienne comme avant. Le fait de parler au patient ne le guérit pas mais l'aide à se réveiller plus sereinement. La communication verbale doit toujours être associée aux soins techniques essentiels à la survie du patient.

 

De plus, la charge de travail est telle en réanimation que parfois l'infirmière ne dispose pas assez de temps pour établir une communication comme nous avons pu le voir auparavant.

 

Ensuite, il y a une autre limite à la communication verbale qui peut paraître évidente mais qu'il faut quand même évoquer. C'est le fait d'être en contact avec un patient dans le coma malentendant.

Ici, aucun message ne peut être transmis au patient par la parole. Par contre, la parole n'est pas exclue si cela permet au soignant de se sentir mieux dans la relation avec le patient. Dans cette situation, c'est ennuyant que la parole ne soit pas perçue car aucun autre mode de communication ne peut prévenir le patient de son état, du lieu où il se trouve et des circonstances de son coma. Le réveil est alors très brutal et traumatisant. Il est donc indispensable d'utiliser un autre mode de communication. On utilise préférentiellement le toucher qui possède des propriétés semblables à la parole. En effet, le toucher permet le réconfort et la douceur.

Le problème se pose aussi lorsque l'on doit prendre en charge des patients de langue étrangère. Cependant, des messages peuvent quand même être passés. En effet, on utilise l'intonation de la voix afin de stimuler, apaiser ou réconforter le patient. De plus, si ce patient a de la famille, on essaie de lui faire comprendre qu'il serait intéressant d'amener des cassettes avec l'enregistrement de leurs voix. Malgré tout, il faut tout de même palier au déficit du langage par un autre mode de communication.

 

Enfin, malgré toutes les propriétés de la parole, elle ne reste pas l'unique mode de communication. Même si à mon avis elle ne peut être remplacée, elle peut être complétée par le biais de ces autres moyens afin d'apporter le maximum de bien être au patient dans le coma. La clef de la prise en charge optimale est la stimulation des sens.

Tout d'abord, on peut utiliser la vue . Les soignants doivent avoir un sens aigu de l'observation de par le fait que toute expression du corps du malade peut être une réponse à leurs stimulations ( mimiques, crispation, détente, larmes). Ici, on ne stimule pas la vue du patient mais, notre propre vue.

Ensuite, on peut stimuler l'ouïe du malade. Les soignants vont utiliser différents moyens tels que des disques compacts, des cassettes ou la radio. Le but de la musique est d'apaiser le patient et le replacer dans un contexte quotidien qu'il apprécie. La radio lui permet de se reconstruire temporellement grâce à la reproduction périodique des informations.

Et puis, pendant la toilette ou les changes, nous pouvons stimuler l'odorat par l'utilisation de produits dont la personne dans le coma peut reconnaître l'odeur (son parfum, celui de sa femme ou de ces enfants). La reconnaissance des odeurs l'aide dans sa reconstruction également.

Enfin, le dernier mode de communication est le toucher. Il reste un moyen de communication essentiel. Il permet au patient de reprendre conscience de son corps ce que ne permet pas le langage. Le but est de restructurer le malade par la redécouverte du schéma corporel. Le soignant effectue des caresses des téguments profondes et dirige la main du patient afin que celui-ci effectue une auto-exploration. On utilise le toucher surtout lors des soins de nursing. De plus, il peut être pratiqué dans un autre but : la relaxation du patient. Le soignant effectue un massage réflexologique afin de détendre complètement le patient. Il consiste en un massage des pieds ou des mains d'une durée de vingt minutes. Par ce biais, on stimule tous les organes. Ce massage peut être effectué à tous les moments de la journée mais surtout si le patient est agité ou instable.

 

 

 

CONCLUSION

 

J'ai émis des objectifs pour ce travail à partir de mes valeurs personnelles et ma courte expérience professionnelle en réanimation.

Je n'avais pas assez de recul professionnel pour construire mon travail donc, pour valider ces objectifs, il m'a fallu puiser dans diverses sources d'information. En effet, ma seule expérience n'aurait pas suffi pour appréhender l'intérêt de la communication verbale dans la prise en charge du patient dans le coma.

Au cours de cette recherche, il a été démontré que la nécessité de communiquer avec le patient constitue une préoccupation majeure dans le traitement du patient dans le coma. Cela prouve donc, que la communication a un impact positif sur l'évolution de celui-ci.

Cette nécessité est ressentie par toute l'équipe soignante. Celle-ci doit entraîner la famille dans sa relation avec le patient. La famille est prête à s'impliquer mais il faut lui en donner les moyens.

Ce travail n'est pas l'apologie de la communication verbale, mais il relate simplement l'une des vertus de la parole si facile d'utilisation. La parole est un outil donné à tous et utilisé quotidiennement, il est donc aisé de s'en servir pour entrer en relation avec le malade comateux.

Mes objectifs ont donc pu être atteints avec plus ou moins de précision, cependant, j'éprouve tout de même un regret quant à la l'élaboration de cet écrit. J'aurais souhaité rencontrer des patients sortis du coma afin de mieux comprendre et me rendre compte de ce qu'est le coma vécu de l'intérieur. Cela n'a pas pu être possible car peu de patients gardent un contact avec le service de réanimation après y être sortis, au grand regret des soignants. Cette période de leur vie représente un traumatisme tel qu'ils préfèrent l'occulter.

Donc, Communiquer avec le patient dans le coma, c'est l'aider afin que son passage dans le coma et en réanimation ne soit pas trop traumatisant pour sa vie future. Je parle ici également du service de réanimation qui est aussi perçu comme étant traumatisant en raison de ces bruits incessants, cette lumière permanente et la mort qui plane sans cesse au-dessus. Le service de réanimation constitue donc aussi une épreuve difficile pour les patients qui ne sont pas dans le coma. Malgré qu'ils soient conscients, ces patients ont besoin de réconfort et d'une relation de confiance avec le personnel soignant.

 

 

BIBLIOGRAPHIE

 

1. Décret n. 93-345 15 mars 1993 décret de compétence des infirmiers

2. Gasparutto G. L'infirmière et la communication. 2ème éd. In Paris : éditions Lamarre, 1990 : 167 p.

3. Labro Ph. La traversée. 1ère éd. Paris : éditions Gallimard, 1996 : 300p.

4. Bargoin V. L'étonnante histoire des comateux qui cherchent à communiquer. Quotidien du médecin, 1993 ; n.5163 : pp.7-8.

5. Forestier I, Grosclaude M. Relation soignant-comateux : un véritable échange. Objectifs soins, 1995 ; n.34 : pp.10-12.

6. Oppenheim H, Dagerou F. Réveils de coma : maintenir la relation. Concours médical, 1992; vol. 114 n.38 : pp.3549-3554

7. Bouville J, Petit J, Triplet M. Les relations avec les familles. Savoir et pratique infirmière, 1995 ; n. 569 : pp.569-570

 

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