
Introduction: Les Cap, Comportements d'Agitation Pathologique, sont une gène constante pour les soignants travaillant avec les personnes âgées en particulier, et leur augmentation ne cesse de nous interpeller. Sans cesse, les soignants nous interrogent sur ces comportements d'errance, de violence au bain, d'agression du personnel où des autres résidents.
Nos recherches de spécialistes pouvant donner des réponses pratiques en Europe n'ayant rien donné, nous nous sommes tourné vers le Canada.
Là, les travaux des neurospychologues Daniel Taillefer et Daniel Geneau ont débouché sur une collaboration entre le Centre de Consultation et de Formation en Psychogériatrie (CCFP) de Montréal et L'ASSTSAS, organisme paritaire pour la santé des travailleurs de la santé au Canada.
Ils ont développé un programme de formation très pointu sur la prévention de CAP, de l'analyse neuropsychologique des comportements à l'expertise sur le terrain. Les résultats très importants de réduction de CAP (jusqu'à 90% dans le cas des démences de type Alzheimer) qu'ils obtiennent nous ont conduit à demander au docteur Daniel Taillefer et à Daniel Geneau de venir en France pour mesurer la possible implantation en Europe de leur outils.
Une première série de formations en établissements de soins de longues durée et en maisons de retraite médicalisées en Janvier 2000 nous a permis de vérifier la validité de leurs concepts et d'adapter certains domaines aux réalités françaises.
Nous suivons dès le printemps un cursus de formation pratique au Canada, afin de permettre une collaboration et un suivi d'études avec les Canadiens.
Nous présentons ici un exemple de la gestion des CAP.
Les Comportements d'agitation pathologique chez les patients atteints de Démence de type Alzheimer (DTA)
ÉVOLUTION DE LA MALADIE D'ALZHEIMER: Échelle d'évolution « fast » de la maladie d'Alzheimer Reisberg (1985)
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caractéristiques |
Détails |
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1 |
Aucune détérioration |
Pas de plainte subjective concernant des troubles de mémoire, pas de déficit de mémoire apparent lors de l'entrevue
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2 |
Manque du mot léger |
Plainte subjective concernant des troubles de mémoire, particulièrement dans les secteurs suivants :
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3 |
Déficits de fonctionnement au travail |
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4 |
Assistance requise aux tâches complexes |
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5 |
Assistance requise dans certaines décisions ou certains choix (vêtements, etc.) |
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6 |
6 a: Assistance dans l'habillage 6b : Assistance au bain 6c :Assistance dans les gestes à Poser pour assurer l'hygiène minimale 6d Incontinence urinaire 6e Incontinence fécale
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7 |
7a : Parole limitée à une demi-douzaine de mots 7 b : Parole limitée à un seul mot et non reconnaissance des membres de la famille ou des personnes familières 7c Perte de la capacité de marcher 7d Perte de l'habileté à s'asseoir 7e Perte de la capacité de sourire 7f Perte de l'état de conscience |
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Plongeon rétrograde chez le patient Alzheimer âgé, d'après les travaux de Daniel Taillefer, neuropsychologue canadien :
Correspondance des âges et de la mémoire:
0 à 15 ans : stade 7
18 à 45 ans : stades de 6e à 6a
48 à 55 ans : stade 5
56 à 65 ans : stade 4
66 ans et plus : stade 3
Le bénéficiaire souffrant d'une DTA perd progressivement la mémoire. Mais, cela ne veut pas dire qu'il perd toutes ses capacités mnésiques. Certaines mémoires, notamment la mémoire affective, est longtemps accessible au patient. Le soignant a donc avantage à solliciter les mémoires encore actives dans la planification de l'acte de soin. Dans les DTA, les mémoires se détruisent dans l'ordre suivant
1. Mémoire immédiate: informations et événements : rappel des informations perçues
2. Mémoire récente : acquisitions, nouvelles informations..
3. Mémoire ancienne: faits biographiques, savoir (ex. : sens des mots, des objets)
4. Mémoire procédurale gestes automatiques de la vie quotidienne ou du travail.
5. Mémoire affective: émotions (pénibles, agréables), l'ambiance.
Stratégie à employer:
Une stratégie efficace est souvent une stratégie de diversion.
Elle nécessite une triple connaissance:
- Le parcours de vie, ou l'amamnèse : Le recueil de données à l'entrée du résident est une étape incontournable. Un entretien avec la famille, réalisé par des membres de l'équipe pluridisciplinaire, essaie de mettre en lumière les événements marquants de la vie du résidant, de la naissance à l'entrée en institution.
Les événements de vie sont classés chronologiquement avec une notation de la charge affective sur une échelle de zéro à dix (hiérarchie de Prémac). Par exemple, à 45 ans monsieur Dupont à eu la légion d'honneur (charge affective positive cotée 8 par la famille), à 50 ans il a perdu sa femme (charge affective coté 9 par la famille), etc...
- Le diagnostic: Là aussi , indispensable quand à l'évaluation neuropsychologique. Trop souvent, on lis sur les dossiers: démence sénile. Ce qui ne veux rien dire, et surtout ne sert à rien. Véritable obstacle à la prévention des CAP, le manque de diagnostic sérieux en France, à l'entrée en institution est un domaine où l'on doit sérieusement se mettre au travail. Peut-on soigner sans connaître?
- L'évaluation des capacités restantes: domaine de prédilection des ergothérapeutes, malheureusement trop rares en établissement, cette évaluation peut être faite en équipe (AS, Infirmière, Kinésithérapeute). Le principe général reste de ne pas faire à la place du résident.
A partir de ces données, si par exemple un patient crie lors de la toilette intime, rendant le soin impossible ou désagréable, l'équipe recherche dans l'échelle de Reisberg dans quelle mémoire rétrograde se trouve le patient. Elle choisi dans les événements de la vie les événements à charge positive forte (7 et plus), et aborde le patient en utilisant ces événements. Suivant le stade d'évolution de la maladie, il est souvent plus facile d'utiliser la mémoire procédurale, plus stable dans le temps. Par exemple, présenter un objet familier au patient, objet de l'époque concernée, et lui demande de "faire avec".
Ce type de méthode, ou le soignant plonge dans l'espace-temps du patient donne des taux de réduction de CAP de 90%. Il évite les situations proches de la maltraitance (bain forcé et autres), et diminue dans des proportions importantes les SEPS (syndrome d'épuisement professionnels des soignants, ("ou burn out").
Ceci n'est qu'un exemple des outils canadiens, il en existe d'autres pour les autres types de démences, les AVC, les troubles de la personnalité, qui font appel aux techniques comportementales, aux techniques empathiques.
Pour la première fois, nous disposons d'outils pratiques qui permettent de prendre soin, en accord avec les philosophies humanistes, des patients présentant des CAP.
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